Le tour du monde en 40 festivals

Une étude montre l’évolution des festivals ailleurs au Canada et dans le monde afin d’aider les promoteurs québécois à faire les meilleurs choix.
Photo: Caroline Perron Une étude montre l’évolution des festivals ailleurs au Canada et dans le monde afin d’aider les promoteurs québécois à faire les meilleurs choix.

Les festivals de films de drones existent. Les petits hélicos télécommandés permettent aux caméras numériques de réaliser des prises de vue ahurissantes, par exemple en accompagnant en plongée les casse-cou des sports extrêmes.

Le NYC Drone Film Festival a investi ce créneau 2.0 en 2015. L’exemple a fait des petits depuis : Festival du film professionnel de drone à Nantes, Australian et US Drone Film Festival, Drone Focus de Fargo, Madrid et Peugeot Drone Film Festivals. Alma, au Québec, a accueilli l’an dernier la deuxième mouture de l’événement européen CinéDrones.

La programmation de niche a la cote dans le monde du festif. Le Meredith Music Festival, événement boutique autofinancé et anticommercial, vient tout juste de se terminer en Australie. Il offre à sa clientèle branchée trois jours de programmation musicale et d’immersion dans la nature.

Voilà le genre d’infos éclairantes que l’on retrouve dans la récente (octobre 2017) Étude des tendances et des meilleures pratiques d’affaires à l’international dans l’industrie des festivals, événements et attractions touristiques. Le rapport, dont Le Devoir a obtenu copie, a été commandé par Festivals et événements Québec et par la Société des attractions touristiques du Québec.

« Un des rôles de nos associations est d’accompagner nos membres, de les outiller pour qu’ils poursuivent leur développement et leur croissance », explique en entrevue téléphonique Sylvie Théberge, directrice générale des deux entités qui rassemblent environ 500 événements au total, petits et grands, marginaux ou familiaux, dans tous les domaines, du sport aux arts de pointe.

« Pour nous, le volet des tendances et de l’innovation est donc très important. Nos membres font face à de la concurrence mondiale. Ils doivent se maintenir à jour, voir ce qui est nouveau. »

Le tour du monde en quelque 180 pages des chercheuses Louise Poulin et Nathalie Courville s’appuie sur des entrevues avec 28 experts et des documents liés à quelque 40 événements et festivals, dont 26 liés au secteur du divertissement, dix à la culture et quatre aux sports. Dix-huit festivals se consacrent à la musique, quatre aux films et deux à la gastronomie. Les leçons tirées de l’examen portent d’autant plus ici que l’échantillon rassemble surtout des festivals de pays comparables : le reste du Canada, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Belgique et l’Australie.

Le portrait de groupe examine aussi bien les nouvelles manières de gérer les événements que les pratiques changeantes en matière de contenu. Il y est question de mixité des programmations, des thématiques de niche, des nouvelles alliances avec les marques, mais aussi de la diversité de l’offre culinaire ou de l’explosion du virtuel.

Voici quelques lignes de force de l’étude.

La mutation numérique a un impact profond sur cet univers festif. Le plus visible concerne la programmation. Le e-sport et le jeu virtuel ont déjà leurs festivals.

« Un des éléments qui m’ont le plus interpellé dans l’étude est le rapport entre le réel et le virtuel, dit la directrice générale Sylvie Théberge. Il y a maintenant des événements qui se vivent à distance avec le live-streaming. Il y a aussi maintenant le contraire : des événements virtuels qui engendrent des rassemblements publics, comme le gaming. »

L’abondance des données (big data) pose des défis particuliers. Elle sert le marketing jusqu’à permettre la publicité microciblée vers les participants dont on peut connaître les goûts, les habitudes, les déplacements à l’aide de bracelets connectés. La cueillette d’infos permet même de développer des festivals dont la programmation est décidée par leurs publics (fan curated). Comme dans bien des domaines, les consommateurs deviennent des « ambassadeurs » de marques en ligne. Par contre, la protection des banques numériques pose des problèmes particuliers.

La polarisation entre les très grands et les petits événements exposée dans le rapport frappe aussi la directrice. D’un côté, de grands conglomérats multiplient les regroupements. Ici, le mouvement s’affiche avec Evenko, qui a acheté Spectra (le Festival international de jazz de Montréal) et qui veut mettre la main sur Juste pour rire.

D’un autre côté, naissent et vivent de petites formes de toutes sortes et même des événements itinérants ou pop-up. L’Adelaide Festival of Arts a organisé un seul visionnement d’un film de compétition de ski sur une piste préfabriquée dans un hangar d’aéroport. Le Glasgow Film Festival a programmé une soirée disco à roulettes rétro pour voir le film un peu culte Dazed and Confused (1993).

La mondialisation a ses effets là aussi. Plusieurs groupes créent des filiales de leurs événements ou proposent des relais en ligne de leurs spectacles. Cette réalité mondialisée force les managers à multiplier leurs compétences, non seulement pour bien connaître leur secteur d’activité, mais aussi pour maîtriser les technologies, les stratégies de communication et les systèmes de protection.

La violence portée aveuglément contre les événements festifs force leurs organisateurs à blinder leur site. Des clientèles plus à risque (femmes ou enfants) réclament des mesures de protection particulières.

« C’est nouveau comme problème, dit Mme Théberge. Les événements doivent se préoccuper de cette question notamment en embauchant des experts en sécurité. »

La conscientisation écosociologique s’affirme comme une autre tendance lourde. Des festivals embrassent de bonnes causes partout sur la planète.

Certains événements favorisent les énergies renouvelables, encouragent l’usage du transport en commun, recyclent et compostent. Le Way Out West, festival suédois « certifié LGBT », ne sert que des repas végétariens, ce qui permet de réduire d’un coup de 80 % ses émissions de CO2. Arcade Fire y sera en août prochain.

D’autres poussent l’activisme jusqu’à remettre une partie de leurs profits à une bonne cause. Un cas se développe au Québec avec le nouveau Festival du rire de Montréal lancé par des humoristes. Le premier spectacle du groupe, formé en réaction à l’affaire Rozon, sera présenté à l’Olympia de Montréal au profit du Regroupement des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

« La question des valeurs compte beaucoup, particulièrement pour les plus jeunes, dit Mme Théberge. Les gestionnaires doivent en être conscients et porter eux-mêmes cet engagement. »

Le modèle d’affaires aussi se transforme. Les subventions publiques diminuent et les événements doivent donc miser sur le financement privé et les revenus autonomes. Les partenaires et commanditaires sont à la fois plus impliqués et plus discrets.

Partout, la billetterie multiplie les initiatives de « forfaitisation » qui proposent des abonnements à la carte, sur mesure, jusqu’à ce que l’événement devienne le centre d’un voyage de divertissement. Le sociofinancement se développe pour les petits festivals. La campagne visant la reconstruction du théâtre de la Vieille Forge incendié et détruit à Petite-Vallée, en Gaspésie, a passé le cap du million cet automne.

« L’étude fait prendre conscience qu’ici, au Québec, nos festivals performent par rapport aux volets environnemental et social, conclut la directrice générale. Par contre, on est un peu en retard sur le plan technologique. Je crois que c’est là-dessus qu’il faut beaucoup miser. »