Les vétérans de l’humour n’ont pas dit leur dernière blague

André Sauvé, philosophe en résidence de l’écosystème humoristique, dépiaute à nouveau ses angoisses dans «Ça».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir André Sauvé, philosophe en résidence de l’écosystème humoristique, dépiaute à nouveau ses angoisses dans «Ça».

Ils animent des soirées dans les bars, créent leurs propres balados et maîtrisent parfaitement l’art de multiplier leurs admirateurs grâce aux réseaux sociaux. La proverbiale relève en humour n’attend plus, non, que les gros bonnets du showbiz lui donnent le feu vert afin de s’arroger la lumière. Enthousiasmant bouillonnement que nous vivons, oui. Enthousiasmant bouillonnement nous faisant parfois perdre de vue ces vétérans du rire, qui rameutent encore des milliers de spectateurs partout en province, et qui occuperont le haut de l’affiche cet automne.

À commencer par André Sauvé, philosophe en résidence de l’écosystème humoristique, qui dépiaute à nouveau ses angoisses dans Ça, titre laconique désignant ce noeud d’inaliénable volonté enfoui parfois très profondément au fond du ventre de cet animal pas simple qu’est l’humain. Après avoir relevé le défi d’un concert en compagnie d’un orchestre plutôt doué (un certain groupe répondant à l’acronyme OSM), le sage gringalet se mesure à des questions à la fois essentielles et inépuisables comme « quelle place occupons-nous dans l’univers ? » ou « comment plier un drap contour ? ». Réponses le 10 octobre au Monument-National.

Parlant d’angoisses, Lise Dion nous confiait en mai dernier en traverser de costaudes pendant la création de Chu rendue là, un quatrième spectacle en forme de bilan de début soixantaine, lancé devant collègues et scribes le 14 novembre au Saint-Denis. Comment le public, ayant succombé aux charmes de ses protégées, Les Grandes Crues, et d’autres fringantes représentantes de la jeunesse, l’accueillera-t-il ? se demandait alors la chaleureuse dame. La preuve que ni le succès ni l’âge ne savent apaiser les inquiétudes de l’artiste assoiffée d’amour et d’hilarité partagée.

Avec ses récentes publicités jouant la carte de l’autodérision, le Parti québécois se risquait au mariage toujours périlleux entre humour et politique. L’équipe Lisée-Hivon devançait ainsi de quelques semaines les Zapartistesqui, en réels spécialistes de cette conjugaison, sauront sans doute mieux y faire grâce à leur désormais traditionnelle tournée électorale.

Dernier arrêt de la caravane sillonnant plusieurs circonscriptions à partir de la mi-septembre ? Le Club Soda, au soir du scrutin.

Montréalais un jour, et toujours

Révélé à Montréal grâce au Couscous Comedy Show et au Zoofest, le diplômé de l’École nationale de l’humour Roman Frayssinet brille désormais davantage à la télé et sur les scènes de son pays de naissance, la France. Parions que c’est néanmoins en enfant prodigue que seront reçus le coloré personnage et son spectacle. Alors, le 15 septembre à l’Olympia.

Il a lui aussi déjà vécu dans la métropole et compte parmi les rares comiques français capables d’imiter l’accent québécois sans s’humilier publiquement. Mais c’est dans la langue de Westmount que Gad Elmaleh sculpte son Dream Tour, dont l’itinéraire comprend des passages à Amsterdam, Singapour, Oslo, Chicago et Montréal (le 21 octobre, toujours à l’Olympia).

Un peu de rattrapage

Vous étiez en vacances à l’étranger pendant le Zoofest, en juillet dernier ? Réjouissez-vous que certaines de ses révélations reprennent leur spectacle au cours de l’automne, dont Charles Pellerin (le 27 octobre au Lion d’Or). Ses 60 minutes de stand-up témoignent d’un admirable désir de s’adresser à un vaste public tout en osant le sujet délicat (dans son cas, par exemple, la porno féministe).

Même matière à réjouissance quant à l’affiche double que partagent au Petit Champlain de Québec, le 22 septembre, Matthieu Pepper et Maude Landry. Le premier compte parmi les dépositaires d’un des meilleurs sens de la répartie de sa profession, qu’il met souvent à profit en tant que maître de cérémonie au Bordel Comédie Club. L’autre rappelle à chacune de ses présences au micro à quel point la (fausse) nonchalance peut engranger autant de rires que l’énergie de tous les instants. Elle amorce d’ailleurs le rodage de son premier one-woman show les 14 septembre et 18 octobre au Medley, et il serait étonnant que nous parvenions à patienter jusqu’à sa vraie de vraie rentrée montréalaise pour vous en reparler.

Drôle de viaduc

Un autre festival d’humour ! ? ! nous sommes-nous fréquemment écrié au cours des dernières années, sans que la question que tout le monde se pose trouve sa réponse: quand le marché de la rigolade atteindra-t-il son point de saturation ? Pas demain, semble croire l’événement musical Mile Ex End, qui ajoute un pendant comique à sa deuxième édition, se déployant sous le viaduc Rosemont-Van Horne pendant le long week-end de la fête du Travail. Après deux jours de folk, d’électro, de rap, de punk et de rock, place, le 3 septembre de 14 h à 22 h, à presque tout ce que la génération Y compte d’humoristes, dont Adib Alkhalidey, Julien Lacroix, Rosalie Vaillancourt et trente-six (!) de leurs collègues.