Netflix prend contact avec les producteurs québécois

En septembre dernier, l’annonce de la signature d’une entente entre le gouvernement fédéral et Netflix a suscité beaucoup de critiques... mais aussi des espoirs chez les producteurs qui souhaiteraient travailler avec Netflix.
Photo: Getty Images En septembre dernier, l’annonce de la signature d’une entente entre le gouvernement fédéral et Netflix a suscité beaucoup de critiques... mais aussi des espoirs chez les producteurs qui souhaiteraient travailler avec Netflix.

On ne sait pas encore exactement quand, ni comment, ni combien, mais Netflix promet d’établir sous peu des relations avec les producteurs québécois qui veulent profiter de l’investissement du géant américain dans le contenu canadien.

C’est le message que sont venus livrer mercredi deux directeurs de Netflix aux congressistes de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM).

Des journées de rencontres seront notamment organisées à Montréal, ont indiqué Dominique Bazay (directrice de la production jeunesse) et Felipe Tewes (directeur des productions originales étrangères).

« J’ai senti de la part des producteurs une certaine frustration à savoir comment on fait pour envoyer un projet », a mentionné Mme Bazay. Mais « pour l’instant, je n’ai pas de courriel spécifique à vous donner ».

Selon elle, les manières de faire de Netflix ne facilitent pas le processus. « On est une gang où chacun a sa façon de travailler, ce qui rend ça difficile. » Chaque secteur — documentaire, film, jeunesse… — fonctionne selon ses propres règles.

« Mais on est ici pour créer des relations avec vous, pour démarrer ça, a-t-elle dit. Et on va revenir dans les prochaines semaines pour vous rencontrer. »

Entente

En septembre dernier, l’annonce de la signature d’une entente entre le gouvernement fédéral et Netflix — qui s’engage à investir 500 millions en cinq ans dans la production de contenu canadien — a suscité beaucoup de critiques… mais aussi des espoirs chez les producteurs qui souhaiteraient travailler avec Netflix. Cette dernière compte 125 millions d’abonnés à travers le monde, d’après Felipe Tewes.

Or, la manière dont l’argent sera investi au Canada demeure nébuleuse. On sait que Netflix n’est assujettie à aucun quota de production francophone — la compagnie promet toutefois de financer plusieurs productions. « Les 500 millions, il faut les voir comme un plancher, estime Dominique Bazay. Connaissant la qualité des productions qui sortent du Québec, je suis convaincue qu’il va y en avoir plusieurs » qui seront financées.

Et quel genre de projets recherche Netflix ? La réponse énoncée mercredi laisse plusieurs possibilités : « On cherche les meilleures histoires, les meilleures émissions, les meilleurs films pour tout le monde dans la maison, a dit Dominique Bazay. Et pour ça, il faut trouver des gens passionnés qui ont une vision et un point de vue. »

« On n’a pas de règles sur des formats spécifiques, le nombre d’épisodes, etc., a ajouté Felipe Tewes. Il y a vraiment beaucoup de flexibilité. » De même pour le type de partenariats qui pourraient exister : « Il n’y a pas un modèle d’affaires précis, il y en a plusieurs », a répondu Mme Bazay.

Québecor veut faire des films

Par ailleurs, Québecor a profité du congrès de l’AQPM pour annoncer son intention de se lancer dans la production de longs métrages. Au moins trois films québécois seront produits dès cette année par cette nouvelle branche d’activité du géant québécois.

L’investissement sera fait par le Groupe TVA et le Club illico — la plateforme de diffusion en ligne, qui crée aussi du contenu. Il n’y a pas d’enveloppe budgétaire fixe : « Nous cherchons les meilleurs projets pour nos plateformes et, par conséquent, les investissements requis seront au rendez-vous », a indiqué une porte-parole.

Selon les présidentes de Vidéotron (Manon Brouillette) et de Groupe TVA inc. (France Lauzière), ces films « bénéficieront de la force de la convergence de Québecor ». Celle-ci a été illustrée dans une vidéo promotionnelle présentant plusieurs extraits des bulletins de nouvelles de TVA où les productions artistiques d’une branche ou l’autre de Québecor étaient traitées.

Le créneau long métrage que veut développer Québecor s’ajouterait donc à l’offre de séries que propose Illico, dont le 5e anniversaire a été souligné mercredi (400 000 abonnés, 300 millions de visionnements).

Dans leur présentation, Mmes Lauzière et Brouillette ont rappelé les investissements que Québecor fait dans l’écosystème culturel canadien et québécois : la compagnie calcule avoir investi un total de 2,5 milliards dans le contenu canadien au cours des cinq dernières années.

Cette participation de Québecor a été maintes fois mise en avant dans les derniers mois par Pierre Karl Péladeau, qui a vivement critiqué le fait que l’entente Ottawa-Netflix laisse le géant américain en dehors du système réglementaire canadien (redevances, quotas francophones, etc.).


Ottawa et Paris joignent leurs efforts

« Comment s’assurer d’avoir un espace francophone sur Internet ? » C’est notamment à cette question que la Déclaration conjointe sur la diversité culturelle et l’espace numérique signée lundi par la France et le Canada veut répondre, a indiqué en entretien mercredi la ministre Mélanie Joly (Patrimoine canadien). Celle-ci devait présenter en soirée à l’AQPM les grandes lignes de cette déclaration. « On regarde comment on peut renforcer nos propres plateformes et comment on peut valoriser le contenu francophone sur les autres plateformes », a-t-elle indiqué. Le texte de la déclaration réaffirme le droit des États de protéger la diversité des expressions culturelles. Plus largement, Mme Joly inscrit cette déclaration dans sa campagne pour trouver des alliés qui mettront de la pression pour que les plateformes étrangères assument leurs « responsabilités ».