Le Conseil des arts de Montréal respire un peu plus

Le budget bonifié permettra certainement au Conseil des arts de Montréal de créer de nouveaux prix. Sur la photo, l'organisme 100Lux, finaliste pour le Grand prix qui sera dévoilé en mars prochain. 
Photo: Alain Wong Le budget bonifié permettra certainement au Conseil des arts de Montréal de créer de nouveaux prix. Sur la photo, l'organisme 100Lux, finaliste pour le Grand prix qui sera dévoilé en mars prochain. 

Le Conseil des arts de Montréal (CAM) vient de voir son enveloppe annuelle augmenter de 2,5 millions avec le premier budget de l’administration Plante. Si cette somme ne permet pas d’atteindre les 20 millions par année que l’organisme demande depuis plusieurs années, sa hausse à 17 millions lui permettra de déployer réellement, et autrement qu’en voeux pieux, son nouveau Plan stratégique 2018-2020. Les priorités vont au soutien des artistes de la diversité, à la bonification du programme du CAM en tournée, au développement de pratiques inclusives ainsi qu’à la création de nouveaux prix.

« C’est un pas important pour nous donner les moyens de nos ambitions », a indiqué en entrevue au Devoir le président du CAM, Jan-Fryderyk Pleszczynski. « On progresse. En chiffres absolus, ça demeure la plus grande augmentation que le CAM ait reçue depuis sa création. C’est un geste déterminé, qui nous donne la chance d’avoir un vrai impact. » La part du lion de ces nouveaux deniers, soit 2,1 millions, « s’en va directement dans les programmes, indique M. Pleszczynski. Ça va nous donner de l’air. On va faire en sorte que le déploiement de ces sommes favorise notre nouveau Plan stratégique, qui s’inscrivait dans le développement de la Politique de développement culturel de la Ville de Montréal ; les actions vont être concertées ».

Le souffle devrait, en 2018, se faire sentir du côté de l’inclusion, avec du « soutien accru à la création et aux créateurs autochtones, aux artistes issus de la diversité culturelle, aux artistes anglophones. Il y a aussi toute la question des pratiques inclusives. C’est sûr qu’il va y avoir des injections ciblées de ce côté. On parle de tout ce qui est pratique artistique pour les publics sous-représentés, de l’accessibilité aux arts et à la culture. Il y a là des initiatives qui nous étaient chères, mais pour lesquelles on n’avait pas les moyens », poursuit celui qui est également président de 4U2C, compagnie du Cirque du Soleil spécialisée en création et production vidéo.

Missions et prix

La bonification du programme du CAM tournée, qui permet à des spectacles de visiter de nombreuses maisons de la culture, permettra d’augmenter le rayonnement des artistes et des oeuvres. « Ce programme est applaudi, rappelle M. Pleszczynski, mais on était essoufflé. L’appétit était plus grand que celui qu’on pouvait satisfaire. Pour les compagnies artistiques, ça fait une grosse différence. En théâtre, par exemple, à partir du moment où un spectacle peut tourner en plusieurs lieux de Montréal, le coût de création est absorbé. En impact sur la diffusion, chaque dollar fait alors un gros bout de chemin. »

La nouvelle idée de voir des représentants de compagnies artistiques accompagner les missions diplomatiques internationales pourra aussi s’incarner. « Je ne parle pas d’artistes qui iraient à l’étranger faire des prestations pour divertir lors de soirées, mais de travail fait en amont ; de direction — générale ou artistique — qui va, avec un bâton de pèlerin, participer à des missions, à des foires, à des événements. De démarcheurs, qui vont construire des réseaux, rencontrer des diffuseurs, des collaborateurs ou coproducteurs potentiels qui peuvent aider à développer de nouveaux marchés, ailleurs, pour augmenter le public potentiel. »

Et les activités de reconnaissance du CAM, ces « prix et bourses qui sont d’autres façons de subventionner et qui ont des retombées directes », grossiront également. « Il va certainement y avoir de nouveaux prix du CAM qui seront annoncés en cours d’année », a précisé M. Pleszczynski.

Si ces 2,5 millions ne répondent pas complètement à la promesse électorale, qui annonçait tout de suite une augmentation de 5,5 millions, le CAM est ravi de cet investissement, mais reste « fixé sur son objectif de 20 millions », conclut le président.


 
1 commentaire
  • Pierre MacDuff - Abonné 11 janvier 2018 13 h 31

    Tout est relatif

    Il est réjouissant de constater de la part de la nouvelle administration montréalaise une plus grande sensibilité à la nécessité de donner au Conseil des arts les moyens de mieux jouer son rôle dans une ville qui se targue d'être une métropole culturelle.
    Cette augmentation de 2,5M est-elle pour autant la plus grande augmentation de son histoire, comme l'affirme le président de l'organisme? Tout est relatif.

    En 1986, le budget du CACUM (Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal, en vertu de sa désignation de l'époque) était de 2,1M, soit environ 1/4 de 1% du budget de la CUM, en constante stagnation sous l'administration Drapeau.

    Sous la conduite de Jean Doré, le Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal (RCM) avait pris l'engagement de le porter à 1% du budget de la CUM, comme le pressaient de le faire plusieurs associations dont le Conseil québécois du théâtre (CQT). Au terme du premier mandat du RCM (1986-1990) et à raison d'augmentations annuelles successives de 1,5M, le budget du CACUM atteignait 7,9M, lui faisant pratiquement atteindre le seuil symbolique du 1% du budget de la CUM.

    Il s'agissait de la plus grande augmentation de l'organisme qui, dès la première année du mandat RCM voyait son budget pratiquement doublé pour être multiplié par quatre au terme de quatre ans. En regard de l'impact sur l'organisme, il m'apparaît qu'aucune décision politique ultérieure n'a eu un impact comparable sur le Conseil des arts.