Patrimoine: classer ou ne pas classer le Parc olympique?

Une étude conclut que le Parc olympique présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique, témoignant notamment de «l’immense ambition» du maire Jean Drapeau.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Une étude conclut que le Parc olympique présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique, témoignant notamment de «l’immense ambition» du maire Jean Drapeau.

Emblème de Montréal, le Parc olympique a une valeur historique, architecturale et urbaine indéniable, conclut une étude patrimoniale qui sera dévoilée vendredi et dont Le Devoir a obtenu copie. Pour l’instant toutefois, les autorités du Parc olympique n’envisagent pas de demander un classement des bâtiments conçus par Roger Taillibert.

En décembre 2012, le Comité-conseil sur l’avenir du Parc olympique dirigé par Lise Bissonnette recommandait d’entreprendre des démarches afin que les bâtiments olympiques obtiennent un statut patrimonial.

La Régie des installations olympiques a donc confié à Docomomo Québec, un organisme voué à l’architecture moderne, le mandat de réaliser une étude patrimoniale du Parc olympique. L’étude très fouillée décrit en long et en large l’histoire du site depuis ses origines, les cinq tentatives de Montréal pour obtenir les Jeux olympiques — le premier essai remonte à 1928 —, le choix de Roger Taillibert comme architecte, le chantier, les écueils majeurs qui ont ralenti les travaux et la période suivant la tenue des Jeux olympiques de 1976.

« L’étude permet d’excaver la signification profonde de ce lieu pour l’histoire de Montréal. Ma découverte la plus importante, c’est que les Jeux olympiques de Montréal, c’est une très longue histoire qui remonte au milieu de XIXe siècle », explique France Vanlaethem, présidente de Docomomo Québec.

Le Stade olympique est mal-aimé. « Rares sont les sites dont l’appréciation est aussi ambivalente », note l’étude qui compare le Stade à la tour Eiffel, qui à sa construction était « à la fois admirée et honnie par les contemporains », mais qui deviendra l’emblème de la capitale française.

Le devoir d’exemplarité

L’étude conclut que le Parc olympique présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique, témoignant notamment de « l’immense ambition » du maire Jean Drapeau. Sa valeur architecturale est aussi incontestable avec son Stade doté de la plus haute tour inclinée du monde et les innovations techniques qui ont marqué sa construction. L’étude reconnaît finalement sa valeur urbaine et emblématique.

Mais Docomomo estime qu’on ne peut accorder au site le critère d’« authenticité », car certains éléments ne correspondent pas aux plans originaux : ainsi, la tour a été achevée en métal plutôt qu’en béton et le mécanisme du toit rétractable a été modifié.

Le site a également été altéré au fil des ans, avec l’ajout de nouveaux éléments comme les bureaux de la RIO construits sous la passerelle adjacente au métro Pie-IX, le Planétarium, le cinéma StarCité et le Stade Saputo.

L’étude ne se prononce par sur l’opportunité ou non de classer les bâtiments olympiques — « Ce n’était pas notre mandat », signale France Vanlaethem —, mais elle pourrait servir de base documentaire pour un éventuel classement, indique-t-on.

Le but de l’exercice n’était pas de demander un classement, précise le p.-d.g. du Parc olympique, Michel Labrecque. « Comme institution publique, on a un devoir d’exemplarité », explique-t-il. « La classification est souvent faite pour protéger des bâtiments. Est-ce que le Parc olympique est à risque ? Non. Menacé ? Non. » Le gouvernement investit d’ailleurs des centaines de millions de dollars dans le Parc olympique pour le maintenir en état, fait-il remarquer.

Des éléments des plans initiaux ont peut-être été modifiés, mais pas au point de dénaturer l’ensemble de l’oeuvre, dit M. Labrecque en faisant valoir que les activités sportives se pratiquent toujours sur le site et que les lieux sont occupés : « Pour nous, cette étude servira de guide historique qui fera en sorte de nous rendre encore plus précautionneux dans les interventions à faire. »

« On va donner une suite à cette étude, mais ce sera une suite “populaire”, soit l’appropriation par les citoyens. Notre travail sera de diffuser cette étude. Je l’ai toujours dit : je ne suis pas là pour faire aimer le Stade, mais pour le faire connaître. Je pense que connaître aide à aimer. »

Selon lui, s’il fallait qu’il y ait classement, l’initiative de ledemander viendra des citoyens.

Classement nécessaire

Pour sa part, France Vanlaethem croit qu’un classement est nécessaire : « Mme Bissonnette recommandait le classement à titre d’“immeuble patrimonial”. […] Mais moi, je pense que le Parc mériterait un classement à titre de “site patrimonial” ».

« À mes yeux, ce qui est le plus en péril, c’est le parc. C’est un parc minéral, mais son architecture joue sur la spatialité, la continuité spatiale. On a commencé à détruire ce parc en construisant, entre autres, les bureaux de la RIO. Il y a une incompréhension de cette architecture », estime-t-elle.

L’étude patrimoniale de Docomomo sera dévoilée vendredi lors d’une « journée du patrimoine olympique » qui se déroulera dans la Tour du stade en présence de l’architecte Roger Taillibert.

2 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 29 septembre 2017 08 h 40

    Classer ?

    Un classement est nécessaire.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 septembre 2017 08 h 45

    Il le mérite

    Le Stade mérite d'être classé. Avec la Boule de Buckminster Fuller, le pavillon français devenu casino et l'Habitat 67 de Safdie.