Lobbyisme: pas de déséquilibre, dit Ottawa

Le cabinet de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, se défend de tout favoritisme.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le cabinet de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, se défend de tout favoritisme.

La fréquence des rencontres des lobbyistes des géants du Web avec le gouvernement fédéral étonne des organismes culturels québécois. Mais ceux-ci reconnaissent aussi qu’ils peuvent parler régulièrement avec le cabinet de la ministre du Patrimoine canadien, qui se défend de tout favoritisme.

« Moi, je ne peux pas dire qu’il y a déséquilibre, dit Catherine Escojido, porte-parole de l’AQTIS (Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son). Nous ne sommes pas enregistrés au registre des lobbyistes, on n’apparaît donc pas dans la liste des rencontres du registre. Mais chaque fois qu’on a voulu avoir un contact avec le cabinet de Mélanie Joly, on a pu l’avoir. »

Un reportage de Radio-Canada diffusé mardi indique que les lobbyistes d’Amazon (99 rencontres), Google (37 rencontres, dont certaines avec la chef de cabinet de Mélanie Joly, Leslie Church, qui a été employée de l’entreprise jusqu’en 2015), Netflix (16) et Microsoft (35) ont été actifs à Ottawa dans la dernière année.

Dans le cas de Netflix, ces rencontres ont été faites essentiellement auprès du cabinet de Mélanie Joly. Cette dernière a annoncé le 28 septembre la création d’une maison de production Netflix Canada, tout en confirmant que les abonnements au service de Netflix resteraient non taxés.

Le reportage relevait aussi qu’un groupe comme l’ADISQ (Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo) n’avait quant à lui obtenu qu’une seule rencontre officielle dans la dernière année, toujours selon le registre.

Toutefois, une vérification faite par Le Devoir montre que la majorité de la quarantaine d’organismes culturels qui font partie de la Coalition pour la culture et les médias ne sont pas inscrits au Registre des lobbyistes. Difficile, dans ces circonstances, d’établir un comparatif valable.

Si l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM, 2 rencontres), la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN, 10 rencontres), ou l’Association canadienne des producteurs médiatiques (56 rencontres) sont présentes au registre, c’est une minorité.

« Il est important de pouvoir rencontrer les plateformes numériques, a répondu la ministre Joly mardi. Nous avons des plateformes numériques qui font partie de nos vies et c’est notre rôle comme gouvernement de présenter le point de vue de nos créateurs pour faire en sorte qu’il y ait du contenu canadien sur les plateformes. » Plus tôt en journée, elle avait dit avoir « rencontré beaucoup plus les artistes que les plateformes numériques ».

Écouté ?

Le directeur de l’ANEL (Association nationale des éditeurs de livres), Richard Prieur, confirme que son organisme « a rencontré Mme Joly à quelques reprises récemment », même si cela n’apparaît pas au registre. Mais il estime quand même « alarmant » le nombre de rencontres entre le gouvernement et des lobbyistes des plateformes américaines. « Je ne sais pas si c’est une conséquence, mais les orientations de la politique culturelle du gouvernement avaient beaucoup de solutions qui semblaient venir de ces groupes », remarque-t-il.

Même écho auprès de la présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent. « Je sais que je peux téléphoner n’importe quand à Ottawa et parler aux bonnes personnes. Mais la question, c’est de savoir si on est écoutés. »

Les organismes qui rencontrent l’entourage de Mélanie Joly ne devraient-ils pas tous s’inscrire au registre des lobbyistes ? Non, précise le Commissariat au lobbying du Canada, mais il y a un seuil à ne pas dépasser.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 1 novembre 2017 14 h 05

    Bobn d'accord, Mélanie Joly ne taxera pas Netflix. C'est acquis.

    Mais que fait le Gouvernement Couillard? Après la «montée de lait» du ministes des affaires culturelles, qui oups, dès le lendemain a été promu (hum hum) à d'autre fonctions, plus rien...

    Alors quoi, la taxe Netflix monsieur Couillard je ne sais même pas le nom de la nouvelle ministre de la Culture!

    Encore moins ce qu'elle pense de la situation...

    Allez-vous encore rire de nous bien longtemps ?

  • Michel Dion - Abonné 1 novembre 2017 15 h 38

    Quelle façon de s'exprimer!

    Oh, elle fréquente les plateformes, cette dame!

    «Madame la ministre ne peut malheureusement pas vous parler en ce moment, elle est en conférence avec une plateforme.»

    Plateforme (informatique) : Ensemble spécifique de ressources matérielles et logicielles.

    En effet, on dirait bien que c'est un logiciel en version bêta qui lui dicte ses discours.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 novembre 2017 21 h 18

    Confucius

    Tout cela est quand même triste.
    Inquiétant, comme marcher sur des sables mouvants ...

    Je pense à Confucius :

    «Quand les mots ne sont pas exacts,
    les jugements ne sont pas clairs,
    les œuvres ne prospèrent pas,
    les sanctions tombent à faux,
    et le peuple ne sait plus où il en est.
    Le noble ne souffre pas la moindre imprécision dans ses discours.»