La métamorphose culturelle du Rodier

Dès l’été 2019, Le Rodier accueillera des bureaux privés et des espaces ouverts et collaboratifs dans Griffintown.
Photo: Provencher Roy Dès l’été 2019, Le Rodier accueillera des bureaux privés et des espaces ouverts et collaboratifs dans Griffintown.

Le Rodier subit une profonde métamorphose depuis quelques mois. L’immeuble patrimonial de la rue Notre-Dame Ouest, dans le quartier Griffintown, fait l’objet d’intenses rénovations afin d’accueillir, à l’été 2019, un incubateur d’entreprises culturelles.

Mardi, à l’occasion d’une visite du chantier, la façade du Rodier était couverte d’une toile verte. À l’intérieur, les ouvriers s’affairent entre les murs dénudés. Mais dans un peu moins d’un an, La Piscine pourra s’y installer. L’organisme sans but lucratif voué à l’entrepreneuriat culturel et créatif s’est associé à la société immobilière Gestion Georges Coulombe pour acquérir l’immeuble en 2017.

Coincé entre les rues Notre-Dame Ouest et Saint-Maurice, l’immeuble de type Flatiron construit en 1875 a vu son intégrité menacée à plusieurs reprises. En 2010, la Ville de Montréal avait acheté l’immeuble après le départ de Baron Sports avec l’intention d’amputer l’arrière du bâtiment afin de permettre le passage d’autobus sur la rue Dalhousie dans le cadre du réaménagement de l’autoroute Bonaventure. Le projet d’autobus a finalement été abandonné. Mais en 2016 survient une nouvelle alerte quand la Caisse de dépôt et placement du Québec admet que l’immeuble se trouve sur le tracé du train du Réseau express métropolitain (REM).

Le Rodier a finalement échappé au péril et la Ville l’a cédé pour 930 000 $ à La Piscine et à son associé.

De mauvaises surprises

Restaurer un immeuble patrimonial est un défi, et les mauvaises surprises peuvent être nombreuses. « Le principal problème, c’est la structure », explique l’entrepreneur Georges Coulombe, président de Gestion Georges Coulombe. « Le bâtiment a été fragilisé par les travaux qui ont été réalisés autour. Il a fallu creuser pour le stabiliser et faire en sorte de pouvoir aménager le sous-sol. »

Mais le promoteur immobilier en a vu d’autres. Spécialisé dans la restauration de bâtiments patrimoniaux, Georges Coulombe a notamment rénové l’ancien siège social de la Banque Royale, rue Saint-Jacques, qui abrite le Crew Café, ainsi que le pavillon de mode de l’UQAM.

« Le Rodier était en danger. Peu de gens étaient intéressés », reconnaît-il. « Rendre un tel projet viable à court terme, c’est presque impossible. Il faut avoir une vision à long terme. »

Outre les fondations qu’il a fallu consolider, l’amiante a été retiré et le mur de briques longeant la rue Saint-Maurice a dû être démoli. « Pour le refaire, on a acheté les dernières briques de la briqueterie de La Prairie. Il restait 34 000 briques et on les a achetées. Il s’agit des mêmes briques que celles d’origine », précise le gestionnaire.

Les fenêtres, qui avaient été partiellement obstruées au fil des décennies, seront dégagées et les colonnes de fonte d’origine seront apparentes au rez-de-chaussée, ajoute-t-il.

C’est la firme Provencher Roy et l’architecte Gérard Dion qui signent les plans de transformation de l’immeuble.

Un incubateur

Le Rodier, qui compte cinq étages en plus d’un sous-sol et d’une terrasse, comportera des bureaux privés et des espaces ouverts et collaboratifs où se côtoieront des entreprises du domaine culturel. David Moss, codirecteur de La Piscine, vise une mixité parmi les locataires afin de stimuler la collaboration et la créativité : « On veut s’assurer de pouvoir suivre l’évolution de chacun des entrepreneurs afin qu’ils aient accès à des ressources, de bons contacts et de l’expertise aux bons moments dans leur propre évolution. »

Chaque étage comportera une salle de conférence. M. Moss évoque aussi la possibilité qu’une galerie d’art voie le jour au sous-sol et qu’un restaurant s’installe au rez-de-chaussée.

Les futurs locataires ne sont pas encore tous connus, mais Philippe-Aubert Messier, qui bénéficie déjà des services de La Piscine, compte bien trouver sa place dans l’immeuble dès l’an prochain. L’entrepreneur dirige Apollo Music Store, une start-up dans le domaine de la musique. « Notre collaboration avec La Piscine, c’est un parcours d’accompagnement pour aller plus loin, plus vite et mieux », résume-t-il.

Georges Coulombe croit que le projet de La Piscine et la restauration de l’immeuble patrimonial permettront au Rodier de renaître et de retrouver son lustre. « L’âme du bâtiment va revenir », dit-il.