«Occupation double»: rattrapé par la réalité des beaux sentiments

Pascal-Hugo Caron-Cantin dit vouloir profiter de sa popularité pour soutenir des causes auxquelles lui et son amoureuse, Jessie la «vegan», croient.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pascal-Hugo Caron-Cantin dit vouloir profiter de sa popularité pour soutenir des causes auxquelles lui et son amoureuse, Jessie la «vegan», croient.

Il s’appelle Pascal-Hugo Caron-Cantin et étudie en littérature, à la maîtrise. On le connaît comme PH, le chum de Jessie la vegan. Car ils sont devenus « figures de culture populaire » en se glissant dans les couples finalistes d’Occupation double Bali, en fin d’année dernière à V. Une émission que PH voulait infiltrer, façon journalisme gonzo, histoire d’en tirer du jus littéraire pour sa maîtrise. Et peut-être pour un bouquin. Opération ratée… pour l’instant.

Pascal-Hugo Caron-Cantin a terminé le 28 février dernier sa carrière de nageur, après avoir été pendant cinq ans dans le Rouge & Or de Laval, s’entraînant 25 heures par semaine, étudiant en même temps la littérature. « En laissant ma carrière de nageur, je laissais ce par quoi, pendant 20 ans, je me définissais. » Un ami l’a défié, pour 200 $, de passer l’audition d’Occupation double (OD). « J’avais rien à perdre. À l’audition, à la minute où j’ai dit “Bonjour, je suis Pascal-Hugo, j’ai 26 ans et je suis écrivain jeunesse”, j’ai vu quelque chose changer dans la face des juges. J’me suis dit : “Fuck. Je vais faire OD.” »

Celui qui a signé plusieurs livres jeunesse (éditions Passe-temps) a alors pensé qu’il pourrait tisser cette expérience à sa maîtrise, qui porte sur le père du gonzo, ce journalisme d’immersion ultrasubjectif où le reporter ne cherche pas l’objectivité et écrit souvent au « je ». Conversation littéraire, à l’oral, sur une émission très, très populaire.

Le Devoir : Qu’est-ce que tu voulais faire à OD ?

PH : Je voulais faire mon Hunter S. Thompson [auteur de Hell’s Angels et de Fear and Loathing in Las Vegas]. Je voulais prendre des notes, documenter tout ça, parce qu’y a pas grand monde qui a accès à OD, et j’le dis en toute humilité, qui a mes armes, ma capacité d’analyse et d’écrire. J’avais une ouverture sur un monde ultra superficiel, ultra mainstream, complètement inexploré du littéraire. J’ai lu, je me suis informé, j’ai lu Tom Wolfe, Joan Didion, Thompson en long et en large. J’ai réalisé que, dans la démarche du nouveau journalisme, et spécifiquement la démarche gonzo, il s’agit de se créer un persona. Trois niveaux, en fait : Hunter Thompson l’humain, que personne ne connaît à part ses proches ; Hunter Thompson l’écrivain, journaliste en reportage ; et le Hunter Thompson personnage de ses propres livres. Ça m’a ultra intéressé. Faque c’est là que je croyais que ça allait s’en aller.

As-tu réussi à tenir ces trois niveaux du « je » et du jeu ?

Honnêtement, non. Tu pars là-bas avec les meilleures intentions du monde. Je voulais garder le contrôle de ma narration ; je planifiais. Avec un ami, on avait analysé comment gagner, en checkant grossièrement les autres années. Il y a une récurrence. Le gagnant, c’est tout le temps le gars qui au début est friendly avec tout le monde et qui, sans jamais embrasser ou faire un move sur une autre, vers la semaine 5, 6 ou 7, s’affiche et dit « Ben moi, c’est elle ! », et reste stické jusqu’à la fin.

Alors que l’émission fait parler de ses débordements, le public favoriserait le choix fixe, une idée de l’amour conventionnelle.

…une manière de gérer tes affaires ultraconservatrice. Le monde aime ça, le drame et les candidats qui paniquent, mais ceux qui gagnent sont jamais ceux-là. Et personne ne va voter non plus pour le gars qui s’affiche au début et reste steady jusqu’à la fin, parce que c’est plate à la longue. On comprenait comment il fallait écrire la courbe narrative, ma story-line, pour que je me rende jusqu’à la fin. Mais ce qui est arrivé, c’est que je suis juste tombé en amour après 15 minutes.

Pour vrai ?

Ouais. C’est comme là que j’ai perdu le contrôle. Tsé, personne ne va dans une émission de téléréalité pour trouver l’amour pour vrai. C’est con. C’est ça que je pensais. Sans ça, j’aurais été capable de garder le contrôle sur les règles imposées ; j’aurais été capable de tolérer qu’on me dise « Cette semaine, vous ne voyez pas les filles ». Ça ne paraît pas à la télé, mais il y a une semaine entière, j’ai vu Jessie juste 10 minutes. Ça a joué dans ma tête ; je me suis fait embarquer complètement et je suis devenu un personnage — même pas de ma propre histoire, de l’histoire de la production. Je suis devenu un pion, faisant ce qu’ils voulaient me faire faire. Réellement. Jamais j’aurais cru que ç’allait arriver, et à ce point-là. Je n’ai pas été capable de garder mes distances.

