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Un nouveau plan d’action et un observatoire pour le patrimoine montréalais

Le vieux palais de justice qu’est l’édifice Lucien-Saulnier (notre photo) est parmi les investissements prioritaires du Plan d’action en patrimoine de Montréal, avec l’hôtel de ville et le parc agricole du Bois-de-la-Roche.
Photo: François Pesant Le Devoir Le vieux palais de justice qu’est l’édifice Lucien-Saulnier (notre photo) est parmi les investissements prioritaires du Plan d’action en patrimoine de Montréal, avec l’hôtel de ville et le parc agricole du Bois-de-la-Roche.

La Ville de Montréal a adopté jeudi son Plan d’action en patrimoine 2017-2022, titré S’ancrer dans l’identité urbaine montréalaise. Un plan ambitieux, surtout pour le court laps de temps de son application. Comme si Montréal chaussait ses bottes de sept lieues afin de rattraper un certain retard en patrimoine, de répondre aux urgences et de faire preuve, dans une seule et même foulée, d’audace. Observations, en attendant de voir si le conseil municipal adoptera lundi la proposition.

« C’est un changement de culture dans la façon de fédérer le milieu patrimonial, à l’initiative de la Ville de Montréal », que propose ce plan, comme le résume Manon Gauthier, responsable de la culture, du patrimoine et du design au comité exécutif. « La multitude des acteurs dans le patrimoine montréalais, la multitude des couches de responsabilités et de pouvoirs fait qu’il faut établir une nouvelle culture, et d’abord réussir à fédérer le milieu. Et le grand parapluie de ce plan d’action, ce qui englobe tout, c’est cette notion d’Observatoire montréalais sur le patrimoine. » Un bureau réel, concret, qui réunira des intervenants de divers milieux et savoirs, dont les lignes et manières restent à définir, et qui aura pour but, comme le résume le plan, de connaître, de partager et de diffuser.

« Il faut se donner une responsabilité de vigie, poursuit Mme Gauthier. La majorité des enjeux de patrimoine auxquels on a tous été confrontés au cours des quatre dernières années tenaient à des questions d’entretien et de vigie. Pas qu’on ne fasse pas nos devoirs et qu’on ne soit pas informés, mais les enjeux de patrimoine sont si complexes… »

Il y a présentement un sentiment d’urgence, partagé par tous, poursuit celle qui est aussi responsable d’Espace pour la vie et du statut de la femme. « Et c’est une des responsabilités que nous avons. Donc, on se lance dans l’action. »

Laboratoire transitoire

Germe de la nouvelle politique culturelle de Montréal, poussé en droite ligne des Entretiens d’avril 2016 sur le patrimoine, le plan d’action propose quelques idées nouvelles. Outre la formation de cet observatoire, la mise en place d’un laboratoire transitoire, qui proposera des projets-pilotes d’occupation temporaire, est un beau risque. L’idée, puisque tout lieu occupé se préserve en général mieux que s’il est vacant, est de trouver qui peut investir, ne serait-ce qu’un temps, un immeuble vide ou un terrain vague.

Quatre chantiers de réflexion sont aussi prévus, d’abord sur la fiscalité et le financement alternatif, puis sur les lieux de culte, sur l’entretien, la conservation et la mise en valeur des bâtiments publics et sur le développement, justement, des pratiques émergentes d’usage transitoire.

L’enjeu du financement est-il si important qu’il doit être le premier chantier envisagé, et être nommé si souvent dans ce plan d’action ? Oui, répond le directeur général d’Héritage Montréal, Richard Turgeon. « C’est une question d’éducation des propriétaires et des promoteurs, une question de moyens pour les inciter à utiliser tous les outils pour préserver les propriétés patrimoniales, ou pour tenir compte de l’environnement dans lequel les promoteurs vont inscrire de nouvelles architectures. »

Héritage Montréal reçoit par ailleurs favorablement ce nouveau plan, poursuit M. Turgeon, « son esprit et certaines de ses mesures. On reconnaît le leadership de la Ville dans cet exercice, auquel on a participé en déposant un mémoire ».

Occuper pour protéger

Pour Héritage Montréal, l’adoption de pratiques émergentes est une bonne nouvelle, et M. Turgeon souligne tout particulièrement les usages transitoires. « Il y a trop souvent de la négligence à Montréal chez les propriétaires. L’édifice Robillard en est un des dramatiques exemples récents. » Rappelons que cette bâtisse du boulevard Saint-Laurent, qui avait accueilli le tout premier cinéma au Canada, a disparu dans les flammes, le feu et les cendres en novembre dernier. « Le développement de pratiques transitoires est selon nous un moyen de contrer la négligence et la vacance de certains immeubles. »

La tenue et la mise à jour d’un « répertoire de vulnérabilité », qui recense les bâtiments vacants, ceux dont l’entretien est déficient et ceux qui risquent d’être la cible de promoteurs — parce que la valeur du terrain excède celle de la bâtisse, ou à cause de la vigueur du marché immobilier du secteur —, sont aussi soulignées comme un bel outil pour Héritage Montréal.

« On souhaite que le milieu puisse s’approprier ce plan, puisque tout le monde en a été partie prenante. On espère que lundi le plan va être adopté avec enthousiasme au conseil municipal, indique Manon Gauthier. On voulait, on veut que ce soit l’affaire de tous. La Ville doit mener par l’exemple. Comment peut-on agir comme propriétaire et gestionnaire exemplaires ? Comment peut-on repenser notre cadre de travail ? — ce qui n’est pas simple, parce qu’il faut alors repenser le rôle de la Ville, celui des arrondissements, de Québec, la liaison avec Ottawa… Cette complexité fait qu’on doit repenser le modus vivendi, et surtout donner l’exemple. »

Le Plan d’action 2017-2022 de Montréal

Les enjeux

La conservation et la mise en valeur des bâtiments vacants ;

L’entretien des immeubles privés comme publics ;

La gestion durable des bâtiments et des lieux ;

Le développement de la connaissance de ce qui fait l’identité montréalaise et de l’intelligence collective par la diffusion ;

La commémoration ;

L’innovation dans le financement.

Les actions

1. Agir à titre de propriétaire et de gestionnaire exemplaires.

2. Assurer la mise en valeur du patrimoine de proximité.

3. Soutenir la requalification d’ensembles identitaires.

4. Diffuser la connaissance et encourager la reconnaissance.