Plus d’argent pour l’Internet et moins pour les artistes

L’écart se creuse entre l’argent mis dans les disques, les DVD et autres productions culturelles et celui mis dans les appareils de téléphonie mobile ou les forfaits Internet.
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse L’écart se creuse entre l’argent mis dans les disques, les DVD et autres productions culturelles et celui mis dans les appareils de téléphonie mobile ou les forfaits Internet.

Entre 2010 et 2015, les Québécois ont dépensé pratiquement autant d’argent par année pour la culture et les médias. Mais une plus grande part de leur budget est maintenant vouée aux supports et aux services de télécommunications, au détriment des dépenses pour les produits culturels dits traditionnels.

Bref, la tendance des chiffres récoltés par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec et dévoilés mardi montre qu’au fil des six années analysées, l’écart se creuse entre l’argent mis dans les disques, les DVD et autres productions culturelles et celui mis dans les appareils de téléphonie mobile ou les forfaits Internet.

De 2010 à 2015, les dépenses moyennes des ménages québécois pour la totalité des services de télécommunication sont passées de 1314 $ à 1698 $, un saut de 384 $. Pendant la même période, les dépenses pour la culture et les médias ont diminué de 342 $, passant de 1395 $ à 1053 $.

Dans ces données, « il y a la confirmation du modèle économique des groupes technologiques », estime Jonathan Roberge, spécialiste en culture numérique à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et titulaire de la Chaire de recherche Canada sur les nouveaux environnements numériques et l’intermédiation culturelle.

« On voit une réorganisation très marquée des équipementiers dans la gamme de produits qu’ils offrent », précise M. Roberge. Il donne l’exemple de Google, qui gère YouTube et Google Play, mais qui met beaucoup d’énergie sur ses appareils comme Google Home.

« L’opérateur techno, dans les résultats de l’Observatoire, a remporté la bataille contre l’opérateur culturel », ajoute Jonathan Roberge.

« Et il y a la confirmation de la défaite des acteurs politiques à travers le régime de la copie privée », qui permettait jadis aux créateurs de toucher une partie de l’argent que mettaient les consommateurs dans les disques ou les cassettes vierges.

En chiffres

42 $

Le montant moyen investi en 2015 pour le matériel préenregistré (CD, DVD, etc.). Ce montant était de 98 $ en 2010.


 

41 %

des dépenses culturelles en 2015 étaient destinées aux services d’accès à Internet et de téléphonie cellulaire.

5,5 %

La part des dépenses culturelles dans la consommation totale des ménages en 2015.


 

30 ans

En moyenne, ce sont les moins de 30 ans qui dépensent le plus en culture (3232 $).

65 ans

À l’inverse, les 65 ans et plus sont les moins dépensiers en culture (1670 $).

82 %

La proportion de ménages québécois dotés d’un accès à Internet en 2015. Ce ratio était de 73 % en 2010.

93 $

Le montant supplémentaire payé pour les services Internet entre 2010 et 2015.