Des services d’archives privées perdront leur subvention au fonctionnement

Les services d’archives du Centre canadien d’architecture font partie des 39 services d’archives privées agréés au Québec.
Photo: Centre canadien d’architecture Les services d’archives du Centre canadien d’architecture font partie des 39 services d’archives privées agréés au Québec.

Plusieurs centres d’archives privées du Québec perdront leur subvention au fonctionnement. Cela résulte d’une réforme du financement de ces centres entreprise par Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Il y a présentement 39 services d’archives privés agréés au Québec. Cela regroupe des services d’archives comme ceux des sociétés d’histoire régionale, d’institutions comme le Musée de la civilisation, de l’Université Laval, du Centre canadien d’architecture, ou de groupes spécialisés comme les Soeurs grises ou le Séminaire de Nicolet. De ce nombre, 32 reçoivent présentement des subventions au fonctionnement. Or, en 2013, un comité mandaté par BAnQ a recommandé de réduire ce nombre à 25. L’évaluation des demandes de subventions pour chaque organisme, qui ont déjà été soumises, se fera sur la base de la performance, c’est-à-dire par exemple le nombre d’expositions organisées, la diffusion des fonds, des acquisitions, etc. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) se propose de distribuer l’argent ainsi récupéré dans des enveloppes consacrées à des projets spécifiques.

Or, pour Karine Savary, présidente du Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec, ces coupes menacent l’existence même de certains services d’archives privées. « Certains centres ont beaucoup de difficulté à subvenir à leurs besoins, dit-elle. Certains n’ont qu’un employé et ont de la difficulté à lui fournir un salaire. Ou encore utilisent toute la subvention pour payer un local, sans pouvoir payer de personnel. On demande qu’on engage des diplômés, des gens qui ont de l’expérience ; or ces personnes-là veulent être payées en conséquence », dit Karine Savary.

Budget de transition

Les services d’archives privées qui verront leur subvention coupée pourront bénéficier d’un budget de transition, qui pourrait par exemple leur permettre de déménager le fonds, pour fusionner avec une autre institution. Mais plusieurs de ces centres ont une vocation qui leur est propre et sont bien ancrés dans leur milieu.

Du côté de BAnQ, on affirme que l’enveloppe totale accordée aux services d’archives privées ne changera pas, puisque les fonds jusque-là accordés pour le fonctionnement sont transférés dans l’enveloppe des projets.

Hélène Laverdure, responsable du dossier et directrice générale à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, explique en ces termes le concept de performance. « La performance [pour un service d’archives privées], c’est de dire : “Est-ce que je continue d’acquérir des fonds d’archives, est-ce que je traite des fonds d’archives dans le but de les diffuser, est-ce que j’organise des expositions ou des blogues pour les présenter ?” C’est un ensemble d’éléments, qui sont pointés, calculés et notés », dit-elle. Elle ajoute que les services doivent apprivoiser une « nouvelle culture d’autofinancement ».

Au bureau de la ministre de la Culture, Marie Montpetit, on a été mis au fait du dossier, mais on demeure évasif. « Tout d’abord, la ministre est sensible à ce dossier, parce que les archives, c’est l’histoire du Québec, dit l’attaché de presse de la ministre Montpetit, Mathieu Larouche. […] L’objectif global, c’est la conservation des archives de l’ensemble du Québec. Il y a une réflexion en ce moment pour trouver les meilleurs moyens de conserver nos archives. Bibliothèque et Archives nationales du Québec a décidé de revoir ses programmes afin d’évaluer ces centres sur la base de leur performance. Les discussions se poursuivent avec BAnQ dans l’intérêt supérieur des archives du Québec ».

1 commentaire
  • Johanne Rochon - Abonnée 18 janvier 2018 11 h 35

    Dix services d'archives privées menacés de fermeture

    J'aimerais préciser que c'est en réaction à la volonté du gouvernement de ne pas augmenter l'enveloppe budgétaire allouée aux services d'archives privées agréés, inchangée depuis plus de vingt-cinq ans, que BAnQ s'est vue dans l'obligation de resserrer ses critères d'aide aux services d’archives privées agréés, de plus en plus nombreux au fil des ans. La réforme de BAnQ annonce des fermetures de services d'archives dans plusieurs municipalités du Québec, de nouvelles pertes d'emploi pour le milieu culturel, de même que la fermeture d’institutions essentielles au maintien du sentiment d’appartenance régionale. Ainsi, avec cette réforme, c'est près de 10 services d’archives qui n'auront pas le choix de fermer leurs portes, incapables de soutenir la triple pression des critères d’agrément de BAnQ, d’une charge de travail qui augmente sans cesse et d’un financement devenu anémique. Ces organismes, des sociétés d'histoire pour la grande majorité, se donnent comme mission de conserver dans leur région tous les documents qui témoignent de leur passé. Une fois qu’ils seront disparus, qui remplira cette tâche ? Encore une fois, c'est la culture et les régions qui écopent !

    Johanne Rochon, directrice générale
    Société d'histoire de la Haute-Yamaska