«Charlie Hebdo» transmet sa mémoire post-attentat aux Archives de Paris

Un visiteur scrute une fresque dessinée par des enfants après l’attentat chez «Charlie Hebdo», exposée ces jours-ci à l’hôtel de ville de Paris.
Photo: François Guillot Agence France-Presse Un visiteur scrute une fresque dessinée par des enfants après l’attentat chez «Charlie Hebdo», exposée ces jours-ci à l’hôtel de ville de Paris.

Des milliers de dessins, des lettres d’amour, de soutien ou d’insultes… Charlie Hebdo veut donner aux Archives de Paris tous les documents reçus après l’attentat de janvier 2015 qui a décimé une partie de la rédaction de l’hebdomadaire satirique.

« Ce sont tous les courriers qu’on a reçus après. Je pense que ça fait partie de l’histoire et de la mémoire de la ville de Paris », explique à l’AFP Riss, directeur et codétenteur de Charlie Hebdo.

Le 7 janvier 2015, l’hebdomadaire avait été la cible d’une attaque djihadiste lors de laquelle deux hommes armés avaient exécuté 11 personnes dans ses locaux parisiens. Parmi les victimes, des figures emblématiques comme Cabu, Wolinksi, Honoré, Tignous ou l’ex-directeur de la rédaction, Charb. Cette attaque a marqué le début d’une vague d’attaques djihadistes sans précédent en France.

Le 11 janvier 2015, plus de quatre millions de personnes étaient descendues dans les rues des grandes villes de France, suivant le mot d’ordre « Je suis Charlie », en défense de la liberté d’expression.

Une fois classés par les Archives, ces documents reçus après l’attentat seront accessibles au public, notamment aux chercheurs, à l’instar des milliers de témoignages de soutien déposés sur les sites des attentats du 13 novembre 2015 (130 morts à Paris et à Saint-Denis) et indexés par les Archives de Paris.

Pour être effectif, ce projet doit encore être validé par le Conseil de Paris lors de sa prochaine réunion en juillet. Depuis plus de 200 ans, les Archives de Paris collectent, classent, conservent et communiquent des documents d’intérêt historique, concernant Paris ou l’ancien département de la Seine.

Pour Guillaume Nahon, directeur des Archives de Paris, le « fonds Charlie » « a sa place aux Archives ». « Il est d’une grande richesse et formera un ensemble très cohérent avec les archives du 13 novembre pour pouvoir comprendre les réactions du public aux attentats de 2015. »

Des milliers de documents

Trente-cinq grands cartons contenant entre 56 000 et 70 000 documents ont d’ores et déjà été transférés des locaux du journal à ceux des Archives. Ils ont rejoint les quelque 67 kilomètres linéaires de documents que la Ville de Paris conserve dans le nord de la capitale.

« Cela représente environ douze mètres linéaires de documents. C’est un travail de classement très important, il faudra faire l’inventaire et l’indexation de chaque pièce, ainsi que leur analyse juridique », souligne Guillaume Nahon.

« Le fonds sera accessible dans deux ans, car c’est un matériau brut dont il faut vérifier la communicabilité », soit la possibilité légale d’être montré au public, poursuit-il.

Il a fallu un an et demi aux deux archivistes volontaires pour classer les documents post-13 novembre. Ce sont les mêmes employés qui s’occuperont du fonds Charlie, dont une partie sera à terme consultable en ligne, sur le site des Archives de Paris (archives.paris.fr).

Sept catégories

Les messages ont été pré-classés par les équipes de Charlie Hebdo en sept grandes catégories : « les courriers à traiter ou à transmettre à leurs destinataires », « les abonnements », « les dons », « les dessins d’enfants et d’adolescents », « les courriers et dessins d’adultes de soutien à la rédaction », « les soutiens par poèmes » et « les cahiers de condoléances ».

Les dessins d’enfants constituent la part la plus importante du fonds (douze cartons, soit au moins 24 000 documents).

Parmi eux, 150 dessins ont été sélectionnés par l’association « Dessinez Créez Liberté », créée par Charlie Hebdo, SOS Racisme et l’association lycéenne Fidl, pour faire partie de l’exposition #Jedessine, qui a tourné dans 18 villes de France et arrive à l’Hôtel de Ville de Paris du 6 au 12 juin.

Ces dessins, également publiés dans un livre l’année dernière et donc déjà accessibles au public, seront mis en ligne plus rapidement que le reste du fonds, précise Guillaume Nahon.

Plusieurs universitaires et sociologues, notamment ceux qui travaillent sur les réactions post-attentats, souhaitent pouvoir consulter tous les documents et en ont déjà fait la demande aux Archives.

« C’était dommage de ne pas utiliser tous ces courriers. On s’est dit que les universitaires pourraient en tirer parti mieux que nous. Les mettre à disposition et les conserver, ça demande un travail de spécialiste », estime Riss.