Couillard met en scène sa politique culturelle

Le premier ministre Philippe Couillard et sa ministre de la Culture, Marie Montpetit, ont présenté la politique culturelle du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard et sa ministre de la Culture, Marie Montpetit, ont présenté la politique culturelle du Québec.

Le premier ministre Couillard s’est chargé lui-même de présenter mardi la nouvelle politique culturelle du gouvernement comme un enjeu de campagne électorale. Le document sera ainsi la mesure étalon pour jauger de l’intérêt que les différents partis portent à la culture, estime Philippe Couillard.

Vingt-six ans plus tard, le Québec a aujourd’hui une nouvelle politique culturelle, dévoilée mardi devant les principaux intervenants du milieu. Mais cette politique de 4 orientations, 41 mesures et quelque 600 millions prévus dans le plan d’action pourrait bien être réécrite dans quelques mois. Rien ne garantit en effet que sa vision et ses intentions survivront à la prochaine campagne électorale.

Selon Philippe Couillard, « si la politique n’apparaît pas dans le cadre financier d’un des partis, vous pourrez conclure sur leur niveau d’engagement par rapport au milieu culturel ». Dans son allocution de présentation, la ministre de la Culture, Marie Montpetit, a pour sa part situé la politique culturelle dans un sillon libéral.

« La politique d’aujourd’hui s’inscrit dans la continuité de toutes les actions prises par les gouvernements libéraux pour la culture, a-t-elle affirmé. On ne le dit pas assez, le Parti libéral a été le plus ardent défenseur de la culture québécoise. » Mme Montpetit a ajouté que le PLQ « a pratiquement créé toutes les institutions québécoises majeures » de ce secteur.

Philippe Couillard a fait valoir que c’est là une « réalité historique ». « Je pense qu’il commence à être le temps qu’on le dise haut et fort. Je suis très fier d’appartenir à une formation politique qui a été aux premières loges du développement culturel du Québec. Les gens du milieu culturel le savent, mais je veux que la population le sache aussi. »

À l’arrière de la salle, Louise Beaudoin — ancienne ministre péquiste de la Culture — fulminait. « J’ai trouvé ça triste, parce qu’on a toujours tenté [au Québec] de faire en sorte que ce qu’on faisait en matière culturelle soit fait d’une manière non partisane, pour que ce soit pérenne et consensuel. En faisant ce qu’ils ont fait, ça ne peut plus être non partisan. »

Le Parti québécois estime d’ailleurs dans ce contexte que la politique représente « l’offre culturelle, la plateforme » des libéraux, rien de plus. « Nous aurons notre propre offre », a indiqué en entretien Pascal Bérubé, porte-parole de la formation en matière de culture. Comme son chef la veille, M. Bérubé a dénoncé que le gouvernement ait attendu « la dernière semaine du mandat pour annoncer » son intention de revoir les lois sur le statut de l’artiste ».

« Ce sont des propositions électorales du Parti libéral du Québec, ce n’est pas réellement une politique culturelle pour le Québec », a aussi soutenu Gabriel Nadeau-Dubois (Québec solidaire), tout en saluant certaines mesures.

Bon accueil

Louise Beaudoin estime elle aussi que le « fond du document est intéressant. C’est la forme et le moment de la présentation qui posent problème ».

Plus largement, les réactions à la politique — dont la teneur avait été révélée dimanche par La Presse canadienne, et dont l’essentiel du cadre financier était connu depuis le dernier budget Leitão — ont été bonnes, mardi. « C’est un pas en avant de reconnaître la culture comme une force et de soutenir l’industrie dans son ensemble », a indiqué Marie-Josée Dupré, directrice générale de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ).

« La révision des deux lois sur le statut de l’artiste, les nouvelles sommes pour le Conseil des arts et des lettres du Québec [CALQ, 66 millions] ou la Société de développement des entreprises culturelles [SODEC, 50,2 millions], ça fait longtemps que c’était demandé et ça semble des éléments intéressants en matière de soutien aux créateurs et à la production », disait Mme Dupré.

Comme prévu, la politique vise quatre grands objectifs — déjà prévus dans l’ébauche de la politique dévoilée en juin 2017 : contribuer à l’épanouissement individuel et collectif grâce à la culture ; façonner un environnement propice à la création et à son rayonnement ; dynamiser la relation entre la culture et le territoire ; accroître l’apport de la culture et des communications à l’économie.

Le budget Leitão établissait à 539 millions le soutien à la politique culturelle. Le chiffre dévoilé mardi est maintenant de 600,9 millions, dont « 90 % d’argent frais », selon Philippe Couillard.

Éducation

Parmi les lignes de fond de la politique, la ministre a mis l’accent sur la nécessité d’améliorer les conditions socio-économiques des artistes professionnels. De même, un investissement substantiel (65,6 millions) est prévu pour créer une « nouvelle alliance » entre la culture, l’éducation et la famille. L’idée ? Mettre le plus tôt les jeunes Québécois en contact avec des activités culturelles, et cela, partout au Québec.

« C’est une bonne politique à première vue, englobante, estime Suzanne Aubry, présidente de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ). L’arrimage entre la culture et l’éducation est très important. »

L’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo), la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), l’Union des artistes et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) ont aussi réagi positivement mardi.

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