Monique Simard plaide pour un soutien public aux médias

Pour exploiter un produit, il faut désormais récolter les métadonnées, suivre son produit à travers la planète, savoir qui l’a acheté, son âge, son sexe, a souligné mardi la présidente et chef de la direction de la SODEC, Monique Simard.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour exploiter un produit, il faut désormais récolter les métadonnées, suivre son produit à travers la planète, savoir qui l’a acheté, son âge, son sexe, a souligné mardi la présidente et chef de la direction de la SODEC, Monique Simard.

Alors que toute l’industrie culturelle subit les contrecoups de la révolution numérique, ce sont les médias qui souffrent davantage de ces mutations, parce qu’ils ne bénéficient pas, en général, du soutien de l’État.

Par conséquent, la présidente et chef de la direction de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), Monique Simard, a lancé un appel à un soutien des médias par les différents ordres de gouvernement.

Mme Simard donnait mercredi une conférence sur la numérisation de la culture dans le cadre d’un petit-déjeuner des Grands Amis du Devoir.

« Le soutien public d’aujourd’hui doit s’élargir aux médias, dit-elle. Ça, c’est nouveau. Les médias ont toujours fonctionné de façon indépendante. Le système économique de la publicité et des revenus des abonnés, pour la majorité des médias, fonctionnait. »

Or, déjà en 1964, Marshall McLuhan disait que, le jour où il n’y aurait plus de petites annonces dans les médias, ceux-ci allaient mourir, rappelle Mme Simard. Étant donné la chute vertigineuse des revenus publicitaires au profit des géants du numérique que sont Google et Facebook, les médias ont absolument besoin du soutien public, « en cette période cruciale et historique », dit-elle.

Il faudra sans doute ériger « un certain nombre de règles, des balises, des principes » pour éviter la confusion et préserver la liberté d’expression, reconnaît-elle. Mais le financement public d’ICI Radio-Canada ou de CBC les empêche-t-il de faire leur travail ? demande-t-elle.

Le CRTC pourrait être aboli d’ici deux ans, prévoit la présidente et chef de la direction de la SODEC. Et d’ici là, il faudra s’assurer du maintien dans l’ALENA de l’exception culturelle canadienne, ainsi que de protéger les entreprises de télédiffusion de l’appétit des compagnies étrangères. Mme Simard propose aussi que les Facebook et Netflix qui font affaire au Canada soient taxés au même titre que les entreprises canadiennes.

Les médias ont toujours fonctionné de façon indépendante. Le système économique de la publicité et des revenus des abonnés, pour la majorité des médias, fonctionnait.

 

La valeur du tout

Alors qu’on s’est à ce jour beaucoup concentré sur le contenu culturel, il faut désormais porter autant d’attention au véhicule du contenu. Et à la valeur du contenu lui-même s’ajoute la valeur des informations : l’âge, le sexe et la nationalité de ceux qui s’y intéressent.

C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse des géants numériques de ce monde, et qui classe les Apple, Google, Microsoft et Amazon au sommet des plus grandes compagnies de la planète, remarque-t-elle. « Le nombre d’informations qu’ils ont, c’est inimaginable, et c’est ça qui fait leur richesse. »

Pour exploiter un produit, il faut désormais récolter les métadonnées, suivre son produit à travers la planète, savoir qui l’a acheté, son âge, son sexe. « Sans quoi, il se perd dans l’immensité, dit-elle. C’est le tout qui a de la valeur. Et à ce chapitre, on est très, très, en retard, parce qu’il y a des organisations qui ont les données. »

Selon Monique Simard, il faut préserver la souveraineté culturelle, qu’elle soit québécoise ou canadienne, à travers une législation.

À l’heure où chacun est devenu un média, puisque chacun a la possibilité de produire et de diffuser du contenu culturel, le monde culturel subit d’énormes bouleversements. À cet égard, un fossé s’est creusé entre le citoyen, consommateur de contenu numérique, et les institutions. De plus en plus d’oeuvres se produisent, se transmettent et se consomment en mode numérique.

1 commentaire
  • Loyola Leroux - Abonné 5 mai 2017 10 h 15

    Soutien aux médias qui ne pratiquent pas la censure

    Madame Monique Simard, SODEC info@sodec.gouv.qc.ca

    Sujet : Soutien aux médias qui ne pratiquent pas la censure

    Bonjour madame Simard. Je suis d’accord avec votre plaidoirie pour soutenir les médias. Mais j’ajouterais une condition, que ce soutien ne soit accordé qu’aux médias qui ne pratiquent pas la censure.

    Le Journal de Montréal, le Huffington Post Québec et plusieurs autres publient les commentaires directement sur leur page web. Le Devoir soumet les commentaires à un vérificateur, qui n’a pas à s’expliquer, La Presse a rendu la tâche très complexe et décourageante et mon journal local Le Mirabel de Saint-Jérôme n’accepte plus les commentaires.

    Le Journal de Montréal et le Huffington Post Québec n’imposent aucun délai pour envoyer un commentaire. Le Devoir favorise le commentateur ‘’précoce’’ en fermant ses pages après 48 heures. De plus, ces deux journaux permettent à tous de publier un texte après un article. Le Devoir réserve ce privilège aux abonnés seulement. Le lecteur occasionnel ne peut écrire.

    Bref, il ne faut pas aider les censeurs.