Le milieu culturel réagit tièdement

Au lendemain du dépôt du budget, plusieurs en avaient contre l’absence de mesures concrètes pour obliger les plateformes étrangères (Netflix et d’autres) à percevoir les taxes à la consommation canadiennes.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Au lendemain du dépôt du budget, plusieurs en avaient contre l’absence de mesures concrètes pour obliger les plateformes étrangères (Netflix et d’autres) à percevoir les taxes à la consommation canadiennes.

Un pas dans la bonne direction à certains égards, mais un manque de courage ailleurs. Le troisième budget Morneau a reçu un accueil tiède dans le milieu de la culture.

L’annonce d’un financement de près de 172 millions sur cinq ans pour maintenir la valeur du Fonds des médias du Canada (FMC) à son niveau actuel (350,5 millions) a été accueillie positivement par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM).

« Pour les producteurs indépendants, c’est une bonne nouvelle, estime la présidente-directrice générale de l’AQPM, Hélène Messier. Cela permettra un répit pendant que se poursuivent les consultations sur le financement du contenu canadien et la contribution de tous les joueurs qui bénéficient de sa distribution. »

La valeur du Fonds décroît depuis quelques années, résultat de la migration des habitudes de consommation de la câblodistribution vers les plateformes numériques. Ottawa a décidé de compenser la diminution de la contribution des câblodistributeurs au financement du FMC.

« Cela va atténuer la crise au chapitre des productions télévisuelles de divertissement, soutient Denis Bolduc, président du SCFP-Québec. Mais vu le manque de courage politique du gouvernement Trudeau, les diffuseurs canadiens continueront de subir la concurrence déloyale de géants du numérique qui ne payent ni taxes ni impôts. Aujourd’hui, on soigne les symptômes sans guérir la maladie. »

Netflix et les autres

Au lendemain du dépôt du budget, plusieurs en avaient contre l’absence de mesures concrètes pour obliger les plateformes étrangères (Netflix et d’autres) à percevoir les taxes à la consommation canadiennes.

Il est vrai que le budget confirme le maintien du statu quo… mais il marque aussi une ouverture discrète d’Ottawa sur la question. Ainsi le gouvernement a-t-il accordé un financement de quelque 3 millions par année à Statistique Canada pour documenter les effets du commerce international des services et des produits numériques. Le ministre Morneau a aussi indiqué qu’Ottawa « travaille avec les autres pays pour considérer comment on peut avoir un système des impôts pour le secteur [numérique] ».

Mais dans l’immédiat, la situation actuelle demeure. « Le ministre Morneau a raté une belle occasion d’aller chercher l’argent dans les poches des Netflix, Google et Facebook, comme l’ont déjà fait plusieurs pays », notait mercredi la présidente de la Fédération nationale des communications (FNC), Pascale St-Onge.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et la Coalition pour la culture et les médias (qui regroupe une quarantaine d’organismes) ont aussi dénoncé « l’inaction d’Ottawa » sur cette question. « Il est inconcevable que le gouvernement canadien maintienne en place un système de taxation inéquitable qui favorise les compagnies étrangères », estime la coalition. Pierre Karl Péladeau, président de Québecor, a tenu des propos semblables mardi soir.

Par ailleurs, la solution offerte par le gouvernement pour répondre à la crise des médias est jugée insuffisante. La seule mesure concrète concerne l’octroi de 50 millions sur cinq ans pour soutenir le journalisme local dans les régions mal desservies.

C’est un « pas dans la bonne direction, mais une déception quant à l’ampleur des mesures », jugent la FNC et la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Médias d’info Canada, le plus grand regroupement de journaux au pays, affirme que « le montant annoncé est beaucoup trop faible ».