Rendre justice à l’art autochtone à travers le temps

Camille Feireisen Collaboration spéciale
Vue d’une partie de l’exposition <em>Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux jusqu’en 1967</em>, juin 2017
Photo: Musée des beaux-arts du Canada Vue d’une partie de l’exposition Art canadien et autochtone : des temps immémoriaux jusqu’en 1967, juin 2017

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Musée des beaux-arts du Canada a fait peau neuve cet été. L’objectif ? Offrir un reflet plus fidèle de la création artistique au fil des siècles, avec une présence plus marquée notamment des arts décoratifs autochtones. L’occasion également de faire de la place à des artistes moins connus et de multiplier les formes d’art pour engendrer une véritable réflexion sur l’histoire de l’art canadien.

« C’est vraiment une reconceptualisation de fond en comble de la manière dont on raconte l’histoire de l’art au Canada », annonce Marc Mayer, directeur du MBAC. Les travaux ont duré neuf mois, mais la réflexion a débuté il y a plusieurs années.

Depuis huit ans, le directeur et son équipe imaginent cette refonte de l’espace qui a mené aux nouvelles galeries canadiennes et autochtones. « Pour que la présence des Premières Nations soit systématique et plus seulement symbolique, avec quelques petites oeuvres ici et là. »

Le nombre d’oeuvres autochtones a doublé, et les galeries ont été entièrement repensées en fonction de cet art plurimillénaire. Une vingtaine de conseillers autochtones et d’experts ont participé au processus. « Ils ont partagé leurs commentaires et leurs conseils sur ce qu’il fallait présenter, les objets les plus extraordinaires qu’on pouvait intégrer à la collection. »

Outre cette consultation, des designers comme Adrien Gardère, auquel a été confiée la transformation du musée, ont participé au débat d’idées. « Non seulement on a repensé l’histoire de l’art canadien pour intégrer l’art autochtone, mais on a aussi complètement repensé les espaces », indique M. Mayer. Des murs sont tombés, de nouvelles perspectives ont été ouvertes, le sol et l’éclairage ont été refaits et les couleurs des murs et l’itinérance des oeuvres ont été revues. « Il y a un objet vieux de 5000 ans dans la première galerie vouée à l’art autochtone, aux côtés de choses très récentes. »

Rendre perceptible un dialogue

Raconter l’histoire du Canada et de ses multiples influences, autochtones et européennes, a aussi permis de réfléchir à l’art, explique M. Mayer, qui rappelle que les deux histoires ont beau être bien différentes, elles se mêlent et s’influencent. « On voit beaucoup de résonance, surtout de 1950 à 1967, il y a une vraie correspondance entre les cultures. »

La plupart des objets historiques autochtones étant de l’ordre des arts décoratifs, cela a soulevé « des problèmes d’ordre philosophique et de nomenclature, raconte le directeur. Les mots dont on se sert pour expliquer et créer des catégories pour les musées ne nous aidaient pas beaucoup. Ce travail nous a aussi amenés à reconsidérer les artistes plus importants de la Nouvelle-France. »

La place des femmes a également été repensée, car elles étaient très présentes dans le domaine des arts au XIXe siècle et au début du XXe siècle. « On a donné plus de place aux femmes pour raconter l’histoire de l’art féminin, distinct par ses sujets et ses intérêts. »

Il s’agit par ailleurs de se soustraire à la perspective canonique de l’art historique au Canada afin de ne pas laisser de côté certaines oeuvres, précise le d.g. « Je crois que ces divisions hiérarchiques entre peinture, sculpture, photo, dessin, broderie, panier, etc., c’est devenu un peu ridicule aujourd’hui. »

La broderie Parement d’autel dit de l’Immaculée Conception de la soeur ursuline Marie Lemaire des Anges a ainsi tout naturellement trouvé sa place au musée. Une grande première hors du Québec. « Ses broderies étaient supérieures aux peintures et aux sculptures de la même époque », considère M. Mayer.

Il critique notamment le côté arbitraire de la classification des disciplines artistiques dépendant du support ou des matériaux utilisés qui, selon lui, n’a pas sa place dans le contexte historique du pays. Il cite comme exemple les bracelets haïdas en or et en argent qui sont aujourd’hui exposés. « Quand le gouvernement fédéral a interdit aux autochtones de faire des cérémonies religieuses et de créer des objets d’art à motifs religieux, un artiste comme Charles Edenshaw a trouvé ce coup de génie de faire les bracelets haïdas pour remplacer les tatouages », rapporte-t-il.

Cinq nouvelles expositions

Cinq expositions ont par ailleurs pris l’affiche au musée cet automne. Elles dévoilent elles aussi des morceaux d’histoire canadienne, comme la ruée vers l’or en photographies. « Cela raconte une histoire beaucoup plus proche du Canada que l’on connaît que l’histoire de l’art », souligne le directeur.