La Cambridge University Press tient tête à la censure chinoise

Une pétition avait notamment réuni 800 signatures pour appeler «la Cambridge University Press à refuser la demande de censure».
Photo: Andy Wong Associated Press Une pétition avait notamment réuni 800 signatures pour appeler «la Cambridge University Press à refuser la demande de censure».

Londres — La prestigieuse maison d’édition de l’Université de Cambridge a annoncé lundi qu’elle allait remettre en ligne des articles qu’elle avait précédemment retirés à la demande de la censure chinoise, provoquant l’émoi dans la communauté scientifique.

La Cambridge University Press (CUP) a indiqué avoir décidé de « restaurer l’accès au contenu bloqué, avec effet immédiat, afin de maintenir le principe de la liberté universitaire, sur lequel repose le travail de l’université », dans un communiqué sur Twitter.

La CUP, dont le premier ouvrage publié remonte à 1584, avait reconnu vendredi avoir bloqué, « à contrecoeur », l’accès à 315 articles publiés en ligne en Chine sur le site Internet de China Quarterly, tout en se disant « troublée par l’augmentation récente de demandes de cette nature ».

La liste des publications censurées incluait de nombreux articles sur le mouvement démocratique chinois et les manifestations de la place Tiananmen en 1989, ainsi que sur le Tibet.

La CUP avait justifié sa démarche par la nécessité de « permettre que d’autres documents universitaires et pédagogiques que nous publions restent accessibles aux chercheurs et aux enseignants sur ce marché ».

Il devait s’agir d’une « mesure temporaire », dans l’attente d’une rencontre avec les autorités chinoises. La CUP a finalement fait volte-face en republiant ses articles, alors même que la réunion n’a pas encore eu lieu.

Tim Pringle, directeur de la revue universitaire The China Quarterly, a exprimé sa satisfaction face à ce revirement, estimant que « ce n’est pas le rôle de maisons d’édition réputées telles que les CUP d’empêcher » l’accès à la recherche universitaire.

Il a estimé que cette décision faisait suite à la « réaction très vive et justifiée de la communauté universitaire et au-delà », qui y voyait une tentative de limiter la liberté universitaire, et de réécrire l’histoire.

Une pétition, lancée sur le site change.org par Christopher Balding, professeur d’économie à l’université de Shenzhen, avait notamment réuni 800 signatures pour appeler « la Cambridge University Press à refuser la demande de censure ».

M. Balding a expliqué à l’AFP être « très favorable » à la nouvelle position de la CUP, et s’est dit « surpris » par ce retournement de situation. Il a néanmoins indiqué que « le scénario le plus probable est que la Chine bloque l’accès au site de China Quaterly » et que la CUP « devrait subir des répercussions commerciales ».

Greg Distelhorst, professeur au Massachusetts Institute of Technology, s’est également réjoui sur Twitter, qualifiant la décision de « grand pas dans la bonne direction ». Il a appelé la CUP à définir une « politique pour l’ensemble de son catalogue, alors qu’elle a récemment été modifiée sur ordre des censeurs ».

Pour Jonathan Sullivan, directeur de l’École des études chinoises contemporaines de l’Université de Nottingham, la CUP a « pris la bonne décision ». Mais elle devrait voir « son prestige et sa confiance réduits au sein du monde universitaire », a-t-il indiqué à l’AFP.

Internet est très contrôlé en Chine, où le gouvernement communiste bloque des réseaux sociaux étrangers comme Facebook et Twitter et censure tous les contenus jugés politiquement sensibles.