Balados: faire vivre l’histoire «in situ»

Martine Letarte Collaboration spéciale
Détail d’une photo représentant la rue Ontario vers l’est, à l’angle de Lorimier, vers 1940
Photo: Archives de la Ville de Montréal Détail d’une photo représentant la rue Ontario vers l’est, à l’angle de Lorimier, vers 1940

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Visiter une exposition historique entre quatre murs, c’est bien. Mais marcher à travers différents sites de la ville tout en découvrant leur histoire, cela peut être encore mieux ! Plusieurs musées ont osé se lancer dans l’aventure en créant des balados.

Le rendez-vous est donné devant la Maison des éclusiers, dans le Vieux-Port de Montréal, face à la rue McGill. Tout près, le canal de Lachine, un élément central de l’industrialisation de Montréal. Pendant une heure et quart, ce balado créé par le Centre d’histoire de Montréal vous amènera à marcher à travers ce qui a déjà été Goose Village, l’un des plus vieux quartiers ouvriers de Montréal, où s’étaient établies de nombreuses personnes travaillant à la construction du pont Victoria. En 1964, dans un souci de moderniser la ville — et d’éradiquer les taudis — en vue d’Expo 67, le quartier a été complètement démoli.

Dans ce balado, vous entendrez d’anciens résidants vous raconter leur quartier. En anglais toutefois puisque le quartier, composé de gens issus de l’immigration, était anglophone. Ils décrivent la maison dans laquelle ils habitaient et racontent comment s’organisait la vie communautaire dans ce quartier dont il ne reste plus rien aujourd’hui, excepté des souvenirs.

Créer de petits sites historiques

« La force du balado, c’est qu’il permet de vivre l’histoire dans les lieux où elle s’est déroulée, par exemple en entendant quelqu’un décrire comment était sa maison à ce coin de rue précis, et souvent, cela crée un choc pour les visiteurs », constate Jean-François Leclerc, directeur du Centre d’histoire de Montréal.

À ses yeux, ce sont ni plus ni moins que de petits sites historiques et archéologiques éphémères qu’on arrive à créer avec cette technologie.

Photo: Archives de Montréal, VM94C270-0063 Détail d’une photo d’un habitant de Goose Village

Ceux sur Goose Village, de même que sur le Red Light et le Faubourd à m’lasse ont été réalisés à la suite de l’exposition Quartiers disparus du Centre d’histoire de Montréal, qui proposait des excursions guidées. La création des balados a permis de pérenniser les fruits du travail de recherche qui s’est étalé sur deux ans. Ces contenus sont maintenant accessibles à tous, gratuitement, à toute heure du jour ou de la nuit. Et puis, les balados permettent de vivre une expérience bien différente de celle vécue au musée.

« Lorsqu’on réalise un parcours dans un quartier, on peut arrêter le balado pour prendre une pause, profiter du beau temps, visiter les commerces, parler à des gens, alors la visite peut devenir sociale, sensorielle », explique Jean-François Leclerc.

Offrir des visites guidées sans guide

L’Écomusée du fier monde, un musée d’histoire et citoyen, privilégie toujours les interventions à l’extérieur de ses murs.

« L’Écomusée a la volonté d’être présent, que ce soit par des expositions itinérantes, par des événements tenus dans des lieux importants, ou encore par des visites guidées de quartier », indique René Binette, directeur de l’Économusée.

Or, il ne peut pas mettre de côté les réalités économiques avec lesquelles il doit jongler.

« On propose des visites guidées quelques fois par année, mais on ne peut pas en offrir à tous les visiteurs qui en font la demande », indique M. Binette.

L’Écomusée du fier monde a donc tenté l’aventure du balado il y a quelques années pour mettre en valeur la rue Ontario. On y découvre l’évolution de cette artère de 1842 à aujourd’hui, alors qu’elle vit un renouveau. On y rencontre différents personnages, on fait la run du laitier, la tournée du docteur et on suit la ligne du tramway. On y découvre au passage des bâtiments et des lieux marquant les différentes époques.

« Le balado permet d’offrir une forme de visite guidée sans guide ! » s’exclame René Binette.

De plus, il offre une expérience bien différente de celle d’une visite classique avec un guide qui interprète le patrimoine. Si l’historien Éric Giroux a collaboré au projet, celui-ci bénéficie aussi de tout l’apport des artistes de la coopérative Audiotopie, qui a créé le balado.

Le défi d’attirer et de garder l’attention des gens

L’Écomusée a eu du soutien de son arrondissement pour réaliser ce projet d’intervention dans l’espace public, et il a fait le bonheur des commerçants. La promotion en a donc été facilitée.

« Les gens étaient contents que nous fassions quelque chose dans la rue Ontario, les commentaires ont été positifs et tout le monde impliqué de près ou de loin dans le projet a aidé à faire connaître l’initiative », explique M. Binette.

Faire connaître ses balados et convaincre les gens d’y consacrer du temps : c’est là le grand défi de ce genre d’initiative, d’après Jean-François Leclerc du Centre d’histoire de Montréal.

« Tout le monde est pressé aujourd’hui, alors que réaliser un parcours avec un balado demande du temps et de la concentration, affirme-t-il. Et puis, l’offre est grande, particulièrement à Montréal, alors il est difficile pour le public de se retrouver dans tout ce qui est produit. »

Le Centre d’histoire de Montréal a toutefois réussi à mettre en valeur le travail qu’il a réalisé sur le Red Light dans le volet Scandale ! de l’application du Quartier des spectacles.

« Le Quartier des spectacles a utilisé notre contenu pour produire des capsules proposées dans son parcours. C’est génial parce que l’organisation a les moyens d’enrichir, de faire évoluer et de promouvoir ce contenu pour le faire découvrir à un nouveau public, se réjouit M. Leclerc. Lorsqu’on crée un balado, il ne faut pas qu’il reste en vase clos. Il faut qu’il puisse rayonner et répondre aux besoins des visiteurs. »


Pour vivre l’expérience

Balados Quartiers disparus http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=8757,129587576&_dad =portal&_schema=PORTAL

Balado Rue Ontario

http://ecomusee.qc.ca/expositions/balado-rue-ontario/

L’application du Quartier des spectacles http://www.quartierdesspectacles.com/fr/decouvrir-le-quartier/application-mobile/#