Chantier autour de l’ancien cinéma de l’ONF

Les travaux qui ont débuté en juin mettent tout à terre excepté la façade, datant du début du XXe siècle, et la salle chérie par les festivals.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Les travaux qui ont débuté en juin mettent tout à terre excepté la façade, datant du début du XXe siècle, et la salle chérie par les festivals.

La transformation du secteur cinéma du Quartier latin a démarré cet été. Le bâtiment à l’angle de la rue Saint-Denis et du boulevard de Maisonneuve, occupé par l’Office national du film (ONF) pendant vingt ans, est tombé sous les pelles. La compagnie propriétaire, France Film, le remplacera par un nouvel édifice, prévu pour l’automne 2019.

« Ça fait six ans qu’on a été mandaté pour l’aménagement du théâtre Saint-Denis et de manière générale du Quartier latin. Pour la phase 1, on détruit un building sans valeur, qui a reçu dans le passé un prix Citron », résume sans réserve Jean-Claude Chabot, directeur du développement et responsable des relations avec les médias chez France Film.

Image: Le Devoir 1. Édifice démoli. 2. Bâtiment qui demeure intact. 3. Théâtre Saint-Denis. 4. Atmosphère Sports Experts. 5. Cinema Cinéplex Odéon Quartier Latin. 6. Stationnement.

Les travaux qui ont débuté en juin mettent tout à terre, excepté la façade, datant du début du XXe siècle, et la salle chérie par les festivals, dotée de 150 places — plus précisément 123 fauteuils et 20 strapontins. D’un coût de 8,5 millions de dollars, la reconstruction, qui se traduira par une tour de six étages, a été confiée à Éric Gauthier, de la firme FABG, un architecte renommé pour ses restaurations de bâtiments historiques, de la station-service signée Mies van der Rohe au Théâtre de Quat’Sous.

L’ère UQAM

Finie donc la grande et ondulée baie vitrée derrière laquelle prenait place la CinéRobothèque, un service de visionnement individualisé et robotisé qui donnait accès à toute la collection de l’ONF. Sa fermeture en 2012 avait créé une onde de choc chez les cinéphiles.

Depuis cinq ans, le bâtiment était loué par l’UQAM, qui en a fait le « pavillon Judith-Jasmin Annexe », destiné à la Faculté de communication. La CinéRobothèque n’est pas ressuscitée dans une version pédagogique, mais l’université a néanmoins fait renaître les activités liées au septième art. La salle de cinéma, baptisée Jean-Claude-Lauzon, du nom du cinéaste diplômé de l’UQAM, accueillait encore en 2017 son lot de festivals, dont les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) tenues en novembre.

« C’est une salle qu’on apprécie, parce qu’elle est à côté de la Cinémathèque québécoise, notre quartier général, dit Mara Gourd-Mercado, directrice des RIDM. L’annonce de nouvelles salles [Cinéma moderne, Musée des beaux-arts] rassure, mais ça reste difficile de placer le cinéma indépendant. »

Même son de cloche, aux Rendez-vous Québec Cinéma : « Cette salle est intéressante parce qu’on y trouve tous les formats de diffusion, ce qui est rare à Montréal, estime Ségolène Roederer, directrice générale. L’enjeu cependant concerne l’accès à des salles hors de l’exploitation commerciale. C’est important de valoriser [un autre type]. »

Sièges entreposés

La salle Jean-Claude Lauzon devrait réapparaître dans le futur bâtiment, bien que Jean-Claude Chabot ait laissé planer un doute sur son avenir. « Les sièges ont été retirés, on les a entreposés, on ne les a pas jetés, au cas où. Pour le moment, il n’est pas question de salle de cinéma », disait-il dans un premier entretien téléphonique, avant de se corriger lors d’un second appel. « J’étais dans le néant, c’est l’été, c’est difficile de joindre les bonnes personnes. Mais la salle n’est pas démolie, elle est protégée par une toile », précise-t-il.

L’UQAM, qui a signé un bail de dix ans en 2013, occupera trois étages de la nouvelle tour. Et selon la directrice des relations avec la presse de l’UQAM, Jenny Desrochers, il a toujours été question de conserver la salle Jean-Claude Lauzon. L’établissement d’enseignement y tient, autant pour l’enseignement que pour des activités protocolaires. « C’est là qu’on a remis le doctorat honoris causa à Wim Wenders [en 2015] », souligne Jenny Desrochers.

La démolition du 1564, rue Saint-Denis est la première phase d’un plus vaste programme qui inclura, par la suite, la restauration du théâtre Saint-Denis et la mise en valeur de tout le quadrilatère. Précisons que France Film est propriétaire de presque tous les bâtiments, incluant les Cinémas du Quartier latin, mais excluant la Cinémathèque québécoise et l’Institut national de l’image et du son.