«Sisters»: le huis clos de la sororité

Après une carrière chacune de leur côté, la volonté de faire un projet entre sœurs a réuni Ayin et Miriam. Et leur sœur Lhasa reste très présente.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Après une carrière chacune de leur côté, la volonté de faire un projet entre sœurs a réuni Ayin et Miriam. Et leur sœur Lhasa reste très présente.

Lorsqu’elles étaient petites, les quatre filles Sela vivaient dans un autobus. Elles ont ainsi circulé pendant des années, de pays en pays, en compagnie de leurs parents, éduquées à la maison par leur mère. À cette époque, la famille représentait pour elles la référence, la maison.

Et c’est la sororité qui les unit qu’Ayin et Miriam de Sela explorent dans le spectacle Sisters, présenté par Les 7 doigts et mis en scène par Gypsy Snider. Le spectacle intégrera aussi la musique de Lhasa de Sela, leur sœur, décédée d’un cancer précoce il y a huit ans. Sisters propose d’aborder le thème de la sororité sous la forme d’un conte de fées se déroulant dans un environnement mi-théâtral, mi-circassien.

« Au départ, il y avait la volonté de faire un projet entre sœurs, entre Ayin et moi. On est des artistes depuis presque toute notre vie. On a vraiment fait chacune nos histoires séparément depuis longtemps. On avait envie de revenir l’une vers l’autre et de raconter une histoire ensemble, avec la musique de Lhasa, parce qu’elle est notre sœur aussi », dit Miriam.

La mise en scène de Gypsy Snider fait appel aux spectateurs de différentes façons. Il y a la musique bien sûr, mais il y a aussi l’odorat, puisque Ayin y jouera une créatrice de parfums. L’équipe a d’ailleurs mis la main sur un système de diffusion des odeurs qui fera en sorte que les parfums pourront être partagés par l’ensemble des spectateurs.

Photo: Jacques Grenier Le Devoir Lhasa de Sela

On pourra y humer, promet-on, le parfum de l’amour, de la naissance, de la mort. Car Lhasa demeure présente à tous moments dans le cadre de la création de cette pièce, assurent les sœurs.

Pour comprendre la parenté qui unit les sœurs Sela et Gypsy Snider, il faut retourner à l’époque de la roulotte et de la vie nomade. « La route chante quand je m’en vais / je fais trois pas, la route se tait », chantait Lhasa. La famille bohème finit donc par se poser à San Francisco, où les filles fréquentent l’école. C’est alors que Gypsy Snider fait la rencontre des sœurs Sela. « Nous avions chacune une meilleure amie qui s’appelait Gypsy », raconte Ayin, en référence à cette époque. Les parents de Gypsy sont quant à eux les fondateurs du Pickle Family Circus. C’est ainsi que les filles Sela se sont initiées au cirque, Gypsy devenant notamment la porteuse de Miriam, qui débuta comme acrobate voltigeuse à l’âge de neuf ans.

Plus tard, Ayin et Miriam de Sela s’inscriront à l’École nationale de cirque de Montréal. C’est ce qui emmènera Lhasa la musicienne à venir les y rejoindre, et à y prendre racine.

Des quatre sœurs, Lhasa est la seule qui n’ait pas fait de cirque à proprement parler. Ayin a été fildefériste pendant des années, avant de se tourner vers le théâtre. Sky, une autre sœur Sela qui ne participe pas au spectacle, est clownesse. Miriam, la benjamine, est acrobate.

Lorsqu’elle parle du spectacle Sisters, Gypsy Snider évoque En attendant Godot, de Samuel Beckett. D’outre-tombe, Lhasa de Sela participe au spectacle à sa façon, puisqu’on pourra y entendre un enregistrement de sa voix lisant un texte de son cru. L’enregistrement n’existe qu’en anglais, mais un texte français sera disponible dans le programme.

« La façon dont Lhasa est sur scène, c’est un peu comme un esprit, ou presque comme un fantôme, même si elle n’est pas là, assise à côté de nous, mais elle est très présente », dit Gypsy.

La musique de Lhasa sera pour sa part jouée par la harpiste Sarah Pagé, dont on jouera aussi des compositions, ainsi que des œuvres de Jonah Fortune.

« Il y a aussi des musiques originales qui créent un monde sonore », poursuit Gypsy Snider.

Dans cet univers enchanté où deux sœurs sont captives, il y a aussi, bien sûr, un prince, qui sera incarné par William Underwood. « Il y a plein de défis entre les sœurs, on le comprend. […] William est un vieil ami de nous tous. […] Pour moi, le prince est un autre symbole. Cela crée un autre niveau symbolique, et une autre dynamique physique, un contraste physique et une énergie différente de celle des deux filles, explique Gypsy. C’est un élément extérieur qui force le changement, un élément qu’on ne trouve pas nécessairement dans la famille. »

Le contexte du conte de fées permet d’utiliser les symboles, qui étaient très présents dans l’œuvre de Lhasa. « On avait envie de communiquer avec Lhasa à travers la continuation du langage symbolique », dit Ayin.

Sisters

Les 7 doigts, dans le cadre du festival Montréal complètement cirque, au théâtre Outremont du 8 au 21 juillet