La fascination de l’infiniment grand devant les Géants

Avec ce soleil de fin de journée sur Montréal, le Scaphandrier, en promenade sur le boulevard René-Lévesque, avait bien besoin d’être hydraté. Les lilliputiens s’affairent à lui donner de l’eau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec ce soleil de fin de journée sur Montréal, le Scaphandrier, en promenade sur le boulevard René-Lévesque, avait bien besoin d’être hydraté. Les lilliputiens s’affairent à lui donner de l’eau.

En regardant la Petite Géante se lever calmement, prendre sa douche et s’habiller avant de partir à la découverte de Montréal sur son bateau, en compagnie de son chien, on se surprend à rêver que des humains de taille et de sagesse supérieures débarquent sur la Terre pour en assumer la destinée.

Ça n’est malheureusement pas encore le cas. Mais la compagnie française Royal de Luxe a tout de même le mérite d’avoir créé un événement plus grand que nature, poétique et vivant, rassemblant les citoyens dans ce qu’ils ont de plus candide.

Au parc Jeanne-Mance, où des Montréalais de tous les âges s’étaient déplacés pour assister au réveil de la géante, vendredi matin, les applaudissements allaient autant aux marionnettes qu’aux dizaines de lilliputiens qui en actionnent les moindres mouvements, des clignements des yeux de la Petite Géante aux frémissements de la truffe de son chien.

« J’en avais vu des extraits sur Internet, raconte un père qui porte sa fille sur ses épaules. Mais ça vaut la peine de le voir pour vrai. Le travail d’équipe est vraiment impressionnant. »

 

Obéissant à des ordres diffusés dans un haut-parleur, les lilliputiens activent cordages, crochets et sangles pour permettre à leurs géants de bouger, de mettre leurs vêtements et leurs souliers, ou au chien de laper de l’eau à grands coups de langue. Vêtus en costumes d’époque rouges, pour ceux qui actionnent la géante, et blancs, pour ceux qui animent le chien, ils rappellent les images illustrant les célèbres Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift.

Tous sont venus avec la compagnie de Nantes.

« Les lilliputiens travaillent presque jour et nuit durant tout le parcours des géants », dit Nathalie Roy, responsable des relations de presse, pour le 375e anniversaire de Montréal.

« À la fin du spectacle, ils sont très fatigués », poursuit Jean-Louis Bonnin, membre du conseil d’administration et ami de longue date de la compagnie. « La tâche est particulièrement difficile lorsqu’ils actionnent le grand géant, qui pèse trois tonnes. »

Au parc Jeanne-Mance, une classe de la bien nommée École buissonnière s’était déplacée pour l’occasion, comme les enfants de la garderie Harmonie, qui appelaient de leurs cris les géants.

Dans chaque ville, dans chaque pays qu’elle traverse, la compagnie Royal de Luxe tente de donner une dimension locale à son spectacle.

À Berlin, par exemple, lorsque la compagnie a participé aux célébrations d’anniversaire de la chute du Mur, des canons ont projeté des cartes postales qui avaient été écrites par des gens de l’Est pour ceux de l’Ouest, lorsque l’Allemagne était divisée, et qui avaient été interceptées par la Stasi.

En Australie, une partie du spectacle faisait référence aux aborigènes.

L’effet de surprise est un élément important du spectacle. C’est pourquoi il n’était toujours pas possible, vendredi, de savoir quel serait l’aspect typiquement montréalais de la manifestation.

« Souvent, cela se déroule durant le grand défilé du dimanche », dit M. Bonnin.

Il a fallu deux ans pour organiser la venue des Géants à Montréal.

« En général, l’événement attire entre un million et demi et trois millions de personnes », poursuit M. Bonnin.

Les Géants sont particulièrement populaires en Amérique latine, dit-il, où ils attirent des foules énormes.

Souvent, l’histoire des Géants crée un intérêt qui se transmet de génération en génération. « La plupart du temps, les gens ne peuvent pas voir toutes les scènes du spectacle. Alors, ils se les racontent entre eux », dit M. Bonnin.