Québec a imposé Jean-Louis Roy au CA de BAnQ

Le gouvernement Couillard a annoncé mercredi dernier la nomination de Jean-Louis Roy comme p.-d.g. de l’institution.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Couillard a annoncé mercredi dernier la nomination de Jean-Louis Roy comme p.-d.g. de l’institution.

La nomination de Jean-Louis Roy comme p.-d.g. de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en a surpris plusieurs… incluant les membres du conseil d’administration de l’institution. Le choix de M. Roy a en effet été imposé par le gouvernement, a appris Le Devoir.

« C’est une situation bien particulière pour nous, a indiqué mardi au Devoir le président du conseil d’administration de la société d’État, Martin Carrier. Dans le sens où on ne peut pas critiquer ni cautionner la nomination de M. Roy, parce que ce n’est pas quelque chose qui a émané du CA. »

M. Carrier a ainsi appris le matin du 16 mai — soit le jour de la nomination de M. Roy — que la ministre de la Culture « proposerait la nomination de Jean-Louis Roy au Conseil des ministres. Marie Montpetit a invoqué un article de la loi régissant BAnQ pour faire une nomination de leur côté [celui du gouvernement], en ne consultant pas le CA ».

L’article 4.2 de la loi sur BAnQ indique que la nomination du p.-d.g. « est faite sur la recommandation du conseil d’administration ». Il prévoit toutefois aussi que si le CA « ne recommande pas la nomination d’une personne dans un délai raisonnable, le gouvernement peut nommer celui-ci après en avoir avisé les membres du conseil ». Dans le cas présent, le poste était vacant depuis avril 2017.

Le CA avait proposé une première candidature au gouvernement en septembre. Mais le nom de Manon Gauthier, ancienne responsable de la culture au comité exécutif de la Ville de Montréal, a été écarté parce qu’elle ne répondait pas à un des critères obligatoires pour accéder aux emplois supérieurs du gouvernement.

Partant de là, la firme de recrutement qui avait obtenu le contrat de 30 000 $ pour mener ce dossier (Raymond Chabot Ressources Humaines inc.) a repris le travail de recherche, en collaboration avec le CA. « On est retourné à la planche à dessin, on a refait des appels », relate Martin Carrier.

« Plusieurs candidatures ont été soumises » à Québec de manière informelle, selon lui. « On a eu un bon dialogue avec le ministère pour s’assurer qu’on n’allait pas avoir une situation comme celle de l’automne, et pour s’assurer qu’on était sur la même longueur d’onde. Mais force est de constater qu’on n’est pas arrivés à s’entendre sur le profil qu’on recherchait, et ce, à travers certaines candidatures que nous avons soumises et qui n’ont pas été retenues. »

Martin Carrier estime que la situation actuelle crée « une situation de gouvernance qui pose un défi, alors que ni le CA ni le candidat ne se sont choisis ». Pourrait-il démissionner ? « Personnellement, le contexte porte à la réflexion, mais pas à la précipitation. »

Québec satisfait

Le cabinet de Marie Montpetit a refusé mardi d’expliquer sa décision. En réponse à différentes questions, on a fait valoir que le poste demandait un « profil d’exception. Nous sommes convaincus d’avoir trouvé en M. Roy cette personne. Nous sommes très heureux de sa nomination, qui a été saluée avec enthousiasme par le milieu tant pour ses qualités de gestionnaire que pour sa vaste expérience, sa notoriété et sa vision ».

Le son de cloche est toutefois passablement différent auprès de Martin Carrier, qui s’exprime au nom du CA. « Tout le monde reconnaît la valeur de M. Roy. Mais ce n’est pas tout à fait ce qui avait été anticipé » comme dénouement de processus, dit-il.

M. Carrier rappelle que le renouvellement partiel du CA et son arrivée en poste à la fin 2016 « se voulaient comme un tournant vers le numérique et les grands chantiers de BAnQ, comme la bibliothèque Saint-Sulpice. Donc c’est certain qu’on visait un certain renouveau. On verra si M. Roy pourra l’incarner ».

Joint mardi soir, Jean-Louis Roy pour sa part mentionné qu’il ignorait tout des mécaniques prévues pour la recherche d’un p.-d.g. de BAnQ. « Le processus de nomination, les règles, etc., c’est l’affaire du gouvernement et du ministère. Je n’ai rien à voir dans ça, en vérité. »

Selon nos informations, le nom de M. Roy a été proposé au gouvernement par une personne tierce bien branchée sur le milieu culturel et politique. La recommandation s’est faite directement, ce qui a évité à M. Roy les entrevues autrement menées par le conseil d’administration de BAnQ.

Un processus similaire mené au même moment dans une autre institution culturelle — la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles) — s’est pour sa part déroulé autrement, indiquait mardi Pierre Laporte, président du CA de cet organisme. La nouvelle présidente de la SODEC, Louise Lantagne, a été choisie au terme d’un processus formel et d’une série d’entrevues, affirme M. Laporte. « J’étais très content du choix », dit-il.

Ancien directeur du Devoir (1981-1986), Jean-Louis Roy a notamment été délégué général du Québec à Paris, secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la francophonie (qui est devenu l’OIF) et président de Droits et Démocratie. Il a écrit de nombreux livres — essais, récit, roman, poésie —, dont plusieurs consacrés à l’Afrique et à la francophonie.