Bouger plus vite, avec les artistes

« Si on croit que Montréal est une ville d’artistes et de création, il faut le montrer, argue la directrice générale, Nathalie Maillé.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir « Si on croit que Montréal est une ville d’artistes et de création, il faut le montrer, argue la directrice générale, Nathalie Maillé.

Effet domino, air du temps ou nécessaire marche au pas ? Presque toutes les politiques culturelles semblent être ces temps-ci en cours de révision, légère ou large. Le Conseil des arts du Canada (CAC) est en pleine mutation ; le ministre provincial, Luc Fortin, est à la veille de parachever sa nouvelle politique culturelle ; la ville de Montréal proposait la sienne il y a peu ; le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) change certaines de ses définitions. Et voilà que le Conseil des arts de Montréal (CAM) a présenté aux artistes, il y a quelques jours, ses propositions de priorités stratégiques jusqu’à 2020, pour consultation.

Depuis quelques semaines, le CAM sonde les artistes et les organismes de son territoire sur ses grandes orientations pour 2017-2020. Une vraie consultation, tient à préciser Nathalie Maillé, pour prendre le pouls et s’assurer d’être au diapason des besoins du milieu. « On a envie de bonifier nos stratégies, de réagir », précise la directrice générale du CAM.

Car l’organisme veut insister sur ses traits particuliers, sur ce qui le distingue des autres bailleurs de fonds. «En fonction de nos spécificités, comment peut-on maximiser notre impact ? Car il y a des choses qu’on fait qui ont assurément plus d’impact que d’autres. »

Un exemple ? Le programmedu CAM en tournée, qui permet à des créations d’être présentées, grâce à une subvention, dans certaines des Maisons de la culture du réseau. En soutenant quelque 450 représentations par année, le programme prolonge la vie des oeuvres, gonfle la programmation de diffuseurs municipaux en les invitant à prendre le risque d’oeuvres qu’ils n’auraient peut-être pas reçues sans aide.

« Cela a un impact sur les oeuvres et le nombre de leurs représentations ; sur les artistes — leur expérience et leurs revenus ; sur les Maisons de la culture ; et sur le développement du public », détaille Nathalie Maillé. L’an dernier, ce programme de 1,2 million de dollars a permis à 56 organismes de tourner. 268 projets avaient été proposés. « On voudrait doubler ce programme », donne en exemple la directrice.

Près des yeux…

Une des caractéristiques du CAM, c’est sa proximité avec les artistes et le milieu. Et le fait que ce conseil couvre un territoire — Montréal — plus restreint que la province (CALQ) ou le pays (CAC) lui permet une mobilité et une vitesse de réaction plus grandes.

Pourtant, dans les priorités proposées pour les trois prochaines années, les échos sont nombreux avec les autres politiques culturelles. L’importance des liens avec les artistes autochtones, le développement de la philanthropie et des relations internationales, le soutien des pratiques innovantes et des effets structurants, pour ne nommer que ceux-là, sont des termes qui résonnent à tous les paliers. « C’est sûr qu’il y a des arrimages politiques avec les autres conseils des arts, on se parle, il ne faut pas se le cacher !, confirme Nathalie Maillé. Mais on réagit surtout à des enjeux sociétaux. On vit tous dans le même monde. La parité hommes-femmes, la diversité, l’équité entre générations, c’est dans l’air du temps, et il est nécessaire de s’en occuper. Et plus que jamais, il faut que les institutions comme les nôtres soient en phase avec les enjeux de société. »

Car la directrice croit que les accélérations et les virages sociaux sont désormais d’une rapidité telle que les politiques doivent être revisitées plus régulièrement. « Regardez ce qui s’est passé avec l’arrivée des iPhone. Maintenant, tout peut changer en dix ans. Si on recule en 1990, on voyait des artistes d’une même génération, avec des besoins similaires, travailler à partir de budgets et d’enveloppes stables. Maintenant, il y a des accélérations senties : la mondialisation, Internet, le numérique, les milléniaux… Mais les artistes sont par nature à l’avant-garde. On a juste à les suivre. »

La réflexion engendrant ces stratégies est venue du terrain même, puisque la gouvernance au CAM est faite par des artistes qui deviennent membres bénévoles pour trois ans. Ce sont eux, 60 artistes, qui ont tracé les grandes lignes des orientations, avant même que le conseil d’administration et les employés n’interviennent. Certains enjeux sont plus réfléchis que d’autres, Mme Maillé ne le cache pas, presque déjà alignés sur un plan d’action. Ainsi, pour « encourager et faciliter le rayonnement national et international », l’idée sera d’inviter carrément des artistes à se joindre aux déplacements des missions économiques, diplomatiques et commerciales. « Si on croit que Montréal est une ville d’artistes et de création, il faut le montrer, argue la directrice. D’autant que, d’expérience, on sait que les autres partenaires gagnent souvent aussi des réseaux différents qu’ont développés les artistes à l’étranger. »

Examen de minuit

Et le Conseil des arts de Montréal lui-même n’échappe pas à l’examen de conscience, puisque « repenser l’organisation du travail — interne » est de la liste de ses intentions. « On croit profondément que le travail d’accompagnement de nos employés doit se faire surtout sur le terrain. Qu’ils aillent voir les spectacles, qu’ils aillent au sein des compagnies, qu’ils les aident de là. L’aspect administratif prend trop de place présentement. »

La consultation se poursuivra jusqu’au 18 août. Les changements, les polissages et la présentation suivront, ainsi que la préparation d’un plan d’action détaillé, qui devrait être prêt à être mis en place en décembre.

Les priorités stratégiques du CAM 2017-2020

Miser sur l’équité et la représentativité : En favorisant la diversité culturelle ; l’équité intergénérationnelle ; la parité hommes-femmes ; les liens et le dialogue avec les créateurs autochtones ; la reconnaissance et le soutien des pratiques inclusives ; un meilleur équilibre dans l’allocation de soutien ; et en entamant un chantier de concertation et de réflexion sur le patrimoine immatériel.

Renforcer le rôle de catalyseur du CAM : En accroissant le repérage sur le terrain et l’accompagnement aux artistes et organismes ; en travaillant de pair avec les grandes institutions ; en stimulant les partenariats et la philanthropie ; en concertant les initiatives culture-éducation sur le territoire.

Favoriser le rayonnement local, national et international : En inscrivant davantage le CAM dans les initiatives locales ; en augmentant le soutien à la diffusion locale et en facilitant les rayonnements nationaux et internationaux ; en poursuivant les activités de reconnaissance telles que le Grand Prix du CAM.

Développer une culture d’innovation : À l’interne, en repensant l’organisation du travail ; mais aussi en soutenant les pratiques innovantes, la recherche et le développement et les pratiques numériques ; en développant des indicateurs d’évaluation de l’impact des actions du CAM.