Le milieu artistique discute identités au 100e congrès de l'ISPA

Parmi les dix compagnies artistiques sélectionnées pour la séance de «Pitch New Works» qui sera présentée dans le cadre du 100e congrès ISPA à Montréal : la troupe Les 7 doigts avec son œuvre «Bosch Dreams».
Photo: Photos International Society for the Performing Arts Parmi les dix compagnies artistiques sélectionnées pour la séance de «Pitch New Works» qui sera présentée dans le cadre du 100e congrès ISPA à Montréal : la troupe Les 7 doigts avec son œuvre «Bosch Dreams».

Déjà aux prises avec son 375e anniversaire et avec les commémorations d’Expo 67, 50 ans après sa tenue, Montréal est l’hôte, cette semaine, du 100e congrès de l’International Society for the Performing Arts (ISPA). Ce grand forum de discussion, qui réunit plus de 400 personnalités des arts de la scène (artistes comme directeurs de salle, travailleurs culturels comme chercheurs universitaires), vise à souder un milieu autour de grands enjeux.

Le congrès montréalais, en cours jusqu’au 27 mai, est porté par le thème « Identités ». Avec un s, parce que pour Marc Blondeau, le p.-d.g. de la Place des Arts (PdA), l’organisme hôte, « l’identité se conjugue au pluriel ».

« On voulait un thème pertinent, fort, dit-il. On voyait le repli sur soi se manifester un peu partout sur la planète, on voyait venir la mouvance politique aux États-Unis et ailleurs et on a choisi de parler d’identité. Certains diront : “Encore une fois.” Nous, on a voulu le faire avec la prémisse qu’aujourd’hui l’identité se conjugue au pluriel, que c’est le métissage qui forge les nouvelles identités. »

On voulait un thème pertinent, fort. On voyait le repli sur soi se manifester un peu partout sur la planète, on voyait venir la mouvance politique aux État-Unis et ailleurs et on a choisi de parler d'identité.

 

Les arts de la scène, selon le programme de l’ISPA, se nourrissent de ce « métissage culturel exceptionnel » pour proposer des « expressions novatrices ». Plusieurs conférences animeront la rencontre, dont le mot d’ouverture a été confié à Michel Marc Bouchard, dont le théâtre a fait « la démonstration que, même si son oeuvre est très personnelle et locale, elle touche à l’universel », selon Marc Blondeau.

Catalyseur de créativité

 

« On nous a mis dans des livres et on nous imagine comme ça. Il faut arrêter de nous figer, nous sommes des gens qui ont évolué, depuis 375 ans », lance Elisapie Isaac, la chanteuse inuk, non sans rappeler qu’avant la fondation de Montréal des gens vivaient déjà ici.

La diversité, Elisapie Isaac, elle connaît. Elle s’en nourrit, même. Mais l’auteure-compositrice-interprète née au Nunavik reconnaît ne pas la chercher. Elle est comme ça, elle, fille biologique d’un Blanc, qui a toujours vécu avec une identité peu conforme aux étiquettes.

« Mon guitariste, Joe Grass, qui vient des Maritimes, est un virtuose, commente-t-elle. Il joue de tout. Avec lui, mon album est un mélange, il n’est plus juste folk, pas seulement autochtone. »

Elisapie Isaac participe, ce mercredi, à la première conférence du 100e congrès, aux côtés d’Ahmed Knowmadic Ali, slameur d’Edmonton, et de Charles Koroneho, artiste protéiforme néo-zélandais. Réunis sous un intitulé assez large — « Identité, pluralité, créativité » —, les trois panélistes sont une preuve que les identités plurielles sont « un formidable catalyseur de créativité ».

Photo: Photos International Society for the Performing Arts «Storyville Mosquito», de Nufonia Live Inc., est un projet multimédia adapté d’une histoire de Kid Koala du même nom, présenté au congrès.

À 24 heures de la conférence, la chanteuse ne savait pas trop quels exemples de sa propre réalité elle citerait. Sans vouloir se politiser — « j’aime parler de trucs anodins, pas juste d’identité » —, Elisapie apprécie néanmoins l’invitation : « Plus [les autochtones] sont là, plus les gens vont avaler la pilule. » On dit de Montréal qu’elle est une ville multiculturelle, rappelle-t-elle, mais on ne connaît pas ses racines autochtones.

Vitrine pour Montréal

 

Le congrès de l’ISPA se déroule en grande partie à la Place des Arts, avec quelques activités en dehors du Quartier des spectacles, au Musée des beaux-arts, au chalet du mont Royal et à la Tohu. Le comité organisateur, formé de représentants de toutes les scènes montréalaises, voit dans cette manifestation une excellente occasion de promouvoir ses produits culturels.

« La planète des arts de la scène a déjà une belle idée de ce qu’offre Montréal. Mais accueillir le congrès, c’est une belle vitrine pour Montréal », reconnaît Marc Blondeau. Le directeur général de la PdA est convaincu de la bonne affaire lorsqu’il entend l’Islandaise Steinunn Birna Ragnarsdóttir, directrice générale de la salle de concert Harpa de Reykjavik, affirmer que « son conscient intellectuel culturel augmente » quand elle se retrouve à Montréal.

En dehors des six conférences au programme, les congressistes auront un aperçu de plusieurs projets. La séance « Pitch New Works », a elle seule, en rassemble dix, dont quatre productions québécoises qui ont droit chacune à un « pitch » de dix minutes. Parmi elles, on retrouve Another Brick in the Wall, des Productions Opéra Concept MP, et Bosch Dreams, de la troupe Les 7 doigts. Un comité international a choisi ces productions parmi une soixantaine de dossiers soumis. L’enjeu est de taille puisque ce type de présentation peut aboutir à une diffusion à l’étranger.

Les gouvernements fédéral et provincial ainsi que la Ville de Montréal ont appuyé la tenue de l’événement avec un total de 240 000 $, soit environ 45 % du budget global.

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