Des artistes témoignent de l’expérience de vieillir

Le chorégraphe et danseur Paul-André Fortier
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chorégraphe et danseur Paul-André Fortier

Le corps du danseur vieillissant demande de la patience et de l’attention. C’est pourquoi le danseur qui vieillit a intérêt à être aussi chorégraphe. C’est ce que disait vendredi le danseur et chorégraphe Paul-André Fortier, né en 1948, lors d’une table ronde présentée au symposium sur l’art et le vieillissement, à l’UQAM.

Le danseur a comparé sa condition à celle d’un adolescent, qui vit aussi ce chambardement corporel à la fois « affolant, stimulant et grisant ». « J’ai dansé davantage après 40 ans qu’avant », dit Fortier, qui ajoute avoir en cours de route cessé d’être un danseur pour devenir un « homme qui danse ». Encore l’an prochain, au mois de mai, il doit présenter un spectacle solo, intitulé Solo70. Parions que le titre de ce solo fait référence à son âge.

À l’heure où son corps se modifiait, lançait parfois des douleurs nouvelles, le chorégraphe dit avoir eu « la chance d’écrire pour un corps qu’il connaissait bien », lui qui s’était donné pour but d’extraire la poésie d’un corps vieillissant. Faire danser des danseurs plus âgés coûte cher, dit-il, non seulement en temps, mais aussi en ostéopathie, en chiropractie, en physiothérapie, etc. Paul-André Fortier prévoit d’ailleurs la fermeture de sa compagnie pour 2019, date à laquelle il pense cesser de danser pour se donner tout le temps de chorégraphier. Son corps, dit-il, est désormais « réfractaire à toute idée de performance ». « Il y a une série de moins avec lesquels on ne peut pas faire plus de plus, dit-il. Et je vais accrocher mes muscles comme on accroche ses patins. »

Sans complaisance

Invité à la même table, Marcel Sabourin, illustre comédien, scénariste et réalisateur, a raconté comment on lui avait dit, dès son adolescence, qu’en tant qu’artiste, il allait mourir de faim toute sa vie. S’il reconnaît aujourd’hui apprécier un certain confort, il ne voudrait pas du confort qu’il a vu notamment chez les artistes en Union soviétique, avant la perestroïka. Posant un regard sans complaisance sur la vieillesse, il évoquait des textes aimés par ses aînés, qui sont aujourd’hui « dépassés ». La condition du comédien est différente, dit-il, parce qu’un comédien âgé jouera invariablement des hommes âgés, sans vraiment pouvoir y échapper. « Il faut se mouler dans l’impitoyable, dit-il, pour ne pas être malheureux. » Pour sa part, Anne Bertrand, de la Conférence des collectifs et des centres d’artistes autogérés (ARCA), rappelle qu’un sondage mené auprès des artistes des centres, dont la plupart sont dans le domaine des arts visuels et médiatiques, montre que 40 % d’entre eux sont des travailleurs autonomes qui ne contribuent à aucune caisse de retraite.

Par ailleurs, l’ARCA constate que les artistes d’aujourd’hui vivent l’apogée de leur carrière entre 35 et 44 ans. Ils peuvent donc s’attendre à vivre un déclin de leurs revenus entre 44 et 65 ans. Elle relève que, paradoxalement, plusieurs attendront de recevoir une pension de l’État pour pouvoir exercer leur art plus librement.

Quant à la solitude, qu’on associe souvent à la vieillesse, elle ne fait pas partie de la vie de Marcel Sabourin, patriarche d’une grande famille, ni non plus de celle de Paul-André Fortier, dont la tête est constamment occupée par mille projets.