Québec doit doubler le financement de la culture, dit une coalition

«La culture a besoin d’investissements pour être florissante, il y a une dynamique particulière à ce milieu. La rentabilité se mesure aussi d’un point de vue social», commente un économiste. 
Photo: Getty Images «La culture a besoin d’investissements pour être florissante, il y a une dynamique particulière à ce milieu. La rentabilité se mesure aussi d’un point de vue social», commente un économiste. 

Un coup de barre important : voilà ce que souhaite voir une coalition de 44 organismes culturels, qui demande au gouvernement Couillard de pratiquement doubler les dépenses publiques en culture d’ici trois ans.

La Coalition La culture, le coeur du Québec, qui prétend représenter quelque 150 000 artistes, espère ainsi voir passer de 1,1 % à 2 % la part du budget que le gouvernement consacre à la culture. Cela reviendrait à ajouter près d’un milliard au 1,2 milliard de dollars actuellement octroyé par Québec.

Cette proposition fait partie d’une étude d’une trentaine de pages que des représentants de la coalition ont présentée au gouvernement vendredi dernier, avant de la rendre publique lundi. Le geste s’inscrit dans le contexte des consultations prébudgétaires — et dans celui où Québec en est aux dernières étapes de la rédaction du (très attendu) plan d’action qui accompagnera sa nouvelle politique culturelle.

Au-delà du portrait économique du milieu de la culture, cinq grandes propositions sont mises en l’avant dans le document :

Financement public. La coalition reconnaît que le bond de 1,1 % à 2 % serait « important ». Mais cela « constituerait un engagement clair, significatif et durable en vue d’assurer la pérennité et le développement des arts » au Québec, fait-on valoir. Le chiffre de 2 % s’appuie sur plusieurs exemples européens.

Mieux valoriser la création artistique. On cite l’exemple de ce qui est fait pour les domaines de la recherche et du développement dans les domaines scientifiques et techniques.

Des mesures incitatives. Le regroupement suggère de bonifier les incitatifs fiscaux qui encouragent la philanthropie culturelle.

Le privé en appui. Québec doit faire sa part, certes, mais le privé aussi, croient les membres de la coalition. Celle-ci souhaite que soit favorisé l’investissement privé dans les infrastructures de la culture. On estime que la combinaison des forces du privé et du public « pourrait être favorable à la modernisation de la gestion dans les institutions culturelles ».

Encourager l’entrepreneuriat culturel. Québec devrait mieux accompagner les entrepreneurs culturels, dit-on, notamment en trouvant un modèle pour « une mise en réseau d’incubateurs culturels ».

À peaufiner

En entretien, Gilles Charland, directeur général de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS) et porte-parole de la coalition, ne nie pas que les propositions doivent être peaufinées. « C’est un premier pas. On a demandé aux ministres Montpetit (Culture) et Anglade (Économie) de continuer à travailler avec nous pour regarder les moyens de mettre en place » ces propositions.

 

[Si] on veut que notre culture demeure vivante, il faut se donner les moyens de nos ambitions. C’est un enjeu social, une obligation, même, que d’investir en culture.

 

Le document souligne que même si la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous, tout investissement permet de valoriser l’ensemble de « la chaîne de valeur culturelle, de la création à la diffusion ». On évoque les remises en question récentes du concept d’exemption culturelle dans les grands accords de libre-échange pour rappeler que l’intégrité de la culture québécoise n’est pas garantie.

Selon M. Charland, la sortie de la coalition n’arrive pas trop tard — même si les échéances du budget et de la politique culturelle sont imminentes. « Le gouvernement n’a pas finalisé son budget, les décisions ne sont pas prises. »

L’étude commandée à deux firmes visait à étoffer l’argumentaire sur l’importance du milieu culturel dans l’économie québécoise. Les chiffres colligés ne sont pas nouveaux, mais ils mettent en lumière la fragilité d’un milieu qui observe une précarité croissante : rémunération en baisse en termes relatifs, progression constante du travail autonome, multiplication des emplois au statut temporaire, etc.

« On constate que le niveau actuel de soutien culturel au Québec ne suffit pas, commente l’économiste Pierre Emmanuel Paradis, qui a codirigé le rapport. Les entreprises survivent. La culture a besoin d’investissements pour être florissante, il y a une dynamique particulière à ce milieu. La rentabilité se mesure aussi d’un point de vue social. »

La Coalition La culture, le coeur du Québec a été mise sur pied le printemps dernier. L’Union des écrivaines et des écrivains québécois en fait notamment partie, de même que le Conseil québécois du théâtre.