Un acrobate grièvement blessé à Montréal complètement cirque

L’acrobate Mathias Plaul a fait une chute du haut d’un mât chinois lors d’un spectacle mardi soir.
Photo: Entre nous L’acrobate Mathias Plaul a fait une chute du haut d’un mât chinois lors d’un spectacle mardi soir.

La représentation extérieure au parc Wilfrid-Bastien à Saint-Léonard du spectacle Entre nous a pris fin abruptement mardi soir, lorsqu’un des cinq acrobates de mâts chinois, Mathias Plaul, 41 ans, a fait une chute accidentelle, et tristement spectaculaire, de quelque cinq mètres.

L’homme, victime d’un traumatisme crânien, restait au moment d’écrire ces lignes en observation à l’hôpital, selon le festival Montréal complètement cirque. Il est encore trop tôt pour savoir si l’accident laissera des séquelles. Un accident qui rappelle à quel point le risque reste inhérent aux arts du cirque ; à quel point chaque artiste doit y jongler, lors de sa performance, entre calculs et dépassement de soi, entre réflexe entraîné et générosité.

Impossible, quand on travaille aux mâts chinois, comme au tissu aérien, de se protéger d’une corde de sécurité ou d’un filet : ces derniers seraient plus dangereux que protecteurs, et finiraient en petits noeuds bien serrés après quelques acrobaties.

Mardi, en sautant d’un mât à l’autre, M. Plaul s’est cogné la tête contre une poutre de la structure de scène, ratant en contrecoup son rattrapage, a expliqué la directrice de Montréal complètement cirque, Nadine Marchand. « Il a essayé de se rattraper par les pieds et il est tombé tout du long par terre. »

S’il y a eu déjà foulures et entorses en répétition, il s’agit là du premier accident du festival en huit ans. « On le redoute toujours, mais malgré toutes les mesures de sécurité, extrêmes, qu’on prend, on sait très bien qu’il y aura toujours un risque. C’est une partie inhérente du cirque. Reste qu’on est infiniment triste quand ça arrive. »

Sécurité

En cirque, le dispositif de sécurité n’est pas forcément garant de la sécurité, indique la doctorante en génie biomédical à l’UQAM Marion Cossin. Celle qui se spécialise en cirque, et qui a mesuré les forces générées par l’artiste sur les structures aux points d’accrochage du trapèze-danse, rappelle que tout dépend de la manière dont l’accident se produit.

« En trapèze ballant, par exemple, malgré la ceinture de sécurité et l’assureur en arrière qui maintient une longe de sécurité, l’artiste peut se prendre le trapèze dans la figure ; ou si l’arrêt de chute est trop brusque, se casser des côtes. Ce n’est pas mieux. En mât chinois, on peut arriver à ralentir la chute en frottant contre le mât, et amortir l’impact. »

Mais l’analyste de la biomécanique nomme surtout l’entraînement, en amont de tout, comme « réel garant de la sécurité des artistes : le fait de répéter pendant des années le même mouvement, de savoir exactement où le corps est placé dans l’espace, de savoir gérer l’adrénaline ».

La spécialiste estime que M. Plaul, dans sa chute, a subi un impact équivalant à dix fois le poids de son corps.

Qui risque quoi ?

En tant que festival, Montréal complètement cirque achète des productions déjà créées, précise la directrice.

« C’est la compagnie qui a fait à la création son étude de risque et ses choix, et qui en est responsable. Pour Entre nous, on parle d’artistes de métier : chacun a évalué jusqu’où il voulait, pouvait aller. Comme festival, on achète ce spectacle-là, et dans le lot les mesures de sécurité qu’eux prennent. On est avec eux pour l’installation du matériel, on s’assure que les hauteurs sont sécuritaires, s’il y a trop de vent, on conseille de ne pas faire le spectacle. Mais après ça, à l’intérieur même du spectacle qu’ils ont conçu, c’est leur responsabilité. »

La compagnie arrive aussi avec ses propres assurances médicales. En cas de doute, comme lors des spectacles extérieurs où le vent ou la pluie peuvent augmenter la dangerosité — ce qui n’était pas le cas mardi —, « ce sont toujours les acrobates qui ont le dernier mot, qui décident si on fait ou non le spectacle », indique Mme Marchand.

La représentation prévue jeudi à Verdun sera remplacée par un autre spectacle, encore à déterminer. Pour les trois autres représentations (Plateau-Mont-Royal, Saint-Michel), la troupe n’a pas décidé de la suite. Montréal complètement cirque se poursuit jusqu’au 16 juillet.