Les flâneurs

Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine.
Image: Le Devoir Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine.
Odile Tremblay

« Cétacé ! » dit la baleine
En ces veilles de vacances, certains s’apprêtent à poursuivre les baleines de leurs jumelles et caméras, à Tadoussac ou ailleurs, en se plaignant qu’elles sont moins nombreuses qu’autrefois. D’autres pleureront devant les carcasses de baleines noires ou de bélugas sur les plages. À tous, avant que ne disparaissent les grands mammifères marins, on conseille la lecture de la nouvelle édition française de Moby-Dick ou le cachalot, chez Quarto Gallimard. L’immense roman se voit assorti des anciennes gravures de Rockwell Kent, qui illustra l’édition de 1930, mais aussi d’extraits de textes signés Rabelais, Jean-Paul Sartre, Jean-Marie Le Clézio, John Updike, Jack London, Gilles Deleuze, en passant par le biblique Livre de job et bien d’autres. Le chef-d’oeuvre d’Herman Melville comme toute la mythologie entourant les grands cétacés sont mis en perspective dans cet ouvrage majeur et passionnant.

Manon Dumais

Remember my Name !
Le spectacle n’est pas parfait : il y a des numéros qui auraient pu passer à la trappe ; l’interprétation frise parfois le cabotinage ; les personnages sont clichés et l’intrigue est rachitique. Très tôt, on se laisse pourtant ravir par l’énergie qui se déploie dans cette mouture de Fame que propose Serge Postigo, par l’efficace scénographie de Pierre-Étienne Locas et par les chorégraphies de Steve Bolton, qui allie joyeusement street dance, ballet et flamenco. Soutenus par une distribution enjouée et talentueuse, Junbox (Tyrone Jackson) danse comme un dieu, Élisabeth Gauthier-Pelletier (Carmen Diaz) a du chien et Marie Denise Pelletier (Miss Sherman) impose le respect.

Louise-Maude Rioux Soucy

Impérieuse Donzelle
Marqué tout du long d’un pertinent « E » pour explicite, le formidable Presse-jus de Donzelle distille son rap cru en boucle dans la maisonnée ces jours-ci, ne laissant personne indifférent, du mini à la préado, en passant par les deux maîtres des lieux. Rarement album aura-t-il fait autant l’unanimité pour réchauffer l’été, charriant dans le sillage de ses beats irrésistibles un discours féministe assumé qu’on reçoit là où il le faut, droit dans le plexus solaire. Le tout en trois langues formidablement déliées (français, anglais et portugais), pieds et discours libérés.

Valérie Duhaime

Vagin « brisé » et rêves foncés
Issa est aux portes de la trentaine et tente d’être un modèle féminin noir pour les enfants soutenus par l’organisation communautaire où elle travaille fort sans tomber dans le stéréotype. Sauf qu’elle a été filmée en train de raper à propos du vagin « brisé » de son amie, vidéo tombée entre les mains des élèves. Molly, propriétaire du vagin brisé en question, est la seule avocate noire de son cabinet et elle transpose maladroitement son perfectionnisme au bureau dans sa vie amoureuse. Depuis le 1er juin, Crave.tv propose la série Insecure, production de HBO créée par Issa Rae. C’est drôle, surprenant et coloré, autant du côté des images que du côté du langage.