Appel à davantage de commémorations

Charles de Gaulle saluant la foule de Montréal, le 24 juillet 1967
Photo: Chuck Mitchell La Presse canadienne Charles de Gaulle saluant la foule de Montréal, le 24 juillet 1967

Le Québec devrait se doter d’un comité indépendant d’experts capables d’administrer, de concert avec différentes instances gouvernementales, un calendrier annuel de commémorations, « en considérant pour seul critère la contribution au récit national et à la mémoire collective ». C’est ce qu’a demandé en substance lundi le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) en rendant publiques ses recommandations pour la mise sur pied d’une véritable « politique de commémorations historiques ».

Les 6, 7 et 8 octobre, le MNQ avait coordonné ce qu’il a appelé des « États généraux sur les commémorations historiques ». Résultats de ces rencontres : onze recommandations portées par la voix de sa présidente, Martine Desjardins. « On espère que ces recommandations soient intégrées dans une prochaine politique culturelle », dit-elle. Elle regrette qu’il n’existe pas pour l’instant « de politique cohérente » en la matière, ce qui conduit à négliger la Journée nationale des patriotes et à célébrer ce curieux anniversaire du 375e anniversaire de Montréal.

Le MNQ propose notamment de « rapatrier à Québec la gestion des lieux de mémoire et des sites historiques qui nous concernent ». Il suggère aussi de faire du Musée de l’Amérique francophone à Québec un nouveau centre d’histoire national inspiré du Musée d’histoire de la Catalogne.

Au nombre des propositions, le MNQ plaide en outre pour l’élaboration d’un « cérémonial d’État » capable de souligner les fêtes et les journées mémorielles. Il souhaite aussi la mise sur pied d’« un réseau officiel » de lieux voués à l’« interprétation » de personnages comme Gilles Vigneault, Félix Leclerc et de premiers ministres. Bien sûr, valoriser la mémoire suppose de pouvoir compter sur de l’argent. Le MNQ espère notamment un soutien financier institutionnalisé pour les organismes publics ou privés voués à souligner des anniversaires préalablement inscrits à un calendrier. Il voudrait aussi qu’un soutien particulier soit accordé au milieu du cinéma et de la télévision afin de favoriser la diffusion de l’histoire québécoise.

La démarche du MNQ en faveur d’une politique structurée des commémorations s’appuie sur un « comité scientifique » composé du sociologue Jacques Beauchemin, de l’ancienne ministre Louise Beaudoin, des muséologues Yves Bergeron et Raymond Montpetit, du chroniqueur Mathieu Bock-Côté, du politologue Marc Chevrier, de l’historien Charles-Philippe Courtois, du généalogiste Marcel Fournier et du directeur de L’Action nationale, Robert Laplante.

Qu’en pense le cabinet du ministère de la Culture et des Communications ? Rejoint par Le Devoir, l’attaché de presse du ministre affirme que « le document est présentement en analyse. C’est un sujet vaste qui doit être envisagé dans son ensemble, avec tous les partenaires. Le ministère y travaille présentement ».

Vive de Gaulle

Mais le MNQ n’entend pas attendre que le gouvernement donne suite à ses recommandations pour lancer lui-même son propre agenda de commémorations. Cet été, il entend commémorer le cinquantième anniversaire de la visite du général de Gaulle et son « vive le Québec libre ! ». Diverses activités se tiendront en ce sens entre Québec et Montréal, tout au long du Chemin du Roy, la route empruntée par le général. Au château Frontenac, il y aura un repas spécial inspiré par le menu présenté à l’époque au président français. Le 24 juillet, un cortège de voitures refera le trajet. Un site Internet voué à cet événement sera aussi lancé. Bref, cet homme qui avait souvent les yeux plus grands que la France est célébré par ce mouvement patriotique.

Le politologue Guy Bouthiller est étroitement associé à cette commémoration à titre de spécialiste du général de Gaulle. Pour souligner l’importance de cet homme qui avait souvent les yeux plus grands que la France, il a cité l’ancien directeur du Devoir Claude Ryan. Peu susceptible de chérir un idéal indépendantiste, Ryan affirmait ceci en éditorial à l’annonce de la mort du général : « La vérité profonde du personnage, sa foi inaltérable en la France, son amour de la liberté, l’ampleur de ses perspectives, la richesse souvent prophétique de ses gestes et de son style, son désir infatigable de la paix, son goût instinctif de l’équilibre, faisant de lui, avec Churchill et quelques autres, l’un des plus grands contemporains. » C’est l’humanité qui est en deuil, écrivait Ryan, tout en tenant à préciser qu’à son sens, le président français n’avait jamais voulu « faire la promotion du séparatisme québécois ». Le MNQ est pour sa part ouvertement indépendantiste.

Le MNQ mettra aussi en avant, avec la collaboration de Québecor, la création de quatre courts métrages. Réalisés par Martin Cadotte, à qui l’on doit le docufiction Le rêve de Champlain, ces capsules de quelques minutes traiteront de l’Expo 67, de la loi 101, du général de Gaulle, et des colons Louis Hébert et Marie Rollet, celui-là répondant d’ailleurs à l’exaspération de celle-ci au pays : « Chez nous, c’est ici maintenant. »