Les créanciers de la Biennale refusent son offre

Au moins deux des principaux créanciers ayant refusé une proposition de remboursement de la Biennale, une procédure d’insolvabilité semble maintenant inévitable.
Photo: Yuri Arcurs Getty Images Au moins deux des principaux créanciers ayant refusé une proposition de remboursement de la Biennale, une procédure d’insolvabilité semble maintenant inévitable.

La fin approche : les 31 créanciers à qui la Biennale de Montréal doit de l’argent ont reçu avant Noël une proposition de remboursement couvrant 4,5 % des sommes qui leur sont dues, a appris Le Devoir. Au moins deux des principaux créanciers ayant refusé, une procédure d’insolvabilité semble maintenant inévitable.

Dans une lettre transmise aux créanciers le 21 décembre 2017 et obtenue par Le Devoir, la direction de la Biennale écrit qu’elle n’est « pas en mesure d’honorer l’ensemble de [ses] créances ». Le total des créances s’élève à 259 000 $, alors qu’il reste 11 600 $ dans les coffres — d’où l’offre de règlement à 4,5 %. Au total, 31 créanciers sont concernés, tous des fournisseurs de services.

« Cette solution à l’amiable vous est plus avantageuse qu’un processus formel d’insolvabilité dont le coût diminuerait d’autant les montants que vous pourriez recevoir », soutient la lettre. Celle-ci précise que « l’accord de tous les créanciers est requis afin de pouvoir procéder au paiement ». Une réponse était attendue pour le 15 janvier 2018.

Or, le plus gros créancier de la liste, la compagnie Pacart (spécialisée en transport d’oeuvres d’art), n’a pas accepté la proposition. Dans une réponse transmise au président du conseil d’administration de la Biennale (Cédric Bisson), le président de Pacart, Pierre Béchard, se dit « dégoûté de la façon dont [sont] traités les fournisseurs dans cette affaire ». La proposition est ainsi jugée « malhonnête ».

Choquant

« Nous avons fait confiance à l’organisation et l’avons soutenue par des commandites, rappelle M. Béchard. Et voilà le résultat, très décevant et choquant. » En 2014, Pacart a offert 6000 $ en commandite, montant bonifié à 14 400 $ pour la dernière édition de l’événement d’art contemporain, à l’automne 2016. Selon les documents officiels, la Biennale doit plus de 86 000 $ à Pacart.

« Chose certaine, ça va nous rendre méfiants pour d’autres événements du même genre, dit M. Béchard. Je ne vais plus jamais entreprendre quelque chose sans demander un cautionnement important. Faire subir des pertes à toutes ces entreprises du domaine des arts n’aide en rien le développement et le rayonnement de l’art contemporain à Montréal. »

Un autre des principaux créanciers a confirmé avoir rejeté la proposition. Des procédures judiciaires ont plutôt été engagées pour tenter d’obtenir un remboursement. « On s’est fait dire de belles promesses, puis ça a tourné au vinaigre », soulignait mardi le responsable du dossier au sein de cette compagnie, qui ne veut pas être identifié.

« Au printemps, je me suis fait dire qu’on serait payé dès qu’une subvention arriverait, relate pour sa part Pierre Béchard. Puis je n’ai plus eu de nouvelles, on a cessé de me rappeler. » M. Béchard critique durement la direction de la Biennale, qui présentait selon lui de « grosses lacunes ».

Celles-ci ont déjà été reconnues par Cédric Bisson. En juillet, il expliquait le déficit de l’événement par des revenus plus faibles, des dépenses imprévues et une gestion qu’il avait qualifiée de « perfectible » de l’administration précédente. La directrice générale et artistique de la Biennale, Sylvie Fortin, a quitté ses fonctions en janvier 2017. « Elle voulait passer à autre chose… et nous aussi », disait M. Bisson l’été dernier.

En entretien mardi, Cédric Bisson a réaffirmé que le conseil d’administration « a fait tout ce qu’il a pu. Dès qu’on a su [qu’il y avait un problème], on a agi. Mais il était rendu trop tard. On a fait tous les suivis qu’on pouvait, mais le conseil ne peut réagir que sur l’information qu’il reçoit. Mais je peux comprendre la frustration ».

En réflexion

La Biennale a été mise en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal, qui a produit les sept premières éditions. La Biennale de Montréal est ensuite devenue en 2013 un organisme à but non lucratif indépendant. Un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal avait alors été signé pour la présentation de trois événements.

Le CA de la Biennale avait déjà annoncé l’été dernier que l’édition 2018 était annulée. Une réflexion en profondeur sur l’avenir de la manifestation est en cours.

1 commentaire
  • Denyse Roy - Abonnée 17 janvier 2018 11 h 09

    Ces créanciers sont nos partenaires à l'année longue et ils doivent être payés.Par
    ailleurs, pourquoi les arts doivent-ils travailler à crédit et sans filet ? Et enfin,
    pourquoi ce secteur semble-t-il mal gérer ses activités ? Qui est responsable ?