Un festival pour mettre en lumière les artistes femmes et la diversité

Amélie Malissard et Julie Richard espèrent que leur programmation pleine de diversité va inspirer d’autres programmateurs.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Amélie Malissard et Julie Richard espèrent que leur programmation pleine de diversité va inspirer d’autres programmateurs.

Lux Magna ? « En latin, ça veut dire “la grande lumière”. On voulait faire une grande fête très lumineuse dans l’hiver », explique Amélie Malissard, promotrice à Suoni Per Il Popolo et à la Casa del Popolo. C’est donc le nom qui a été retenu pour ce nouveau festiva interdisciplinaire mais très ancré dans la musique émergente, qui se tiendra du 25 au 28 janvier. Un festival qui s’est donné comme mandat de « rassembler des femmes et des personnes non binaires », de voir ce que peut donner une scène où représentativité et diversité sont au coeur de tous les spectacles. Sans les hommes ? Pas tout à fait. Mais certainement les femmes d’abord.

« Ça va peut-être inspirer d’autres programmateurs », espère Julie Richard, organisatrice de spectacles à la Casa, à la Sala Rossa et musicienne (sousaphone, tuba et basse). « On n’a pas pensé en termes de quotas, et on aboutit à une programmation pleine de diversité. Nos line-up [sélections] sont béton. Ce n’était pas compliqué du tout à faire. » Un festival CQFD, en quelque sorte, en représentativité, qui voulait répondre, concrètement, au problème de programmation souligné une fois de plus l’an dernier par Femmes en musique, entre autres.

Aux critiques qui reprocheraient la vision sélective de Lux Magna, « il suffirait de répondre par la programmation de tous les autres festivals, dont on n’interroge jamais l’incroyable uniformité, grandement masculine », indique Mme Richard.

En observant leur programmation, interdisciplinaire (musique, danse, poésie, spoken word, arts visuels), les critiques du Devoir étaient décontenancés. Côté danse, on y voit des artistes solides (Andrew Tay, Sophie Corriveau, Caroline Gravel, Karla Étienne). En musique, le collègue Philippe Papineau, qui couvre la scène alternative québécoise, ne reconnaissait, et souvent d’assez loin, que quelques noms. Julie Richard sourit. « Je sais, c’est incroyable : il y a trop d’artistes à Montréal qui ont des carrières internationales en étant à peine connus ici, qui restent ici underground ». « Ou cantonnés à ne faire que des premières parties de spectacles », complète Amélie Malissard. « Des gens, par exemple, qui ont un band que tu connais, mais qu’on va présenter en solo », continue Mme Richard, « qui vont faire quelque chose d’inattendu ».

Appel à la curiosité

Est-ce un cas de poule ou d’oeuf ? Est-ce que le fait d’être femme ou racisé, ou les deux, signifie qu’on obtient moins de notoriété que les collègues masculins ? « Il se peut que ces artistes-là aient moins de visibilité, qu’ils soient moins connus en raison de leur genre ou de la couleur de leur peau. Je pose la question, je n’ai pas la réponse. Nous, on veut juste les faire connaître », affirme Mme Malissard.

C’est pour atteindre cet objectif que Lux Magna offre des billets très peu chers, souvent autour de 10 $, et plusieurs activités gratuites. « On lance un appel à la curiosité. Notre politique tarifaire permet aux gens de prendre des risques, qu’ils puissent aller voir des concerts de styles ou de gens qu’ils ne connaissent pas du tout. » S’ajoutent des ateliers d’après-midi pour toute la famille, des animations, des expositions, des invitations aux amateurs à monter sur scène ou à participer. L’ambition « est de créer une rencontre entre plein de gens différents. Entre artistes et public, entre différents publics, différents artistes, avec des enfants, des familles — on a un concert le dimanche où les enfants sont les créateurs. Et on a l’ambition aussi de donner une visibilité à certains artistes qu’on trouve sous-représentés par rapport à la qualité de ce qu’ils font », indiquent les deux porte-parole du comité organisateur.

Le projet, disent-elles, est aussi la somme, diffractée, des événements sociaux récents. « On a vu l’automne dernier un mouvement de libération de parole », rappelle Mme Malissard, parlant de #MoiAussi. « Et un mouvement de libération de parole, c’est aussi un moment de libération d’action. C’est ce qu’on a voulu faire, à notre manière, avec le festival. Ça a donné une énergie encore plus forte pour agir en collectifs de femmes et de personnes non binaires. Le festival n’est pas une réaction qu’à ça. Mais c’est présent. » Pensé en octobre, déjà réalisé, le festival s’incarne grâce aux mains et à l’énergie de bénévoles, de partenaires, d’artistes qui acceptent de jouer dans des conditions financières pas idéales. « Ça aussi, c’est au coeur du projet. Faire des choses collectives, en système débrouille, mais les faire. Avec la générosité de gens qui nous donnent des idées et du temps. Ce n’est malheureusement pas la norme. »

Lux Magna, « grande lumière », porte aussi une connotation « un peu cosmique, dans l’esprit de la mythologie païenne. Magna, ça veut dire grand, fort, mais ça peut aussi vouloir dire bruyant, loud. Et on a bien envie d’être bruyant au milieu de la neige », concluent les organisatrices.

À découvrir

Aux lecteurs du Devoir, Amélie Massilard propose Battle of the Brass Bands. « Ça va être un show en soit, avec trois brass bands de 15 ou 20 membres chacun, et des danseurs contemporains, sur plusieurs scènes, avec un axe sur la musique de fanfare, que tout le monde connaît un peu. » Les 26 et 27 janvier, à La Sala Rossa.

Aussi, la Soirée de collaborations en musique expérimentale, en trois parties, dont une avec des étudiantes du programme d’électroacoustique de l’Université Concordia, et une autre, Les yeux, avec entre autres Jessica Moss, « qu’on connaît comme violoniste de Mt. Zion Memorial Orchestra » et qu’on a pu entendre avec Arcade Fire ou Broken Social Scene. Le 28 janvier à 18 h 30 à La Sala Rossa.