Sophie Cadieux lit «Les armes en eux»

 

Pas besoin de regarder trop longtemps, à droite, à gauche, au centre et de l’autre côté des murs : le présent manque douloureusement de poésie ! Pire, à trop chercher à s’éclairer avec des idées creuses, dans les cris et l’indignation qui souvent les façonnent, il laisse les mots se perdre dans cette violence, cette exagération, cette haine et ces replis qui ferment les avenues de la pensée pour les transformer en impasse.

« Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il encore garantir l’existence du mince ruisselet de rêve et d’évasion ? » se demandait le poète René Char dans ses Feuillets d’Hypnos ? Crainte intemporelle qu’un Mois de la poésie devrait sans doute nous aider à mettre en perspective.

C’est en mars que ça se passe, au Québec, depuis 11 ans maintenant, sous la houlette du Bureau des affaires poétiques, qui se fait complice du Devoir cette année pour laisser le verbe et l’écrit extraire la beauté qui habite le drame contemporain. Parfois, il suffit de ne plus se laisser distraire pour la voir.

Chaque dimanche de mars, un poème inédit va ainsi être dévoilé, incarné par la comédienne Sophie Cadieux, dans une série de vidéos. Les regards variés et résistants de Jean Désy, de Carl Lacharité, d’Émilie Turmel et d’Anne Peyrouse vont s’y poser sur le monde, pour suivre une trace de raquettes dans la neige, pour observer une saucisse et un écureuil en feu, pour évoquer un centre corrompu, les plus hautes marées du monde ou le crépitement de tripes.

Car voilà peut-être ce qu’il reste désormais à faire : nommer les affres, taquiner l’absurde, poser des mots sur le dos de l’inepte, du vulgaire, du médiocre, pour les empêcher, en mars et les mois suivants, de devenir fatalité.

Cette semaine laissez-vous inspirer par un extrait de «Les armes en eux» d'Anne Peyrouse. Date du spectacle des récipiendaire des prix Jean-Noël Pontbriand : 21 mars 2018 au Maelstrom St-Roch.