Le dessin animé britannique «Peppa Pig» censuré en Chine

Image tirée d'un épisode de la série «Peppa Pig»
Photo: YouTube Image tirée d'un épisode de la série «Peppa Pig»

Pékin — Une plateforme Internet chinoise a censuré le dessin animé britannique Peppa Pig, tandis que des médias d’État fustigeaient la « dépendance » du public enfantin, les dérives commerciales autour du personnage et sa transformation en icône « subversive » d’une jeunesse « oisive » et antisociale.

Au moins 30 000 épisodes de Peppa Pig, dont l’héroïne est une espiègle truie rose vif, ont été retirés de la populaire plateforme de vidéos partagées Douyin, tandis que le mot-clic #PeppaPig était banni du site, a rapporté lundi le quotidien officiel Global Times.

Selon un document cité par le journal, dont l’AFP n’a pu vérifier l’authenticité, le dessin animé pour enfants de la BBC fait partie d’une liste de contenus censurés par Douyin, au même titre que les hommes travestis en femmes, une nudité excessive ou « des comportements érotiques ».

Introduit au milieu des années 2000 en Chine, Peppa Pig y est devenu extrêmement populaire, par des épisodes doublés en mandarin. Mais cette ferveur s’est intensifiée fin 2017 auprès d’un public de jeunes adultes, avec la multiplication d’internautes — dont certaines vedettes — arborant des tatouages éphémères « Peppa Pig » sur des égoportraits, tandis qu’on s’arrachait des objets dérivés, tasses, montres ou vêtements, à l’effigie du personnage.

Un succès décrié

Le Quotidien du peuple, porte-voix du Parti communiste au pouvoir, a sonné la charge jeudi dernier contre le dessin animé, dénonçant les effets pervers d’une « commercialisation » de Peppa, dopée ad nauseam par des vedettes du Web. « Nombre d’écoliers cherchent à se différencier en rivalisant de montres ou d’accessoires Peppa Pig », au profit des « fabricants de contrefaçons », s’alarme-t-il.

Le Global Times évoquait lundi cette dépendance des enfants, qui en pousserait certains « à grouiner et à sauter dans les flaques ».

Autre revers du succès : les faux épisodes et détournements de Peppa Pig, parodies d’humour noir ou ouvertement pornographiques, se répandent, dénonçait en janvier le Global Times.

Ce même journal constatait lundi que l’innocent cochon « est devenu une icône pour la sous-culture » d’une jeunesse « hostile aux valeurs mainstream, souvent peu éduquée et sans travail stable », « oisive », « aux antipodes de la jeunesse que souhaite cultiver le Parti ». Peppa Pig « a pris un tour subversif » et sa popularité « virale » illustre « une soif de nouveauté et de satire susceptible de nuire au moral de la société », affirme le Global Times.

Ce tour de vis s’inscrit dans la vague de répression lancée par le régime communiste pour expurger Internet de tout contenu déviant des « valeurs centrales du socialisme » et critiquant les normes sociales établies.

Le groupe Bytedance, qui administre Douyin, avait été épinglé en avril pour son agrégateur de contenus d’actualité Toutiao, sanctionné pour avoir permis à ses usagers d’échanger des blagues grivoises. Toutiao avait alors promis de porter à 10 000 le nombre de ses censeurs.