Un enthousiasme mesuré

Le dépôt du plan d’action de la politique culturelle, prévu dans un mois par Québec, révélera l’attribution de 20% de l’enveloppe totale.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le dépôt du plan d’action de la politique culturelle, prévu dans un mois par Québec, révélera l’attribution de 20% de l’enveloppe totale.

Les investissements consentis au milieu culturel par le dernier budget Leitão — plus d’un demi-milliard pour la future politique culturelle — ont reçu un accueil largement favorable des intervenants de ce milieu. Mais l’enthousiasme demeure « mesuré »… parce qu’il manque encore bien des détails pour obtenir un portrait précis de la situation.

Quand même : pas une réaction des principaux organismes et acteurs du milieu culturel qui n’a salué l’une ou l’autre des mesures annoncées mardi. De la hausse de 11 % du budget du ministère pour 2018-2019 aux 539 millions que Québec consacrera pour implanter sa politique culturelle, il y en avait beaucoup, et un peu pour tout le monde : musées, orchestres, organismes subventionnaires, médias…

Mais derrière cette manne, plusieurs investissements et mesures demeurent à définir. Par exemple, il faudra attendre le dépôt du plan d’action de la politique culturelle — d’ici un mois environ — pour connaître l’attribution de 20 % de l’enveloppe totale (près de 108 millions sur cinq ans).

De même, si l’on sait que le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) recevront 100 millions à deux d’ici 2022-2023, on ignore de quelle manière la somme sera partagée.

« Comme une série télé en fin de saison, le budget du Québec en matière de culture nous laisse sur une intrigue à suivre », soulève Hélène Messier, p.-d.g. de l’Association québécoise de la production médiatique (APQM). L’augmentation des budgets du CALQ et de la SODEC représente « une excellente nouvelle », dit-elle. « Cependant, la répartition entre les deux organismes n’est pas encore connue, tout comme l’affectation des sommes supplémentaires. »

Dans le même ordre d’idées, l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) dit « attendre fébrilement de savoir quelle part des 100 millions sera véritablement octroyée à la SODEC, ainsi qu’au secteur de la musique et des variétés ». Plus largement, l’association estime que le budget laisse « l’industrie de la musique dans l’incertitude quant aux sommes qui lui seront dévolues ».

L’aide de 40 millions annoncée pour soutenir les entreprises culturelles dans l’environnement numérique est jugée encourageante par l’ADISQ… qui souligne là aussi que « l’allocation de ces sommes doit être précisée ultérieurement ».

Au Conseil québécois du théâtre (CQT), on juge que les sommes annoncées « constituent indéniablement un geste positif de la part du gouvernement ». Le conseil se réjouit particulièrement des 35 millions accordés pour offrir des sorties culturelles aux écoliers en service de garde.

Insuffisant ?

Sauf que peu importe comment la SODEC et le CALQ se partageront les 100 millions promis, le CQT remarque que ce sera nécessairement moins que ce que le milieu des arts et des lettres demande : 40 millions par année pour les programmes réguliers du CALQ. La coalition La Culture, le coeur du Québec (qui regroupe une quarantaine d’organismes) a elle aussi salué l’investissement global de Québec, tout en notant « qu’il reste loin des seuils recommandés par la Coalition ».

La direction du CALQ a pour sa part indiqué que « les millions octroyés permettent d’agir dès à présent pour améliorer le soutien à la création et les conditions socio-économiques des artistes, des écrivains et des travailleurs culturels québécois ».

Médias

L’aide offerte par Québec au milieu des médias imprimés (64,7 millions sur cinq ans pour financer un crédit d’impôt de 35 % rattaché à la transformation numérique des entreprises de presse) a été applaudie par Le Devoir, La Presse et Québecor.

« Nous devons nous réjouir de l’annonce de mesures de soutien à l’industrie de la presse écrite applicables à l’ensemble de l’industrie, a commenté Pierre Karl Péladeau, président de Québecor. Elles constituent un pas dans la bonne direction pour assurer le maintien de la presse d’information. »

M. Péladeau avait vivement critiqué plus tôt cette année l’octroi d’un prêt de 10 millions d’Investissement Québec à Groupe Capitales Médias.

Autrement, une mesure a été applaudie unanimement : celle d’imposer aux plateformes numériques étrangères qui vendent des biens intangibles (comme Netflix et ses films et séries) qu’elles prélèvent la TVQ. « Cette mesure contribuera à rétablir une certaine équité avec les entreprises du Québec oeuvrant dans les mêmes secteurs », a notamment souligné l’AQPM.