Zoofest: Je choisis Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques

Seul diplômé du Conservatoire d’art dramatique ayant suivi une formation à l’École nationale de l’humour, le jeune homme souffre un peu d’être à la fois acteur et humoriste.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Seul diplômé du Conservatoire d’art dramatique ayant suivi une formation à l’École nationale de l’humour, le jeune homme souffre un peu d’être à la fois acteur et humoriste.

Quiconque croise Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques ne peut demeurer indifférent face à ce jeune homme pas comme les autres. Cinéphile averti, féru de poésie, tiré à quatre épingles, nostalgique de l’époque où l’on traitait les femmes avec courtoisie, l’acteur-humoriste, qui rêve de jouer Feydeau et Musset, excelle à jouer les « douchebags ».

« Philippe-Audrey est un garçon brillant, mais il a le clown douche ! À l’audition, il nous a tellement fait rire que je me suis dit que je devais écrire une autre scène pour lui. Kev, c’est le gars le moins futé de la gang, mais il est d’une acuité totale. Peu avant le tournage, j’ai donc écrit ce monologue parce que je voulais qu’il revienne nous faire rire à la fin du film », se souvient Émile Gaudreault, qui l’a dirigé dans De père en flic 2.

Seul diplômé du Conservatoire d’art dramatique ayant suivi une formation à l’École nationale de l’humour, celui qui s’est démarqué dans la série à sketchs Like-moi ! de Marc Brunet souffre un peu d’être à la fois acteur et humoriste. De fait, s’il avoue qu’être les deux lui fout parfois des complexes, il hésite encore à dire qu’il s’agit là d’une richesse.

« Je pense que je suis plus acteur qu’humoriste. L’acteur va se mettre au service de la scène en se demandant ce qu’il peut faire pour la scène ; l’humoriste va se demander ce que la scène va faire pour lui. L’acteur se fond dans la scène ; l’humoriste adapte la scène pour lui. Par exemple, dans les sketchs Je choisis Jonathan, ce qui rendait la scène meilleure, c’était de ne rien faire. J’aurais trouvé ça encore plus drôle si Jonathan n’avait jamais parlé, qu’il n’ait qu’un regard mort. Je crois que ça a marché, parce qu’on m’en parle beaucoup ! » dit-il en éclatant de rire.

Agent double

« Il y a beaucoup de dualité dans l’oeuvre de Philippe-Audrey : présent/passé, noble/populaire, drôle/sérieux, transcendant/trivial. Je pense que ça témoigne aussi de la dualité entre Philippe-Audrey la personne et l’humoriste. Il a des réflexions constantes sur la société et ça se reflète dans la profondeur de son art. À l’École, c’était clairement l’étudiant le plus impliqué et passionné », confie Julie Dufort, professeure à l’École nationale de l’humour.

En humour, on a tendance à négliger l'émotion, le côté théâtral. Et pourtant, on provoque de l'émotion, on fait rire les gens. Le théâtre teinte beaucoup mon humour, tout est toujours lié à une émotion quelconque, que ce soit de l'indignation, de la déception.

 

C’est au Conservatoire, grâce à Patricia Nolin, que Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques a une épiphanie alors qu’il découvre le génie comique de Fabrice Luchini dans Le point sur Robert. À l’École de l’humour, grâce à Julie Dufort, il a un choc en lisant L’ère du vide de Lipovetsky. Composé de numéros qu’il a rodés dans les bars, Hélas, ceci n’est qu’un spectacle d’humour se termine d’ailleurs par un numéro inédit inspiré d’un fait qu’il a vécu au Conservatoire.

« En humour, on a tendance à négliger l’émotion, le côté théâtral. Et pourtant, on provoque de l’émotion, on fait rire les gens. Le théâtre teinte beaucoup mon humour, tout est toujours lié à une émotion quelconque, que ce soit de l’indignation, de la déception. J’ai même un numéro sur un moment de ma vie où j’ai été dépressif. J’ai réalisé que le Conservatoire m’avait beaucoup aidé pendant l’École. Ça m’aidait beaucoup à relativiser les événements et les commentaires. Au Conservatoire, chaque critique constructive était prise de façon personnelle, ça me détruisait tout le temps. Le Conservatoire a été une époque vraiment douloureuse, mais c’est de la faute de personne. J’avais 19 ans au Conservatoire ; j’étais l’un des plus jeunes à avoir été acceptés », se rappelle celui qui a su tirer de sa dualité, parfois déchirante, sa force et sa singularité.

« Il est l’un des étudiants les plus intellectuellement doués que j’aie eus. Très, très chouette garçon, grand coeur, mais tiraillé entre un prof d’université et un petit garçon de huit ans. Ça fait un mix peu banal. Il rêve de jouer James Bond… mais ce serait nécessairement dans une parodie, à son grand dam », explique Yves Morin, professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal.

Se réclamant de Louis-José Houde pour la rigueur et la qualité d’écriture, partageant avec les François Bellefeuille, Phil Roy, Katherine Levac, Mariana Mazza et Virginie Fortin ce côté mésadapté socioaffectif qui fait leur charme, cette vieille âme immature se dit confiante à l’idée de partager ses déceptions avec le public du Zoofest. Nul doute qu’il le fera avec classe, élégance et esprit. « Je suis conscient qu’en faisant de l’humour je contribue moi-même au nivellement par le bas, mais par mon type d’humour, je lutte contre celui-ci. Pour moi, l’humour et la poésie, c’est vraiment pareil : du rythme, du style, de la construction d’images et l’art de magnifier sa vie », conclut avec aplomb Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques.

Hélas, ce n’est qu’un spectacle d’humour

Au Cabaret du 4e au Monument-National les 14, 15, 25, 26 et 27 juillet. À la salle Ludger-Duvernay du Monument-National le 23 juillet. Aussi: «Mon sombre et beau fantasme tordu/Un show sur Kanye West», au Studio Hydro-Québec du Monument-National les 19 et 21 juillet et au Cabaret du 4e au Monument-National les 28 et 29 juillet.

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