GJPR: l’arrivée de Bell et d’Evenko bien accueillie

Bell et Evenko rachèteront 51% des actions du Groupe Juste pour rire.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir Bell et Evenko rachèteront 51% des actions du Groupe Juste pour rire.

C’était à la fois « souhaitable » et « tout à fait prévisible » : l’arrivée annoncée de Bell et d’Evenko comme actionnaires majoritaires du Groupe Juste pour rire (GJPR) a reçu lundi un accueil favorable de plusieurs intervenants — mais pas de Québecor.

« C’était écrit dans le ciel qu’il fallait des partenaires québécois dans ce projet », soutient Cristelle Paré, spécialiste de l’industrie de l’humour et enseignante à l’École nationale de l’humour de Montréal. Et pourquoi donc ? « Les crédits d’impôt », répond-elle.

On a un système qui fait que la production télé peut difficilement se faire sans crédits d’impôt. Le volet télé de Juste pour rire est très important. Ça aurait pris des reins très solides pour décider de se passer des crédits d’impôt.

 

Le problème, c’est qu’une compagnie étrangère comme ICM Partners — qui vient de racheter GJPR à Gilbert Rozon, en compagnie du comédien canadien Howie Mandel — n’a pas droit à la plupart de ces crédits. « Pour être admissible à ces crédits, une société doit, entre autres, être sous contrôle québécois », rappelait lundi la porte-parole du ministre québécois des Finances.

Les activités de GJPR dans la production de spectacles et les captations pour la télévision peuvent lui donner droit à trois crédits d’impôt, précisait le cabinet.

Selon des informations dévoilées lundi par La Presse +, Bell et Evenko rachèteront 51 % des actions du GJPR, détenues par ICM depuis mars. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. En fait, la transaction elle-même n’a pas été confirmée… si ce n’est qu’indirectement. « Juste pour rire ne commentera pas aujourd’hui puisque la transaction n’est pas finalisée », a indiqué au Devoir une porte-parole du groupe.

Bon accueil

Les premières réactions à la nouvelle ont été positives, notamment au Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI). « Si la transaction s’avérait, le REMI la verrait d’un bon oeil, ne serait-ce que par rapport à la propriété québécoise — et, par prolongement, à ce que ça représente pour la pérennité du volet francophone de l’événement, de même qu’en ce qui concerne le siège social du Groupe », souligne le président-directeur général du regroupement, Martin Roy.

À Ottawa, le cabinet de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a aussi salué le projet. « Les secteurs de l’humour et du divertissement sont un fleuron pour le Québec et le Canada et il est important de protéger ces emplois. Notre gouvernement accueille positivement cette nouvelle, mais nous attendrons d’obtenir davantage de détails », a mentionné son attaché de presse, Simon Ross.

Jusqu’ici, Ottawa pensait devoir mener un examen sur les « investissements étrangers liés aux industries culturelles » à la suite de l’acquisition de GPJR par ICM Partners. Il est fort possible que ce ne soit plus nécessaire, disait-on lundi, sous toute réserve de voir la transaction être conclue.

Cristelle Paré estime que Bell et Evenko vont renforcer les activités de Juste pour rire. Géant incontesté des festivals culturels — Festival international de jazz de Montréal, FrancoFolies de Montréal, Osheaga, Heavy Montréal… —, Evenko apporte une expertise administrative et de gestion, note-t-elle.

« Mais Bell sera très important pour Juste pour rire, ajoute Mme Paré : [l’entreprise apporte] une mégaplateforme de diffusion : Internet, télé, publicité, avec la capacité de rejoindre des gens en français et en anglais. »

Sur le plan financier, les crédits d’impôt qui redeviennent accessibles ont aussi leur poids, ajoute François Brouard, professeur de fiscalité à l’Université Carlton et directeur du Groupe de recherche sur l’industrie de l’humour. Il calcule que « jusqu’à 40 % du budget d’une émission peut venir des gouvernements, selon les émissions et certains critères. C’est majeur. »

Monopole

Avec cet ajout à un porte-folio déjà garni, Evenko ne devient-il pas toutefois un joueur démesurément gros dans le marché culturel ? Pierre Karl Péladeau, grand patron de Québecor — qui avait souhaité acheter GJPR, avant de s’associer au festival naissant et concurrent Grand Montréal comédie fest —, le pense. « Espérons que le Bureau de la concurrence se penchera sur le monopole que Bell/Evenko consolide de plus en plus sur les marchés des festivals », a-t-il écrit sur Twitter.

François Brouard et Cristelle Paré trouvent pour leur part le mot monopole « trop fort ». « Si je vois une uniformisation quelque part, ce serait dans l’administration, dit Mme Paré. Autrement, c’est difficile de dire que l’offre s’uniformise parce qu’Evenko est partout, ils font autant dans le jazz que le heavy métal. »