LP au MTelus, la porte-voix

Le spectacle de LP ne fait pas la moindre concession: ça démarre avec une série de puissantes chansons du plus récent album, comme une série de coups de grâce.
Photo: Montréal en lumière Le spectacle de LP ne fait pas la moindre concession: ça démarre avec une série de puissantes chansons du plus récent album, comme une série de coups de grâce.

Attendue, l’auteure-compositrice-interprète aux initiales (LP comme dans Laura Pergolizzi) ? On peut le dire. C’est même peu que de le dire. En juin de l’an dernier, LP cartonnait au Corona. La voilà au MTelus, et c’est très, très plein. Progression fulgurante, pour recycler l’expression consacrée. Non seulement est-elle attendue, mais elle se fait attendre : une chanteuse très génériquement pop (Kat Cunning) et un trio néo-new wave (The Years) la précèdent. Remplissage d’affiche, entre vous et moi. Ça ne réchauffe personne : ça refroidit, plutôt.

À 22 h 06 et pas une seconde avant, l’héroïne de Long Island s’amène, tranquillement… sûre d’elle. LP ranime la foule en moins de temps qu’il n’en faut pour faire retentir le vibrato caractéristique de sa voix pas ordinaire. On est quelque part entre P. J. Harvey, Patti Smith et Linda Perry des Four Non-Blondes. Sa silhouette noire, ses cheveux ébouriffés et son harmonica ont aussi quelque chose de Dylan et Donovan, période 1965. Malgré tout ce noir, elle attire toute la lumière et l’aspire. Elle a quatre musiciens autour d’elle, on oublie leur présence, malgré leur apport aux arrangements. On ne voit, on n’entend qu’elle.

Tout donner, sauf le choix

Le spectacle de LP ne fait pas la moindre concession : ça démarre avec une série de puissantes chansons du plus récent album, comme une série de coups de grâce. S’enchaînent Strange, Other People, Tightrope, Up Against Me. Et le public suit. Mieux, il entonne : on est en nombre pour célébrer l’irréductible de la chanson qui frappe. Après tout, elle a écrit des chansons pour Rihanna, Christina Aguilera, Cher, pour ne nommer qu’elles. On ne résiste pas à LP, comprends-je. Elle est indie, elle est pop, elle est rock, elle est folk, elle est tout ce qu’elle veut.

Quand on chante comme elle chante, moitié couteau tranchant moitié rouleau compresseur, ça en impose. Moi, ça m’indispose un peu, j’avoue : c’est trop. Trop sur le fil du rasoir tout le temps. Je suppose que c’est précisément ça qu’on aime d’elle : LP agresse. Saisit par la jugulaire. Hache menu. J’ai vite atteint mon quota de cris d’une stridence qui menace de m’aggraver l’acouphène. C’est peut-être le but : non seulement elle triomphe, mais elle ne donne pas le choix. Plus encore : LP est vraiment devenue la porte-parole de tout ce monde. Elle crie pour celles et ceux qui n’arrivent pas à hurler leur désir, leur fureur, leur joie. C’est une libératrice, cette Laura Pergolizzi.

Il faut la voir, grattant un ukulélé dans des chansons qui sont déjà des hymnes : You Want It All, Girls Go Wild. Même la toute nouvelle Recovery se révèle une chanson qui importe. Chez elle, tout importe. Quand on arrive à ses chansons les plus connues, Lost On You, Muddy Waters, la foule est survoltée. De toute évidence, on est venus la voir pour emmagasiner de la force et du courage, et c’est exactement ce qu’elle donne, sans compter. Je repars, moi, avec des mélodies mémorables et une sérieuse irritation des tympans. Ça m’explique pourquoi on a tant interprété ses chansons depuis une dizaine d’années : pour des gens comme moi, ça se prend mieux par le truchement de quelqu’un d’autre. Ça explique aussi pourquoi, quand on a à ce point besoin de crier, elle est la seule à pouvoir donner la pleine mesure de ses chansons.