Eddy King, avec sincérité

Aux dires mêmes de l’humoriste, son prochain spectacle sera bien différent de tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Aux dires mêmes de l’humoriste, son prochain spectacle sera bien différent de tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant.

Sur scène, Eddy King aime bien parler de lui, de sa mère et de ses filles. À travers les anecdotes qu’il partage avec le public, l’humoriste traite avec une certaine élégance et une sensibilité certaine de sujets sociétaux qui lui tiennent à coeur : l’identité, l’appropriation culturelle et le racisme.

« Je parle que de ce que je vis, de mes expériences, de ma réalité. Ma façon de me démarquer, c’est d’aller chercher mon originalité au plus profond de moi-même, de mes sentiments les plus sincères, dans mon expérience. Personne ne peut raconter ce que je vis comme moi je le fais », confie-t-il.

Français d’origine congolaise ayant immigré au Québec à l’âge de 13 ans, l’humoriste tire également profit de sa triple identité : « Souvent, quand tu parles avec des gens issus de l’immigration, des enfants d’immigrants ou des enfants issus de couples mixtes, tu sens un peu la crise identitaire. En vieillissant, j’ai compris que je n’avais pas besoin de cette crise, d’avoir à choisir parmi mes trois cultures. Je suis ce que je veux quand je le veux. Être les trois à la fois, ça fait juste me rendre plus riche plutôt que d’être un handicap. »

Du rap à l’humour

Ayant grandi dans la banlieue parisienne, Eddy King a été témoin très jeune de l’injustice sociale, de la délinquance, de la pauvreté. Lorsqu’il a senti le besoin de s’exprimer, c’est d’abord le rap et non l’humour qu’il a choisi.

« Il y a tellement de différences et de similitudes entre l’humour et le rap. Ce qui m’a plu avec l’humour, c’est que je pouvais parler de plus de sujets et rejoindre plus de monde que quand je rappais. Par contre, le rap, c’est faire de la musique. En dehors des paroles, la musique est en soi un langage qui peut parler à tellement de gens, et c’est ça qui me fait tripper. Ce que j’exprime en humour est assez proche de ce que j’exprimais dans le rap. En humour, je peux aussi être plus vulnérable que dans le rap. »

Lorsqu’on lui demande si le rap lui manque, Eddy King parle alors avec passion de hip-hop : « La base du hip-hop, c’est faire beaucoup avec presque rien. Peu importe ce que je fais, on sent que j’appartiens à cette culture ; le hip-hop, c’est une philosophie, une manière d’être, une culture qui t’habite. T’as pas besoin de rapper pour être hip-hop. »

Sans compromis

Bien qu’il n’ait pas été accepté à l’École nationale de l’humour — « Ça va, ils m’ont fait épargner de l’argent ! » —, Eddy King a tout de même réussi à se tailler une place dans l’humour au Québec. Gagnant du prix Coup de coeur au concours de la relève du festival Juste pour rire en 2007, il prend du gallon en faisant la première partie du spectacle de Rachid Badouri puis en se rendant en finale d’En route vers mon premier gala.

À l’instar de son numéro sur la police, où il avance que, lorsqu’on appartient à une minorité, il faut travailler deux fois plus fort, Eddy King ne cache pas que sa différence l’aide parfois. « J’ai trouvé le bon angle, le truc bien à moi, qui me permet de me démarquer, mais il faut dire que des mecs comme moi, il n’y en a que tous les cinq ou dix ans. Il y a eu Anthony Kavanagh, Michel Mpambara, Boucar Diouf et là, il y a moi ! Dès que j’arrive, j’ai ce côté qui fait original. »

Cela dit, pas question pour l’humoriste de ne miser que sur son image. Le message qu’il a à faire passer sur la tolérance, sur l’acceptation et sur le droit à la différence est trop important pour qu’il succombe à la facilité et aux lieux communs : « Il ne faut pas arrêter de dénoncer parce qu’un jour le message va finir par passer. On va y arriver. Je suis assez optimiste, je le vois chez les plus jeunes générations. »

Six ans après son premier one-man-show, il revient à Juste pour rire un soir afin d’y présenter une dernière fois des numéros que l’on pourra voir dans un avenir pas très lointain à Canal D. Aux dires mêmes de l’humoriste, son prochain spectacle sera bien différent de tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant.

« Je sais qu’il faut que je travaille un peu plus pour garder mon authenticité, que je reste près de ma personnalité, de mon identité pour faire comprendre des choses aux gens. Je pourrais mettre de l’eau dans mon vin, ou dans mon cas, du lait dans mon café, mais en même temps, je sais que si je dois faire passer ce café bien fort, je vais devoir travailler un petit peu plus fort, mais à la fin, on va être bien réveillé ! » conclut en riant l’humoriste.


Peut-on rire de tout ?

Au Zoofest, avec Anas Hassouna, Reda Saoui, Roman Frayssinet et Adib Alkhalidey, Eddy King participera à un spectacle où il sera question de sujets délicats : le terrorisme et la radicalisation. Ayant parlé des attentats de Paris l’an dernier à Juste pour rire, où il a reçu le prix Coup de coeur, l’humoriste n’a pas hésité à accepter l’invitation. « Le terrorisme, on en souffre tous. Alors, tu parles de la souffrance. Qui va pouvoir te blâmer si tu exprimes pourquoi tu souffres ? Dans mon numéro sur les attentats de Paris, c’est ma souffrance, ma peine que j’exprimais. Je ne crois pas qu’il y ait des sujets qu’on ne peut pas aborder. Tout est dans la manière. On peut parler de tout, mais ce n’est pas tout le monde qui peut parler de tout, parce que ce n’est pas tout le monde qui a les capacités de le faire. Certains le font de manière maladroite. Il faut faire ses recherches, il ne faut pas parler en donneur de leçon et il ne faut pas oublier qu’il faut que ça vienne d’une place sincère, parce que le coeur, ça ne ment pas. Quand tu es sincère, tu peux te permettre de parler des choses les plus négatives, les plus horribles. »

Cabaret Extremiss

À la salle Ludger-Duvernay du Monument-National le 23 juillet

Eddy ! C’est quand ton prochain show ? !

À la Cinquième Salle de la Place des Arts le 22 juillet