Est-ce que ça ne peut pas être ça, le gonzo ? L’immersion totale ?

Oui, mais Thompson garde tout le temps la conscience de son personnage.

Tu ne penses pas que tu peux la retrouver en écrivant maintenant ?

Je pourrais pousser mon persona à l’intérieur d’un personnage… Le problème, c’est que le monde a vu. Je pense honnêtement qu’il n’y a pas assez de contenu dans une émission comme ça pour faire un bon livre.

Ce n’est pas cruel, quand le contenu, c’est toi ?

Je l’sais. Je l’sais. Mais j’me définis pas par ça, faque c’est pas grave. Je pense que le plus intéressant, c’est l’après. Là, je sors d’OD, j’ai 130 000 abonnés sur mon compte Instagram. C’est du monde. J’arrive dans un autre univers qui m’était inconnu : celui des personnalités publiques, des personnages de culture pop. Tout d’un coup, je me fais inviter à une soirée par Mike Ward parce qu’il est vegan aussi. Là, Jessie et moi, on se prête à une cause, on est prêt à devenir des ambassadeurs du mouvement vegan et de l’éthique animale et environnementale. C’est là, à long terme, que la stratégie de départ va peut-être servir. En ce moment, on remarque un grand changement dans notre following. On perd les spectateurs d’OD. On fait des posts « Stop Wearing Fur » ou « PETA » [People for the Ethical Treatment of Animals]. On utilise la visibilité comme tremplin pour faire autre chose. Pis parce qu’on s’implique là, il y a un activiste du Animals Liberation Front (ALF), un organisme undercover radical, où les membres rentrent dans les abattoirs pour libérer les animaux, que j’ai rencontré, qui veut ouvrir une division à Montréal. Ça, je pense que ça pourrait être intéressant à couvrir à la gonzo.

C’est là que tu reprends le contrôle de ta narration ?

Exactement. OD, j’ai pas tant envie d’en parler. Parce que je trouve que c’est insignifiant.

Ce pourrait être un sujet, la perte du libre arbitre, cet engourdissement…

Peut-être que c’est trop frais. J’ai encore de la misère à faire la distinction entre moi maintenant et là-bas — c’est la même personne, mais il y en a une qui n’était pas capable de réfléchir. Ça fait quoi ? Cinq semaines ? Je recommence à peine à être capable de m’asseoir à un ordinateur et de penser.

Faut-il une stratégie pour sortir d’OD ?

Oui. Ouiouiouioui. T’as pas le choix. On a réfléchi beaucoup — on est le seul couple encore ensemble, tsé. Si on met l’amour et notre relation de côté, on est conscient qu’en ce moment, en couple, on vaut beaucoup plus cher que chacun pour soi. Qu’il faut entretenir ça, travailler ensemble. Qu’il faut projeter une image. On sait qu’on est une entité. Qu’on ne doit pas faire certaines choses, si on veut s’émanciper d’OD ; on ne peut pas aller faire le party dans un bar avec les autres participants. L’appât du gain — faire 1000 $ pour passer une soirée dans un bar — est grand. Quand tu fais OD, t’en fais pas d’argent. Tu paies tes frais ici sans faire d’argent là-bas. Tsé, si tu veux t’acheter un condo, tu fais 30 sorties dans un bar et tu fais 30 000 $. C’est de l’argent en cibole. Mais tu restes pogné avec OD. Nous, on veut utiliser notre visibilité pour aider. Aider les activistes vegan. Il y en a des super hot qui veulent passer un message depuis des années, sans jamais avoir la tribune pour le faire. Nous, on arrive, deux figures de culture populaire vegan. À part Georges Laraque, y a pas grand monde d’autres pour casser l’idée du grano. Ils veulent qu’on soit porte-parole.

Accorder une entrevue au Devoir, pour parler d’OD avec un oeil littéraire, ça fait partie de ta stratégie pour t’émanciper de l’émission ?

Ben oui.

Même si c’est moi qui ai le contrôle de ta narration en éditant l’entrevue ?

[Sourire]

3 commentaires
  • Robert Verreault - Inscrit 25 janvier 2018 07 h 29

    Citation

    «OD, j’ai pas tant envie d’en parler. Parce que je trouve que c’est insignifiant.» Entièrement d’accord. Faque, tsé...

  • Claude Paradis - Abonné 25 janvier 2018 07 h 29

    La naïveté parfois fait avancer...

    La démarche est naïve, propre à la jeunesse, mais il faut convenir qu'il arrive que la naïveté fasse avancer un individu, si ce dernier est armé d'une bonne confiance en soi, d'une certaine lucidité qui le protège de l'arrogance. Bonne chance.

  • Sophie Voillot - Abonnée 25 janvier 2018 10 h 43

    Vegan ou végane?

    Quand on l'écrit "végane", pas besoin de le mettre en italique... ;)
    https://www.federationvegane.fr/documentation/terminologie/le-terme-vegane/