L’accès à la plus haute fenêtre de Montréal sera enfin possible à l'Oratoire

Vue de l’entre-dôme de la basilique et de l’escalier menant à l’observatoire à son sommet
Photo: Doug and Wolf Vue de l’entre-dôme de la basilique et de l’escalier menant à l’observatoire à son sommet

En cours de (lente) transformation depuis près de 15 ans, l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal dévoilait lundi le concept architectural qui mettra un terme au vaste projet d’aménagement. L’ultime phase, destinée à repenser la basilique et le musée du sanctuaire, a été confiée à un consortium formé des firmes Atelier TAG et Architecture49.

Un peu plus près du ciel, un peu plus loin du sol : la plus haute fenêtre de Montréal, c’est à l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal qu’on l’expérimentera. Pour y accéder, et concrétiser un souhait centenaire, les architectes choisis ont conçu un parcours digne d’une ascension qui ne déplaira pas aux plus fidèles pèlerins.

Lancé au début de 2018, le concours d’architecture visait à donner accès à un espace désigné de l’entre-dôme et à créer un observatoire public dans le lanterneau. Des quatre projets finalistes retenus en février, le lauréat s’est démarqué pour l’ascension à la fois physique, historique et spirituelle qu’il proposait.

« L’analyse architecturale de la basilique, le respect de l’infrastructure existante, la vue sur les réserves du musée… [Les lauréats] n’ont pas seulement conçu un beau projet, leur présentation au jury était magistrale », résumait l’architecte Carlo Carbone, président du jury.

Photo: Doug and Wolf Coupe de l’entre-dôme

Couvrant un espace équivalant à 14 étages, l’entre-dôme existe depuis que la basilique a été complétée par le moine et architecte dom Bellot, après la mort du frère André en 1937. Ce non-lieu deviendra enfin public avec l’aménagement annoncé, mais les travaux ne débuteront pas avant 2020.

L’ascension favorisée par les architectes se fera par un escalier « assez vertigineux » de plus de 1000 marches alors que la descente se voudra plus modérée par le biais d’une rampe autour du dôme.

« La montée est plus expéditive jusqu’à un certain point, reconnaît Manon Asselin, de l’Atelier TAG. Il faut dire que ça prend un effort physique important et ça, ça s’inscrit dans l’héritage du pèlerinage. La prémisse est d’arriver en haut. Une fois arrivé au lanterneau, une fois qu’on a assouvi ce désir de voir Montréal, on descend de façon plus douce, en promenade. »

Une partie d’un vaste projet

Depuis 2002, l’Oratoire travaille sur un plan qui rend l’ensemble du site plus accessible, plus convivial et plus respectueux de la nature environnante. On a redessiné la route, on a multiplié les ascenseurs, mais il restait à finaliser, comme le dit Carlo Carbone, « un parcours cohérent de la rue Queen-Mary à la plus haute fenêtre ».

L’ouverture au public de l’entre-dôme a bénéficié d’une étude de faisabilité dès 2007. La complexité du dossier, qui impliquait la participation financière des trois ordres gouvernementaux, en a cependant repoussé mille fois sa mise en chantier.

En 2016, on lançait enfin le projet, qui inclut, outre le dôme et le musée du sanctuaire, un nouveau pavillon d’accueil, un réaménagement paysager et une mise en valeur lumineuse. Ces trois volets entreront en phase de réalisation dès cet été.

Les investissements ont été évalués à 80 millions de dollars. Québec y participe à hauteur de 30,8 millions, Ottawa, avec une somme de 22 millions, et la Ville de Montréal, avec 10 millions. La Fondation de l’Oratoire a amassé le reste, soit 17,2 millions de dollars.

Un fil d’Ariane

Le concept d’Atelier TAG et Architecture49, qui l’ont élaboré avec l’appui d’une vaste équipe incluant des ingénieurs en électromécanique et des designers, repose sur un long drapé en acier, étalé par dessus toute une diversité architecturale.

« Le drapé, c’est comme un fil d’Ariane, parce que la qualité des espaces est tellement différente. Le musée, c’est une déambulation à l’horizontale avec des plafonds pas très hauts. Ensuite, on a cette montée, un espace de 80 mètres [de haut] », explique Manon Asselin.

Elle assure avoir voulu respecter l’esprit de l’architecture de dom Bellot, caractérisée par une beauté qu’elle qualifie d’utile.

« Le drapé, poursuit-elle, est poétique, qui voile et dévoile, et pragmatique, qui cache la mécanique et les appareils d’électricité. Comme un textile, il permet de draper quelque chose d’existant, mais ce n’est pas une surface rigide, on n’ajoute pas de poids, et on le fait sans soudure in situ. »

Ce voile métallique aura différents tissages et formes selon l’endroit où il sera posé. Dans le vertigineux escalier, par exemple, il couvrira davantage de surface qu’ailleurs afin d’apporter un sentiment supplémentaire de sécurité. « On scénarise et on chorégraphie l’émotion avec un matériau très simple », commente l’architecte.

Les parties plus élevées du dôme ne seront accessibles que pour ceux qui « auront le courage ». Elles donneront par contre droit à deux points de vue uniques et jusque-là secrets. De l’oculus, cette ouverture au sommet d’une voûte, on pourra voir l’intérieur de la basilique, notamment par le biais d’un jeu de miroirs. Et au toit des toits, le lanterneau, la vue à 360 degrés, dit-on, est comme nulle part ailleurs.

Au niveau du tambour, accessible, lui, par ascenseur, une série de fenêtres conçues par dom Bellot couvre tout l’horizon. L’intervention des architectes d’aujourd’hui pointera les différents sites repérables.

Le musée, aménagé un étage au-dessous de la basilique, sera aussi orienté selon les vues panoramiques. Il mettra en valeur les collections de l’Oratoire, qui ne se décline pas seulement enobjets sacrés. Sur les 30 000 pièces qui les composent, plusieurs oeuvres d’art, dont une immense toile attribuée à Vasari, peintre de la Renaissance italienne. Les architectes ont imaginé un espace mettant en valeur cette huile intitulée Circoncision, dont le prêt au Musée des beaux-arts de Montréal est en cours de renouvellement.

L’ouverture du nouveau musée de l’Oratoire n’est cependant pas prévue avant 2021.