Le Canada à la conquête du marché culturel chinois

Le vice-consul général de Chine à Montréal, Xing Wenjian, a assisté à la conférence du président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, lundi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le vice-consul général de Chine à Montréal, Xing Wenjian, a assisté à la conférence du président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, lundi à Montréal.

Le Canada espère accroître sa présence culturelle en Chine dans quatre secteurs : celui du cinéma, celui des jeux vidéo et de la réalité virtuelle, celui du design et de l’art public et celui des arts vivants, dont le cirque. Une délégation canadienne se rendra d’ailleurs en Chine dans ce but au printemps. C’est ce que la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a annoncé lundi en marge d’une conférence du président et chef de la direction du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, sur les activités du Cirque en Chine. M. Lamarre s’adressait à la tribune du Cercle canadien de Montréal.

Le moins qu’on puisse dire est que l’industrie culturelle chinoise est en pleine expansion.

Il y a cinq ans, le gouvernement chinois a décrété qu’un pourcentage de chaque projet immobilier devait être consacré au contenu culturel. Avec pour résultat, explique Daniel Lamarre, que des 2014 théâtres qui existent en Chine, le tiers a été construit au cours des cinq dernières années. Cette directive du gouvernement est également ce qui pousse le Canada à accroître la représentation canadienne en design et en arts visuels en Chine, ajoute Mélanie Joly.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui est justement en visite en Chine, a d’ailleurs fait valoir avant son départ qu’il fallait surtout y vanter « le talent » québécois.

Or, selon Daniel Lamarre, la légitimation d’une entreprise culturelle par une instance gouvernementale, provinciale ou fédérale, a un effet majeur sur le développement des relations avec le géant chinois. En Chine, dit-il, « le rôle de nos politiciens a un impact comme nulle part ailleurs ».

Bien que 20 % des actions du Cirque du Soleil soient désormais détenues par le groupe chinois Fosun, le Cirque en est encore au tout début de son développement en Chine. Cet automne, il y a présenté pour la première fois son spectacle Koosa, à Shanghai et à Pékin.

Bouger rapidement

Le spectacle Toruk prendra également l’affiche prochainement pour 13 semaines dans la ville de Sanya. Or, cette grosse production, inspirée du film Avatar, a jusqu’à présent été présentée dans des stades, et il n’y a pas de stade à Sanya. Pour illustrer la rapidité avec laquelle les choses bougent parfois en Chine, Daniel Lamarre explique qu’un stade démontable et mobile a été construit en 88 jours, en collaboration avec l’équipe du Cirque, pour que le spectacle ait lieu comme prévu. Cette construction peut recevoir 3000 spectateurs, soit le double d’un chapiteau.

Daniel Lamarre reconnaît que le développement du marché chinois est désormais la priorité du Cirque du Soleil, qui devrait ouvrir en 2019 à Hangzhou une nouvelle salle de spectacle. Ce marché compte présentement pour 15 % du chiffre d’affaires du Cirque, mais les possibilités de développement sont exponentielles. Le Cirque a d’ailleurs ouvert un bureau à Shanghai et emploie présentement quelque 300 personnes en Chine.

L’appétit culturel de la Chine ne se limite pas au monde du cirque. L’an dernier, le gouvernement du Canada a signé de nombreuses ententes de coproduction cinématographique avec des partenaires chinois. Hollywood a de son côté aussi développé des partenariats et l’industrie s’assure que le contenu des films produits rejoint le public chinois.

Néanmoins, la conquête de ce public reste une entreprise de longue haleine. Pour faire des affaires en Chine, il faut d’abord et avant tout faire connaître la marque, dit M. Lamarre. Ce qui équivaut parfois à repartir à zéro, même pour une entreprise comme le Cirque du Soleil.