Mort de Paul Virilio, penseur de l’accélération du monde

Paul Virilio s’est distingué tout au long de sa vie et de ses oeuvres par une pensée libre et visionnaire.
Photo: Daniel Janin Agence France-Presse Paul Virilio s’est distingué tout au long de sa vie et de ses oeuvres par une pensée libre et visionnaire.

L’urbaniste et philosophe Paul Virilio, ancien directeur de l’École spéciale d’architecture, est mort à l’âge de 86 ans, a annoncé sa famille ce mardi. « Paul Virilio a été victime d’un arrêt cardiaque le 10 septembre 2018. Selon ses voeux, les obsèques ont eu lieu dans la plus stricte intimité le 17 septembre 2018 », a indiqué sa fille dans un communiqué transmis par la Fondation Cartier.

Urbaniste, philosophe, essayiste et homme d’action, Paul Virilio s’est distingué tout au long de sa vie et de ses oeuvres par une pensée libre et visionnaire. « Quelques jours avant son décès, il travaillait encore avec Jacques Arnould en vue de la parution d’un ouvrage et songeait, avec son ancienne élève, l’architecte Hala Wardé, à une nouvelle exposition » à la Fondation Cartier, a précisé sa fille Sophie Virilio.

Le philosophe, qui avait entrepris dans les années 1970 une réflexion centrée sur la vitesse qu’il considérait comme un facteur essentiel d’organisation sociale et de contrôle politique, avait fondé au début des années 1960 le groupe Architecture Principe avec Claude Parent, décédé en 2016, et publié le manifeste sur la « Fonction Oblique », qui marquera un tournant dans l’histoire de l’architecture française contemporaine.

Marqué par l’expérience de la guerre (il est né en 1932 à Paris), notamment le bombardement de Nantes (en 1943), où il dit avoir pour la première fois éprouvé ce qu’un jour il appellera l'« esthétique de la disparition », il fut aussi un philosophe de la désintégration des territoires.

Dans un entretien accordé à Libération en 2010, le philosophe estimait que « nous vivons une synchronisation de l’émotion, une mondialisation des affects ». « Au même moment, n’importe où sur la planète, chacun peut ressentir la même terreur, la même inquiétude pour l’avenir ou éprouver la même panique. C’est quand même incroyable ! Nous sommes passés de la standardisation des opinions – rendue possible grâce à la liberté de la presse – à la synchronisation des émotions […] Nos sociétés vivaient sur une communauté d’intérêt, elles vivent désormais un communisme des affects », analysait-il.

Il a publié plus d’une trentaine d’essais et collaboré aux revues Esprit, Cause commune, Critique, Traverses, Architecture d’aujourd’hui, Urbanisme… Dans les années 1980, aux côtés du père Patrick Giros (décédé en 2002), il s’était engagé en faveur des sans-logis et des exclus. En 1992, il faisait ainsi partie du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées.

Avec l'Agence France-Presse