Sommet mondial du design: l'approche collaborative de l'architecte Alejandro Aravena

Alejandro Aravena a suggéré de laisser les habitations non finies pour permettre aux résidants de la ville de Constitución de les adapter à leurs besoins.
Photo: www.elementalchile.cl Alejandro Aravena a suggéré de laisser les habitations non finies pour permettre aux résidants de la ville de Constitución de les adapter à leurs besoins.

Pour Alejandro Aravena, il faudrait ajouter un P à l’acronyme PPP (partenariat public-privé): le P de Population. L’architecte chilien de la firme Elemental, plusieurs fois primé pour son approche face au logement social et au développement durable, ouvrait lundi le Sommet mondial du design, qui se tient cette semaine à Montréal.

À travers des exemples tirés de sa pratique, il a démontré comment les consultations publiques auprès des populations visées par ses projets lui ont permis de mieux intégrer ceux-ci.

L’architecte a notamment raconté sa démarche auprès des habitants de la ville de Constitución, au Chili, qui a été dévastée par un tremblement de terre et un tsunami en 2010. S’ils ont été parfois houleux, les forums publics qui ont accompagné la construction de nouvelles habitations ont permis à la population de mieux s’approprier ces espaces.

Alejandro Aravena
Aravena suggère par exemple de laisser les habitations non finies pour permettre aux résidants de les adapter à leurs besoins. Au fil des consultations, son équipe a aussi réalisé qu’il valait mieux créer plusieurs petits espaces communs plutôt qu’un grand, pour permettre aux voisins d’avoir des liens réels et de créer une véritable communauté.

La population de Constitución s’est également exprimée sur l’aménagement des rives de la ville, malgré les risques qu’un nouveau tsunami vienne les dévaster. Après avoir envisagé de construire un mur pour faire obstacle à la nature, comme on l’a fait au Japon, les architectes ont finalement retenu l’idée de planter des arbres en abondance et de créer ainsi un espace vert supplémentaire.

À Calama, dans le nord du pays, l’équipe d’Aravena a dû travailler avec une communauté qui était importunée par l’odeur dégagée par une usine de cellulose. Après avoir jonglé avec l’idée de déménager l’usine à des kilomètres de la ville, les architectes ont réalisé que ceci affecterait énormément l’emploi dans la communauté. À force de pression de la population, l’usine a finalement décidé de poser des filtres pour mieux maîtriser ses émanations.

« Les architectes connaissent des choses, la population connaît d’autres choses », dit Alejandro Aravena.

De cultures différentes

Ginette Caron
Tout de suite après lui, Ginette Caron, designer graphique originaire de Montréal mais qui a mené une longue carrière en Europe, notamment auprès des entreprises Prada et Benetton, a raconté l’épopée de son projet de pavillon Holy See, qui représentait le Vatican à Expo Milano 2015, et qui a été couronné de nombreux prix.

Le pavillon était orné de graphies évoquant le thème de l’expo, sur la nourriture, avec entre autres l’inscription « Donnez-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » en différentes langues. En lettres blanches sur fond blanc, ces graphies se détachaient dans l’ombre du soleil, à différents endroits selon l’heure de la journée.

Après la démolition du pavillon, la designer a récupéré ce lettrage qui orne désormais différents bâtiments partout dans le monde. La designer a d’ailleurs révélé lundi que deux de ses inscriptions trouveraient une place sur des édifices québécois. Pour expliquer son approche du design, Ginette Caron a raconté le lien qui l’unit à son associée, une Japonaise dont elle ne partage pas la culture. Le design doit transcender le langage, dit-elle. Il doit aussi être au service de la communication.

Le Sommet mondial du design se poursuit jusqu’au 25 octobre au Palais des congrès de Montréal.