Un été éclectique au Musée des beaux-arts du Canada

Magdaline Boutros Collaboration spéciale
Camille Pissaro, «Pruniers en fleur à Éragny» (1894)
Photo: Anders Sune Berg Camille Pissaro, «Pruniers en fleur à Éragny» (1894)

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On le sait, les impressionnistes attirent les foules. La collection du musée Ordrupgaard de Copenhague, qui garnira les murs du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa cet été, séduira à coup sûr les amants des maîtres français du XIXe siècle. Mais, après avoir plongé le regard dans un Monet ou un Degas, le public gagnera à arpenter les parcours de deux autres expositions qui promettent des découvertes envoûtantes en matière d’orfèvrerie et de photographie.

Des trésors impressionnistes provenant du Danemark

À partir du 18 mai et jusqu’au 9 septembre, le MBAC accueillera en ses murs une soixantaine de chefs-d'œuvre de peintres français du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Une collection d’une richesse étonnante constituée par Wilhelm et Henny Hansen durant les premières décennies du XXe siècle. À l’occasion des travaux d’agrandissement qui ont cours au musée Ordrupgaard au Danemark, le MBAC a réussi à mettre la main, le temps d’un été, sur cette collection, qualifiée comme l’un des plus beaux ensembles d’œuvres impressionnistes en Europe du Nord. « Nous avons véritablement sauté sur cette occasion », dit avec enthousiasme en entrevue Erika Dolphin, conservatrice associée au MBAC et commissaire de l’exposition Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard. « C’est vraiment une chance d’avoir ces tableaux d’une qualité exceptionnelle ici pour une grande exposition d’été », poursuit-elle. La collection ne se cantonne pas au courant impressionniste. Aux côtés des oeuvres de Monet, Manet, Renoir, Degas, Pissarro et Sisley se glisseront quelques tableaux de leurs prédécesseurs, Delacroix et Ingres notamment. Wilhelm Hansen ayant également eu un grand intérêt pour le postimpressionnisme, des toiles de Gauguin, de Matisse et de Cézanne formeront le point d’orgue de cette exposition qui se veut une incursion aux fondements de l’art moderne.

Les visiteurs seront ensuite invités à découvrir 16 tableaux de l’âge d’or de l’art danois, d’autres pièces maîtresses de la collection de Wilhelm Hansen. « On a vraiment séparé les deux collections, celle de l’art français et celle de l’art danois, parce qu’elles étaient disposées comme cela dans la maison où M. Hansen présentait ces œuvres », explique Mme Dolphin. Désireux de partager leur trésor avec le public danois, les Hansen ouvraient, une fois par semaine, leur résidence d’été familiale située en banlieue de Copenhague aux visiteurs. À la mort de Wilhelm Hansen en 1936, sa veuve Henny a légué au gouvernement danois la collection et la maison, qui sont devenues ultérieurement le musée Ordrupgaard.

L’orfèvrerie, un art méconnu

Photo: Musée des beaux-arts du Canada Laurent Amiot, Cafetière de la famille Le Moine (vers 1796)

Pour la première fois, une exposition entière est consacrée à l’œuvre de Laurent Amiot, un orfèvre né à Québec en 1764. Pour bien comprendre son importance, il faut reculer à la période marquant la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, une période pendant laquelle l’orfèvrerie occupe une place beaucoup plus importante que de nos jours. Tout juste après avoir reçu sa première formation, Amiot part pour Paris — le centre névralgique de l’orfèvrerie en Europe de l’Ouest —, où il séjourne de 1782 à 1787, à la veille de la Révolution. À son retour à Québec, il opère une véritable révolution — esthétique, faut-il préciser — dans le milieu de l’orfèvrerie.

« C’est lui qui fera passer l’orfèvrerie au pays du statut d’artisanat à celui d’un art à part entière », explique René Villeneuve, conservateur associé de l’art canadien ancien au MBAC et commissaire de l’exposition Laurent Amiot. Maître-orfèvre canadien. « Il revisite toutes les formes, tous les décors. Il produit une argenterie de table variée, renouvelée », souligne-t-il. Les autres orfèvres seront contraints de marcher dans son sillage.

Pendant une cinquantaine d’années, Laurent Amiot ne cessera d’innover, de bousculer, de se réinventer. L’exposition du MBAC présente au public 75 œuvres d’Amiot — des vases, des accessoires religieux ou encore des objets domestiques — ainsi que 17 pièces d’orfèvrerie créées par d’autres artistes. Il aura fallu environ sept ans à René Villeneuve pour rassembler l’ensemble de ces objets, dont plusieurs se trouvaient chez des particuliers. Pour permettre au public de bien comprendre le contexte social qui a mené à la confection de ces pièces en argent, les oeuvres sont minutieusement mises en scène dans l’exposition. Ainsi, le parcours témoignera, par exemple, de l’arrivée du café au pays, une nouveauté qui a mené Amiot à réaliser la première cafetière en argent du Canada. René Villeneuve espère que le public appréciera l’unicité de chacune des pièces, un plaisir lié aux arts de la table qui est devenu plus difficile à satisfaire dans notre société moderne. L’exposition est présentée du 11 mai au 23 septembre.

Savourer l’instant

Pour souligner les 50 ans de sa collection de photographies, le MBAC propose aux visiteurs de laisser leur regard se noyer dans quelque 175 photographies et images. Celles-ci ont été soigneusement choisies par Ann Thomas, conservatrice en chef intérimaire au MBAC. « C’était difficile de faire une sélection dans une collection qui comprend 200 000 photographies », lance-t-elle d’entrée de jeu en entrevue.

Très tôt dans le processus, une ligne directrice s’est toutefois imposée. Celle de la conversation. Une conversation dans le temps, entre des œuvres datant du XIXe siècle et d’autres plus contemporaines. Et une conversation entre les photographes, puisque tout artiste étudie les œuvres de ses prédécesseurs. Coiffée du magnifique titre L’espace d’un instant, l’exposition retrace l’histoire de la photographie. Les visiteurs sont ainsi témoins de l’évolution de la technique sur une période d’environ 180 ans — du daguerréotype jusqu’au numérique — et des différentes formes que peut prendre la photographie.

« Nous avons cette idée que la photographie représente toujours la vérité, mais ce n’est pas toujours le cas, et on voit dans cette exposition des photographies qui sont assez abstraites », note Mme Thomas. Des œuvres de Julia Margaret Cameron, Weegee, Ed Burtynsky et Lynne Cohen sont notamment à l’honneur. L’exposition L’espace d’un instant. Cinquante ans de collectionnement de photographies est présentée du 4 mai au 16 septembre.