De l’art comme outil pacifiste au MBAM

Au lendemain de l’attentat meurtrier à la mosquée de Québec, l’hiver dernier, Aquil Virani a demandé à différentes personnes d’inventer des slogans pour combattre l’islamophobie. Inspiré par ces idées, l’artiste a créé des affiches qu’on a pu voir près du MBAM.
Photo: Aquil Virani Au lendemain de l’attentat meurtrier à la mosquée de Québec, l’hiver dernier, Aquil Virani a demandé à différentes personnes d’inventer des slogans pour combattre l’islamophobie. Inspiré par ces idées, l’artiste a créé des affiches qu’on a pu voir près du MBAM.

Pour Aquil Virani, tout art est politique. « Même la décision de ne pas utiliser son art à des fins politiques est une décision politique », dit-il. L’artiste Aquil Virani participe jusqu’au 18 février au forum Le pouvoir des arts, qui se déroule au Musée des beaux-arts de Montréal, en collaboration avec la Fondation Michaëlle Jean, sous l’égide de la directrice du MBAM, Nathalie Bondil, et du cinéaste Jean-Daniel Lafond, cofondateur de la Fondation.

Aquil Virani est cet artiste qui a fait notamment le tour du pays pour réaliser son projet Autoportrait du Canada. Dans le cadre de ce projet, il a demandé à 800 personnes de lui dessiner ce que représentait le Canada pour elles. L’un des carrés de l’oeuvre finale, qui a réuni tous ces dessins, a été laissé blanc. Il représente deux choses, explique l’artiste : le passé des autochtones qu’on a tenté de rayer, et l’avenir.

Ce week-end, Aquil Virani participera à deux événements du forum : l’un portant sur la réconciliation avec les peuples autochtones, et l’autre portant sur sa pratique en tant qu’artiste musulman.

Né en Colombie-Britannique d’une mère d’origine française et d’un père d’origine indienne, Aquil Virani sait ce que c’est que le sentiment d’exclusion. Élevé en anglais, il ne maîtrise pas parfaitement le français, donc n’est pas tout à fait considéré comme Français. De peau blanche, il n’est généralement pas identifié comme musulman, mais son nom n’est pas de consonance européenne.

« Parce que j’ai toutes ces identités, j’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui proviennent de communautés différentes. Parce que j’ai l’air d’un Blanc, je ne souffre pas d’islamophobie, mais j’éprouve de l’empathie pour ceux qui en souffrent », dit-il.

Différentes croyances

Au lendemain de l’attentat meurtrier à la mosquée de Québec, l’hiver dernier, Aqui Virani a demandé à différentes personnes, musulmanes et non-musulmanes, d’inventer des slogans pour combattre l’islamophobie. Parmi les slogans récoltés, son préféré est le suivant : « On n’a pas besoin de croire la même chose pour avoir foi l’un en l’autre. »

Pour lui, les musulmans ne forment pas une communauté, mais des communautés, parlant différentes langues, provenant de différentes parties du monde, ayant différentes croyances. Il croit que chacun devrait avoir un ami musulman avant de parler de l’islam.

Dans le cadre de sa présentation, Aquil Virani parlera aussi des erreurs qu’il ne referait plus s’il recommençait par exemple le projet Autoportrait du Canada. « Je serais plus patient » envers les communautés autochtones, dit-il, « pour légitimer mon projet ».

Le forum Le pouvoir des arts en est à sa quatrième édition cette année. Il réunit des acteurs du monde de la culture, de la politique, des affaires, de la santé, de la justice et de la société civile au MBAM. Soixante activités, ateliers participatifs, conférences, tables rondes et performances artistiques, s’y dérouleront durant trois jours. En 2016, le forum s’était penché sur les jeunes Noirs victimes de racisme et en 2017, s’est intéressé aux musulmans en situation d’exclusion. Cette année, le forum se déroule sur le thème « Les arts, des armes pour la paix ».

On y abordera donc l’art en lien avec une foule de situations et de problématiques : de l’art-thérapie à l’art communautaire, du graffiti comme mode de participation démocratique, ou de l’art comme mode d’inclusion des nouveaux, ainsi que de l’encouragement de la pratique critique.

Le tout s’inscrit parfaitement dans l’orientation du MBAM, qui « prend en considération les publics exclus ou empêchés », souligne Nathalie Bondil. Par cette approche, le MBAM veut « repenser l’art comme une force de cohésion sociale et de bien-être individuel ».