Un secret bien gardé en culture

Un programme gouvernemental dégageant 27 millions pour faciliter les sorties scolaires existe, mais la majorité des enseignants ne le savent pas.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Un programme gouvernemental dégageant 27 millions pour faciliter les sorties scolaires existe, mais la majorité des enseignants ne le savent pas.

Deux nouvelles mesures gouvernementales, École inspirante et Sorties scolaires en milieu culturel, sont inscrites aux règles budgétaires 2018-2019 et dégagent au moins 27 millions pour faciliter les sorties scolaires québécoises. Mais la majorité des enseignants ne le savent pas. Au point où le Regroupement de scènes en musées (RSEM) estime nécessaire de déclencher une campagne médiatique pour en informer les professeurs, et tenter par la bande de sauver une part de la saison des spectacles jeunesse.

« On publie un communiqué de presse pour dire aux enseignants que ces quatre mesures, méconnues, existent et pour multiplier les communications », indique Jean-Philippe Joubert, porte-parole du RSEM, ce regroupement de cinq organismes artistiques de Québec qui se consacre depuis 1998 a? la diffusion des arts de la scène en milieu scolaire. « Le gouvernement, cet été, a bougé. Il s’est mobilisé pour que les jeunes aient accès à la culture et aux activités éducation. » Mais étrangement, l’information a très peu circulé. « Je ne comprends pas pourquoi, poursuit celui qui est aussi directeur du Théâtre les Gros Becs, pourquoi l’information sur la mesure École inspirante n’est pas sortie pendant l’été » autrement que par les chemins très officiels, à plusieurs étapes, du ministère de l’Éducation (MEES) aux commissions scolaires, des commissions aux directions d’école, des directions aux enseignants. Cette toute nouvelle mesure, rendue publique le 1er juillet et dotée d’une enveloppe de 27 millions, offre un montant pour les activités et sorties éducatives des élèves du primaire et du secondaire, au choix de l’école. Les fonds peuvent être utilisés pour en payer les coûts ou pour bonifier le financement du ministère de la Culture. La mesure, financée par crédits budgétaires du MEES, sera récurrente, assure le ministère.

« C’est un montant appréciable », commente M. Joubert. « Chaque fois qu’on met 1 million, on calcule à peu près que ça veut dire un dollar par enfant. 27 millions, c’est probablement un assez bon montant, mais il faut encore comprendre comment il peut s’articuler avec les autres mesures. »

Car s’y ajoute Sorties scolaires en milieu culturel. « Cette proposition de mesure est en voie d’approbation, et les modalités seront très prochainement annoncées au réseau », indique le MEES. « On ne connaît pas encore le montant qui y est attribué ni sa répartition, précise M. Joubert. Ils seront dévoilés au cours des prochaines semaines, mais la mesure est dans les règles budgétaires des commissions scolaires. »

On reçoit des coups de fil d’en­seignants qui veulent organiser des sorties : ils ne con­naissent absolument pas les quatre me­su­res, qui impliquent deux minis­tères, et qu’on peut combiner

« Ce que fait le RSEM, c’est de célébrer la réaction — et c’est rare qu’on le fait… — et regrouper les informations. Parce qu’il reste du travail à faire pour simplifier la vie des enseignants. On reçoit des coups de fil d’enseignants qui veulent organiser des sorties : ils ne connaissent ab-so-lu-ment pas les quatre mesures, qui impliquent deux ministères, et qu’on peut combiner ou non. C’est normal, c’est complexe. » Car il est possible de jongler aussi avec la déjà existante mesure d’aide au transport du Conseil des arts et des lettres du Québec, qui permet aux diffuseurs de rembourser jusqu’à 40 % du coût de transport des élèves, ainsi qu’avec la mesure de concertation régionale en culture-éducation. Si cette dernière existait déjà, elle était relativement peu dotée. Elle se voit bonifiée, explique M. Joubert, et s’applique sur un spectre plus large, couvrant les services de garde en milieu scolaire, les écoles privées, les diffuseurs en arts de la scène de Québec, qui n’étaient pas couverts. C’est là que devrait être injectée une grande part des 35 millions sur cinq ans de la mesure 9 du plan d’action de la nouvelle politique culturelle. « C’est complexe, conclut le porte-parole. Au RSEM, on aimerait développer des outils pour que ça devienne facile d’aller chercher ces sous-là. C’est la prochaine étape, nécessaire, pour aider les enseignants. »