Une politique culturelle des libéraux aux accents électoraux

La politique culturelle redéfinira vraisemblablement le statut de l’artiste.
Photo: Dmitry Mordolff Getty Images La politique culturelle redéfinira vraisemblablement le statut de l’artiste.

La politique culturelle que présentera mardi le gouvernement Couillard survivra-t-elle aux prochaines élections ? L’opposition dénonce en tout cas un document qui a des airs électoraux.

« Ce n’est pas une politique culturelle, c’est une annonce électorale », a dénoncé lundi le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. « Déposer la politique culturelle comme ça, en fin de session parlementaire, ça va malheureusement prendre un goût électoral, et ça n’aurait pas dû », estime lui aussi Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire.

C’est mardi que le premier ministre Couillard et la ministre de la Culture, Marie Montpetit, doivent dévoiler la nouvelle politique culturelle du gouvernement québécois, accompagnée de son plan d’action. Le dépôt initial de ces documents était prévu pour décembre dernier.

Selon La Presse canadienne — qui a obtenu dimanche une copie intégrale de la politique —, la ministre Montpetit s’engagera notamment à revoir les deux lois existantes sur le statut de l’artiste, qui ont une trentaine d’années chacune.

Plusieurs autres éléments de la politique étaient déjà esquissés dans l’ébauche de la politique présentée en juin 2017 pour consultation, de même que dans le dernier budget Leitão. Celui-ci établissait à 539 millions sur cinq ans le financement gouvernemental prévu pour mettre en application la politique.

« Dans cette politique, il y a des projets pour changer [les lois sur le] statut de l’artiste, a mentionné M. Lisée. On est à quatre jours de la fin de la session : c’est clair qu’on n’en débattra pas » avant les élections.

Aussi l’avenir de cette politique culturelle paraît-il incertain : rien ne garantit que le prochain gouvernement se sentira lié par la vision élaborée par le gouvernement Couillard — outre pour ce qui est des sommes déjà engagées et de certaines initiatives en vigueur (comme la gratuité dans les musées un dimanche par mois).

C’est beaucoup trop tard et, malheureusement, on n’aura pas le temps d’avoir le débat de société parce qu’on va être en contexte électoral.

 

Et d’ailleurs, rien n’obligera le gouvernement élu à respecter le document, note Luc Bernier, titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la gestion dans le secteur public. « Ça ne lie pas le gouvernement et, à la limite, ça ne lierait même pas un prochain gouvernement libéral, dit-il. Ça n’a pas de valeur — et c’est dommage, parce que ça a été beaucoup de travail. »

À Québec, le cabinet de la ministre Montpetit a soutenu que « les oppositions avaient l’occasion de venir discuter de la politique culturelle et ne l’ont pas fait au moment où elles auraient dû le faire. Aujourd’hui, elles sont deux ans en retard. » On fait aussi valoir, pour affirmer la crédibilité du processus, que « la politique s’est nourrie des fruits d’importantes consultations qui se sont déroulées pendant deux ans à travers tout le Québec ».

Pas de débat

Dans les circonstances, Jean-François Lisée estime que « la conférence de presse qui va se faire là-dessus devrait être une conférence du Parti libéral du Québec qui annonce son programme électoral. On n’est plus au moment de faire de grandes politiques gouvernementales, à quelques jours de la fin de la session. Il y a un problème de gestion du message. »

Le député Nadeau-Dubois déplore de son côté le vide dans lequel tombera la politique. « C’est beaucoup trop tard et, malheureusement, on n’aura pas le temps d’avoir le débat de société parce qu’on va être en contexte électoral. » La Coalition avenir Québec n’a pas souhaité commenter lundi.

Le projet de réviser la politique culturelle québécoise — dont la précédente version date de 1992 — a été annoncé en février 2016 par Hélène David. Son successeur à la Culture, Luc Fortin, a mené les consultations publiques et la rédaction du projet initial.

M. Fortin avait promis de présenter la version définitive de la politique et son plan d’action en décembre 2017. Mais un autre changement de ministre à la Culture (en octobre) a retardé le projet de six mois, l’adossant ainsi aux confins de la campagne électorale.

La présentation qui sera faite de la politique mardi permettra de détailler certaines sommes prévues par le budget Leitão, mais dont la destination demeurait inconnue. Le budget établissait autrement que 113 millions seraient consacrés pour « rapprocher la culture des jeunes » ; 169 millions, pour « favoriser la création » ; 110 millions, pour « appuyer la culture dans toutes les régions » ; et 116 millions, pour « déployer la culture dans l’espace numérique ».