La fermeture de l'antenne du CRILCQ à Québec divise le milieu littéraire

Pavillon Louis-Jacques-Casault, Université Laval
Photo: Jean Gagnon CC Pavillon Louis-Jacques-Casault, Université Laval

La fermeture à l’Université Laval de l’antenne du Centre interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), annoncée lundi, divise le milieu littéraire de Québec. D’un côté, l’université n’y voit qu’une « transformation administrative, les unités de recherche chan[geant] constamment de forme pour s’adapter aux nouvelles conditions dans lesquelles elles évoluent ». De l’autre, les professeurs, chercheurs et artistes y voient un symptôme du manque de valorisation des lettres au sein même de l’université, et de « mauvais augures pour la recherche en général ».

La branche lavalloise de ce centre de recherche fondé en 2003 et qui rassemble une soixantaine de professeurs-chercheurs traversait une période difficile. La direction du CRILCQ-ULaval a informé l’Université Laval le 9 février dernier que « l’état actuel des choses nous conduit à ne pas aller en évaluation par la Commission de la recherche comme nous devrions le faire au début de l’année 2019 », que « rien n’indique à court terme que la viabilité du site puisse être maintenue », que « la productivité des membres décline » (en particulier en raison des difficultés à trouver une relève en remplacement de plusieurs membres permanents qui ont pris leur retraite) et que « le soutien financier a lui aussi drastiquement diminué », a précisé Andrée-Anne Stewart, des relations médias pour l’université. « La direction du CRILCQ-ULaval a donc estimé que le Centre ne répondait plus au critère de viabilité de la politique (ressources humaines et financières). »

Le directeur du CRILCQ-ULaval, René Audet, assure que « les professeurs-chercheurs de Laval pourront demeurer des membres permanents du CRILCQ (mais à travers un rattachement administratif à l’un des sites montréalais) [de l’Université de Montréal ou de l’UQAM], de sorte que leurs travaux en littérature et culture québécoises continueront d’être menés à l’Université Laval, au coeur du milieu littéraire de Québec, qui est particulièrement dynamique ».

Le CRILCQ a pour but de monter des réseaux de recherche, ici et à l’international ; d’intégrer étudiants et jeunes chercheurs aux recherches et activités ; de promouvoir les études québécoises. Et de vulgariser la recherche fondamentale, de faire des liens avec le grand public, comme il l’a fait l’an dernier avec le colloque sur Jacques Poulin. Une poétique de l’entre-deux, présenté au festival Québec en toutes lettres, à la Maison de la littérature.

Sur le terrain

L’abandon de certaines de ces missions semble inévitable pour les professeurs et chercheurs de Québec interrogés par Le Devoir, sous le couvert de l’anonymat. En effet, le CRILCQ-ULaval ne peut s’avancer sur le maintien des activités et colloques. C’est « difficile à évaluer », répond M. Audet. « Les chercheurs […] peuvent être soutenus financièrement. Cela dépendra d’eux pour une bonne part. On souhaite, pour Laval et pour la région de Québec, maintenir un taux d’animation scientifique substantiel, car ces activités jouent un rôle important pour le milieu culturel et la formation des étudiants. » La documentation — entre autres le chemin de recherche du projet La vie littéraire au Québec — devrait être conservée sur les lieux, du moins tant que ces locaux lui sont attribués.

« Il n’empêche que dorénavant, les étudiants et chercheurs désireux d’assister aux activités du CRILCQ devront se déplacer à Montréal », a indiqué une chercheuse, soulignant l’importance d’avoir des tremplins pour la recherche fondamentale hors métropole, et se demandant si les futurs chercheurs en littérature n’auront pas le réflexe de se diriger spontanément vers l’Université de Montréal et l’UQAM. « Quand j’étudiais, c’était à la Faculté des lettres, au Département de littérature, poursuit-elle. Aujourd’hui, c’est devenu la Faculté des lettres et sciences humaines, et le Département des littératures, théâtre, cinéma. C’est dire le poids de la littérature à Laval, qui se perd de plus en plus. »

« Avec la coupe de la subvention provinciale à [l’Association internationale des études québécoises], avec la disparition du CRILCQ à Laval, on sent le tapis glisser sous nos pieds », a mentionné un autre chercheur.

« Laval était un haut lieu des études québécoises. Il y a des chercheurs qui y ont consacré leur carrière, à la défense des études québécoises, et dont l’identité de chercheur se trouve là malmenée », indique un professeur. « Dans tous les cas, cette fermeture est une catastrophe pour la vie littéraire de Québec », a conclu Marie-Ève Sévigny, auteure et directrice de La promenade des écrivains, en marge d’une lettre ouverte envoyée au Devoir.