L’héritage juif de Montréal

Catherine Girouard Collaboration spéciale
David Bier, «Réfugiés séfarades arrivant à l’aéroport Dorval» (1974)
Photo: Archives juives canadiennes Alex Dworkin David Bier, «Réfugiés séfarades arrivant à l’aéroport Dorval» (1974)

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ils sont aujourd’hui 91 000 à Montréal. On les associe surtout aux bagels, au smoked meat et à Leonard Cohen, mais leur empreinte va bien au-delà encore. L’exposition Shalom Montréal. Histoires et contributions de la communauté juive, présentée par le Musée McCord, met en exergue l’importance passée et présente de la communauté juive dans la métropole.

« La contribution de la communauté juive au développement de Montréal est importante et multiple, et nous voulions la faire connaître des Montréalais de toutes origines », explique Suzanne Sauvage, présidente et chef de la direction du Musée McCord. Le musée de la rue Sherbrooke présente cet été, et jusqu’au 11 novembre, une sélection de leurs réalisations.

Et ces réalisations « sont nombreuses et considérables », peut-on lire dès l’entrée de l’exposition temporaire. « Tellement nombreuses qu’il est difficile de témoigner de l’ensemble de l’œuvre dans une seule expo ! répète à plusieurs reprises Mme Sauvage. Quoi inclure, quoi dire, quoi montrer… c’était un vrai dilemme ! »

Retour sur l’Exode

La visite débute par un retour sur le contexte historique des vagues d’immigration juives du XXe siècle. Après avoir écouté l’écrivaine et journaliste juive Elaine Kalman Naves raconter son arrivée à Montréal, le visiteur pénètre dans une salle plus sombre. Des draperies grises sont suspendues ici et là. Des vidéos d’archives y sont projetées, dans lesquelles défilent des images de révolutions et de conflits mondiaux sur fond d’antisémitisme.

Des souvenirs, mais plus doux cette fois, sont ensuite relatés par des photos de juifs anonymes, souriants, à leur arrivée à Montréal. Quelques objets très symboliques racontent eux aussi des pans de vie, comme une grande nappe brodée par 50 jeunes orphelines juives à Berlin, dans les années 1920, qu’une femme a déménagée avec elle 127 fois en fuyant la Gestapo.

« Les sourires des immigrants que l’on peut voir sur les photos prises lors de leur arrivée à Montréal semblent témoigner d’un soulagement, est-il inscrit au mur. Comme si, l’espace d’un instant, le pays d’accueil leur apportait une sorte de paix du cœur. Mais les exilés et les déracinés n’oublient pas leur histoire, ne reviennent jamais complètement de leur grand voyage qu’ils ont entrepris un jour. »

Vivre ensemble

Le noyau de l’exposition, divisé en cinq grandes sections, présente ensuite des réalisations de la communauté juive dans les domaines de l’architecture, des sciences et de la santé, des droits de la personne, du commerce, des arts et de la culture.

De grands projets comme Habitat 67, dessiné par l’architecte Moshe Safdie, des marques de vêtements comme Le Château et Canadelle, des boutiques et commerces, dont la feue chaîne de supermarchés Steinberg, immortalisée dans la pièce de théâtre Les belles-sœurs de Michel Tremblay, des toiles, des livres, des mots et de la musique de créateurs comme Leonard Cohen, Irving Layton et Mordecai Richler… Des dizaines de réalisations sont présentées au fil des salles par des photographies, des objets et plusieurs installations multimédias. « Il faut prendre le temps de s’asseoir et d’écouter les vidéos dans cette exposition, sinon on en perd la moitié », souligne d’ailleurs Suzanne Sauvage.

L’histoire de l’Hôpital général juif de Montréal, qui ouvre ses portes en 1934 à tous les Montréalais, y est entre autres racontée. « C’était très novateur qu’un hôpital décide d’être si inclusif à cette époque-là », affirme Mme Sauvage. On en apprend d’autre part sur l’engagement de la communauté juive dans de grands mouvements à Montréal, comme les luttes contre le racisme et l’exclusion, la libération de la femme et les revendications ouvrières.

« Les juifs ont le mot mitzvah, qui veut dire “faire quelque chose de gentil pour quelqu’un d’autre”, explique la photographe Heidi Hollinger, ambassadrice de l’exposition, elle-même Montréalaise d’origine juive de 5e génération. Et même si quelque chose semble impossible, les juifs vont essayer de le faire quand même. »

Et pas seulement pour eux, mais pour tous les Montréalais, souligne-t-on de plusieurs façons tout au long de l’exposition. Les noms donnés aux différentes sections de Shalom Montréal — Bâtir ensemble, Prendre soin ensemble, Lutter ensemble, Commercer ensemble, Créer ensemble — en témoignent.

S’ouvrant sur le présent, c’est un documentaire projeté sur une série de grands écrans qui clôt la visite. Avec beaucoup d’humour — central dans la culture juive —, 14 jeunes juifs montréalais parlent de leur ville, de leur culture, de leur apport à la collectivité, de leur vision du futur et de ce que signifie être juif à Montréal en 2018.

Plusieurs conférences, rencontres, projections, spectacles de musique et activités sont aussi organisés dans le cadre de cette exposition. La programmation est disponible sur le site Web du Musée.

Une 7e forêt urbaine

Shalom Montréal sortira aussi des murs du Musée cet été en animant La forêt urbaine, créée pour une 8e année par le Musée McCord dans la rue Victoria, entre Sherbrooke Ouest et l’avenue du Président-Kennedy.

« Comme chaque été, il y aura nos arbres, du mobilier urbain pour s’asseoir, un piano public et des camions de cuisine de rue, mais on y organisera en plus cet été des concerts de musique juive tous les mercredis, et on y servira aussi de la cuisine juive certains midis », énumère la présidente et chef de la direction du Musée.

« Je pense que c’est un des sites les plus photographiés de Montréal », se réjouit Mme Sauvage, estimant maintenant le nombre de visiteurs sur le site à 200 000 par année.

Un grand couturier espagnol au Musée McCord

Le Musée McCord accueillera aussi dès le 15 juin l’exposition mode Balenciaga. Maître de la haute couture, organisée par le Victoria and Albert Museum de Londres.

« Nous avons beaucoup de robes de Balenciaga dans la collection du Musée McCord, et nous en profiterons pour les intégrer à l’exposition », fait valoir Suzanne Sauvage, rappelant que le musée a la plus importante collection de costumes du Canada.

Couturier espagnol, Cristóbal Balenciaga représente l’apogée de la haute couture des années 1950 et 1960. « Il a été le maître et la référence de tous les grands couturiers du XXe siècle, dont Yves St Laurent », explique Mme Sauvage.

Par une centaine de robes et d’accessoires, des photos et des vidéos, l’exposition présentera le travail de Balenciaga ainsi que celui de quelques couturiers internationaux qui s’en sont inspirés.

Expo photo et expo permanente

Une exposition photo de l’artiste en résidence Marisa Portolese viendra compléter l’offre estivale du musée dès la troisième semaine de mai. S’inspirant des photos du Notman, dont le Musée McCord détient les archives, la photographe montréalaise présentera une vingtaine de portraits couleurs de femmes, « une affirmation féministe qui est de toute beauté », commente Mme Sauvage.

En plus de ces expositions temporaires, il est toujours possible de visiter l’exposition permanente Porter son identité. La collection Premiers Peuples du Musée McCord, qui propose de partir à la découverte de l’héritage des Première Nations, des Inuits et des Métis en passant par le vêtement.