L'acteur québécois Daniel Pilon s'éteint

L'acteur Daniel Pilon (à droite), accompagné de son frère Donald Pilon en 2009
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L'acteur Daniel Pilon (à droite), accompagné de son frère Donald Pilon en 2009

Une carrière longue de cinquante ans amorcée au Québec, poursuivie en Europe, aux États-Unis, puis de nouveau ici : tel est le parcours professionnel de l’acteur Daniel Pilon, décédé mardi à l’âge de 77 ans des suites d’une longue maladie.

Parti souvent, il revint toujours. Au faîte de sa popularité dans les années 1970-1980, sa belle carrure et ses traits avantageux en firent une vedette de feuilletons prisée et lui valurent même d’être considéré pour incarner James Bond. C’est le cinéaste Gilles Carle qui l’imposa le premier.

Présenté au Festival de Berlin en 1968, Le viol d’une jeune fille douce le réunit d’office au grand écran avec son aîné Donald Pilon pour jouer deux des trois frères de l’héroïne. Alors des amateurs, ils prirent vite du galon. Presque simultanément, et peut-être de manière prophétique, Daniel Pilon se retrouva dans une production internationale.

En effet, le producteur Harry Saltzman, Sherbrookois d’origine ayant coproduit les premières aventures de 007, justement, lui confia un rôle de soutien dans le drame de guerre Enfants de salaud (Play Dirty, 1968), avec en vedette Michael Caine. Quelques participations à des films européens suivirent : La voie lactée de Luis Buñuel, Malpertuis d’Harry Kümel (avec Orson Welles)…

« J’avais un look du tabarnouche, moi […] Je le voyais pas, à cette époque-là. Six pieds trois, comprends-tu. Un charisme… » confiera-t-il avec une sincérité désarmante dans un reportage biographique de 2009.

Les années fastes

Ce sera Gilles Carle, encore, qui lui confiera en 1970 un réel premier rôle dans Red, où il campe un Métis accusé à tort de meurtre. Les deux hommes se retrouvèrent de nouveau en 1973 sur La mort d’un bûcheron, oeuvre majeure du cinéma québécois. Dans l’intervalle, il y eut en 1971 le film érotique culte Après-ski, de Roger Cardinal.

En 1972, il fut la tête d’affiche de pas moins de trois films : Le diable est parmi nous, récit occulte avec aussi Louise Marleau et Danielle Ouimet, premier long de Jean Beaudin, Quelques arpents de neige, romance historique sur fond de rébellion contre les Anglais réalisée par Denis Héroux, et surtout Les smattes, tragédie ordinaire sur fond de village sur le point d’être fermé par l’État, et première fiction de Jean-Claude Labrecque.

Les années soap

Vers la fin de cette décennie faste, il entama pour de bon sa carrière en anglais. Son nom apparut dès lors régulièrement aux génériques de diverses productions canadiennes-anglaises, telles que L’invasion des soucoupes volantes (Starship Invasions), Plague, Malarek, Obsédée (Hitting Home), Les garçons de Saint-Vincent (Boys of St. Vincent), etc.

Installé en Californie au début des années 1980, il fut des distributions de Dallas, de Ryan’s Hope, de Days of Our Lives, de The Guiding Light. Ruiné par le tremblement de terre de 1994, il rentra au Québec et poursuivit sa carrière bilingue (Lance et compte, The Reagans, Shoot’Em Up, Mirador, La galère).

Il se retira discrètement en 2016, après une ultime apparition dans la série Marche à l’ombre, de Francis Leclerc.