Décès de Gabriel Gascon: rideau sur une vie de théâtre

Gabriel Gascon dans le film «La passion selon Gabriel», réalisé par sa nièce, Sylvie Groulx
Photo: Vivavision Gabriel Gascon dans le film «La passion selon Gabriel», réalisé par sa nièce, Sylvie Groulx

L’éternel adolescent est mort à 91 ans, cette semaine. C’est le comédien Gabriel Gascon. Il fut, au petit écran, l’Alexis Labranche des Belles histoires des pays d’en haut, il fut de la première production du Théâtre du Nouveau Monde, L’avare de Molière, en 1951. Pas plus tard qu’il y a quatre ans, octogénaire, il remontait brièvement sur la scène du TNM dans Le roi Lear dans une mise en scène de Denis Marleau. Entre-temps, il ne cessa de se réinventer, en Europe comme ici, entre autres au théâtre et au cinéma. Le théâtre québécois est en deuil.

Pour Gabriel Gascon, le théâtre était l’équivalent du bonheur. Il aimait prendre le temps, avant une représentation, de laisser son personnage entrer en lui. Il y soignait chacun de ses gestes, comme le raconte Denis Marleau dans le très beau documentaire La passion selon Gabriel, que signait la nièce de l’acteur, Sylvie Groulx, en 2012.

Pour Lorraine Pintal, directrice du TNM, Gabriel Gascon, qu’on appelait familièrement « Gaby », était un « électron libre », conteur d’histoires inimaginables, d’une incroyable créativité.

« C’était un enfant dans un corps d’adulte. Il était très adolescent dans sa manière d’être dans la vie », dit-elle. Au-delà du comédien, Gabriel Gascon était un « spectateur, un ami et un membre de la famille du TNM », dit-elle. Il faut dire que la famille Gascon est étroitement liée à l’histoire du théâtre. Jean Gascon, frère de Gabriel, en a été l’un des fondateurs, et André, un autre membre de la fratrie de 14 enfants, en a été l’administrateur. Des nombreux enfants de Gabriel Gascon, seule sa fille Sophie a pour sa part choisi le théâtre.

Enfant, Gabriel Gascon n’est pas allé à l’école parce qu’il était malade, nous apprend La passion selon Gabriel. Mais il était déjà passionné d’art dramatique.

Après avoir joué dans les grands classiques, entre autres sous la direction de son frère Jean, Gabriel Gascon s’est manifesté sous une autre forme de théâtre, notamment sous la direction de Denis Marleau, de la troupe de théâtre Ubu.

C’est sur les scènes françaises, où Gabriel Gascon s’est produit de 1965 à 1980, que Denis Marleau a vu le comédien au théâtre pour la première fois.

« Je l’avais vu dans une pièce de Ibsen, Le canard sauvage », raconte l’homme de théâtre. « J’ai été très frappé par son jeu. »

Douze ans plus tard, Denis Marleau retrouvera Gabriel Gascon au Québec. Gaby a alors 63 ans.

Denis Marleau lui propose un rôle dans La trahison orale, une pièce de théâtre musical de Mauricio Kagel.

« C’était le seul acteur qui connaissait déjà Mauricio Kagel et qui connaissait la pièce », se souvient Marleau. Gascon, qui avait une formation en musique, était sensible à l’oeuvre. « Il avait étudié le chant et le piano », raconte Marleau. En 1994, Gascon interprète Krapp, dans La dernière bande, de Samuel Beckett, toujours dans une mise en scène de Denis Marleau.

« Il a marqué le personnage de Krapp », dit Marleau. Le metteur en scène se souvient notamment de la dextérité manuelle de Gascon, qui avait étudié la musique. « Il avait une gestuelle virtuose. Il pouvait faire quelque chose de complètement différent de la main droite et de la main gauche. Dans La dernière bande, il pouvait, dit-il, frotter le magnétophone d’une main et se gratter la tête de l’autre. »

Pour Marleau, Gascon était une sorte d’« archange » qui pouvait faire preuve d’une sensibilité presque musicale, et même aussi être fantasque jusqu’au clownesque.

En fait, les deux hommes avaient une telle complicité, et une telle confiance l’un dans l’autre qu’un critique avait même relevé qu’ils ne faisaient qu’un.

Pour la comédienne Annie Gascon, nièce de Gabriel Gascon, aujourd’hui directrice des communications au Théâtre du Nouveau Monde, l’oncle Gaby a été l’inspiration qui lui a fait choisir le théâtre.

« Il habitait derrière chez nous et je lui faisais répéter son rôle d’Alexis Labranche. Il ne voulait jamais me dire comment cela allait finir », dit-elle.

Dans la famille Gascon, on aimait raconter la fondation du Théâtre du Nouveau Monde, quand, chez les grands-parents, les fils s’activaient à écrire les invitations, à écrire des textes pour cette nouvelle troupe.

« Il était très gentil, se souvient Annie. Quand il était avec vous, il était complètement là ».

Pour Denis Marleau, le comédien savait parfaitement « être à sa place » dans un collectif.

« Il avait une sorte d’humilité générale qui lui donnait quelque chose de princier. Il avait une bienveillance, une discrétion, tout en n’en pensant pas moins. »